Nos folies, c’est cette petite part d’enfance qui survit encore en nous…
V. H. SCORP

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Nos folies, c’est cette petite part d’enfance qui survit encore en nous…
V. H. SCORP
source : @cheminer-poesie-cressant
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un reste du visible s’accrochait à la table du paysage
le festin venait d’avoir lieu
ébranlant la certitude de l’effacement
ce qui s’unit à un regard croit déjà à sa survie
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a remnant of the visible clung to the table of the landscape
the feast had just taken place
shaking the certainty of erasure
that which unites with a glance already believes in its survival
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© Pierre Cressant
(lundi 7 octobre 2024)
Loin derrière est l’âge de raison Et avec raison: tu as huit ans. Mais ce n’est qu’un début de saison. Sens-les tous, les parfums de printemps!
Emplis-toi de sa vie, ses idylles, Avant qu’avec l’automne tu saignes! Revêts ses rayons avant que file Le temps. Nue, la Vérité se baigne.
Car le vécu, de sa grande faux, Des illusions chaque âme arrache. Dans la gomme balloune, est-il faux De dire qu’un Gom Jabbar se cache?
Un jour, des uniformes rayés, Tu verras les nuances de gris. Je plaide coupable. Un prisonnier, Par des lions, pour zèbre est-il pris?
Je plais. Deux coupables ont pour grotte Mes farces tel mon âge : dix-neuf. Là, Platon et Ali Baba rotent. L’un a volé l’œuf; l’autre, le bœuf.
Quoi, je mens? Max est monté au ciel En avion, aller sans retour. Aux champs Élysées est son hôtel. Où ça? Dans la ville de l’amour.
Voilà, je raconte des histoires De chewing-gums, félins et méchants. L’on est enfant tant qu’on peut y croire, Que seul le lait est « meilleur avant ».
Dis-moi, quel est le but de la vie? Tu dis : « Grandir jusqu’au bout, survivre. » Va de l’avant! Au gré des envies… « N’est-ce pas pour ça qu’on naît, pour vivre? »
-Poésie: extrait de "À Danielle", à lire dans "Genèse d'une femme" par Marine Mariposa, disponible gratuitement sur https://sites.google.com/view/papillondusublime/gen%C3%A8se-dune-femme -Image: ''La Vérité'', Paul Baudry
Mayday, mayday, I'm stuck in a timeloop —
Survivre 2024
Tenir ta main
Longtemps je me suis tournée vers l’adolescente que j’étais en n’y voyant qu’une étrangère. Un être vil et mal formé, la voix un peu aigüe, un peu criarde, qui pleure souvent et se plaint tout le temps. Longtemps je lui en ai voulu d’avoir fait des choix et pris des chemins qui m’ont mené à un endroit dans ma vie qui ne fait pas sens, d’avoir choisi la compagnie de personnes qui n’étaient pas bonnes pour moi, des actions qui m’amenaient à ma désolation. Je lui en voulais, d’avoir été si faible, si veule, de ne pas avoir saisi sa chance comme les autres, d’avoir loupé des opportunités fructueuses. Je ressens encore la honte et la douleur qu’elle a ressenti sans véritable distance. Je ressens de la colère quand cette plaie se rouvre. Je n’arrive pas à la comprendre, et je porte sur elle le regard qu’on portait sur moi : une chose pénible et bruyante, inintéressante, qui ne mérite pas d’être aimée tant elle est bizarre, et chiante, et empêche tout le monde d’être tranquille. Une chose qu’on laisse seule et dont on se moque dès qu’elle ouvre la bouche. Une chose qui crève en silence entre les murs épais de sa chambre des heures durant et qui ne fait rien pour y remédier.
A cause d’elle, je gèle tous les après-midi. A cause d’elle je crois que je ne vaux rien, que je ne sais rien faire de mes dix doigts, que je ne m’intéresse à rien. Que je suis gauche, et qu’au fond je n’apprends jamais à bien faire quelque chose car je n’en suis pas capable. A cause d’elle je remets tout au lendemain, et je sens des larmes envahir mon ventre quand il faut réparer quelque chose ou apprendre quelque chose que je ne sais pas faire. Ma colère à son égard à quelque chose de viscéral : je suis prise d’animosité farouche quand je devrais la prendre contre moi.
Ce regard est injuste. Cette animosité n’est pas la mienne, mais celle qu’elle a subi, et subit encore à travers moi. Parce que l’adolescente a été blessée au plus profond de son être, au fond d’une plaie ouverte depuis dix ans qui pourrissait et brûlait déjà en silence. Elle s’est retrouvée seule dans le noir, pendant cinq ans, avec une lame replantée chaque jour, dans la même plaie, chaque heure, sans amour pour lumière. Et je vais choisir aujourd’hui de la remercier avec la révérence la plus basse qui puisse exister, parce qu’elle a été pour la deuxième fois de sa vie brisée avec une violence inénarrable, et puis elle a survécu. Parce que les choix qui ont été faits et qui nous déplaisent, sont ceux d’une jeune fille qui devait survivre envers et contre tout, sans aide, sans soutien, persuadée de fautes qu’elle n’avait pas commises, et qui venaient de toutes parts. Une jeune fille a survécu au travers d’heures plus douloureuses les unes que les autres, (à ce moment de l’écriture, j’ai voulu changer la musique comme si j’étais sur l’ordinateur depuis lequel elle écrivait à tout prix pour respirer). Elle a survécu pour que je me retrouve ici, aujourd’hui, en sécurité, dans un appartement que j’aime et qui m’appartiens, avec un chat qui se repose dans un coin de la pièce, près de la fenêtre, à deux doigts d’aller prendre une douche bien chaude pour aller retrouver mon amie un peu plus tard. Je la remercie d’avoir survécu pour ce moment-là, et pour tous les moments de joie et de connexion qui colorent les journées à venir. Comme une mère qu’on oublie dans un coin de la photo, je la remercie d’avoir été présente, et d’avoir avancé quoiqu’il en coûte, vers la vie. Je rendrai l’animosité à qui elle appartient, et lui verserait sur les épaules l’amour à grands flots qu’elle méritait depuis l’enfance.
Il n'y a rien à attendre, il faut juste, il faut seulement survivre un jour de plus.
Olivier Py (Les Parisiens)