Angéline Neveu Syntéthise le Désir
lâĂ©criture dâAngĂ©line Neveu est si contemporaine que jâai cru lisant SynthĂšse que câĂ©tait un fake, un pseudo, une nouvelle Clara Elliot, et puis les recherches, la voir, lâentendre, le doute reprenant Ă la lecture de la page wiki bricolĂ©e de copier-coller de la page diffuseur de lâĂ©diteur, Al Dante, et puis encore quelques sources, mais malgrĂ© tout : AngĂ©line Neveu reste un peu un mystĂšre, un mystĂšre français parti, comme Elisabeth VonArburg, continuer Ă Ă©crire de lâautre cĂŽtĂ© de lâocĂ©an, terre moins hostile aux femmes car la terre est suffisament hostile aux hommes qui veulent ĂȘtre des-hommes : entre elles les femmes peuvent sâorganiser, mais je ne suis pas tout Ă fait sĂ»re que câest pour cette raison quâelle est partie cette femme, AngĂ©line, dans ce pays, cette contrĂ©e, le QuĂ©bec que tous les derniers livres dâAngĂ©line Neveu sont publiĂ©s, aux Ă©crits des forges, et aussi dans la revue Inter, et puis AngĂ©line Neveu a disparu, et mainteant Al Dante la republie,
et câest un bonheur,
un bonheur Ă lire lâexplosion simple, le dĂ©ploiement sonore, visuel, la multiplication des expĂ©riences, cut, mix, up, au dĂ©but de ce millĂ©naire AngĂ©line Neveu pleurait de rage de lâadvenue de la sociĂ©tĂ© du spectacle prĂ©dite depuis 30 ans, et sa poĂ©sie des annĂ©es 70 anticipe la poĂ©sie contemporaine que jâaime, Â
câest un bonheur est Ă©crire rapidement, quand encore hier je disais ne plus vouloir la beautĂ© de la violence, et quand encore je ne sais comment je vais pouvoir parler de la lecture, morbide et excitante, sadienne dit-elle, de Wittkop, je dĂ©rive, je reviens, AngĂ©line, tes dĂ©rives, dans ta poĂ©sie, tes dĂ©rives accrochent ce qui fait signe, pas nĂ©cessairement sens, ce qui accroche lâoeil, ou le rythme dâune sonoritĂ©, et le sens câest celui qui traverse toute ton exigence de celle qui sâest rĂ©voltĂ©e contre sa classe, avec la connaissance de ses manquements : tu tiens tĂȘte et nâen viens pas Ă lâinternationale situationniste, tu nây rentres, tu ne tâaffilies pas, car tu ne sais pas contrer, tu as vingt ans et des brouettes, tu ne sais ni contrer Scwitters ni Schwitters dans la bouche de Debord, lâart est mort, ok pour lâart petit bourgeois est mort, lâart grand bourgeois aussi, mais lâart, non, pas ok, mais pas les moyens dâok corral avec Debord, alors tu refuses, pas le combat, mais son lieu, un lieu imposĂ©, celui des idĂ©es, tu reconquiĂšres Ă coup de photocopieuses, un art pauvre mais total dans sa pauvretĂ©, câest images et textes et lectures, total dans les moyens quâil se donne, ton art,
les dĂ©rives câest aussi tout ce que je ne connais pas, ou que je ne connais pas comme toi, je connais trop lâaddiction, la puissance de mon addiction Ă lâaddiction pour ne pas me tenir droite au dessus de mes prĂ©cipices, AngĂ©line elle a plongĂ©, grand saut, toutes les expĂ©riences possibles, toutes les expĂ©riences de conscience, ça donne une poĂ©sie qui se troue et se dĂ©chire, et qui se troue et se dĂ©chire pour laisser apparaĂźtre lâessentiel, lâĂ©clair, la poĂ©sie dâAngĂ©line depuis le ciel blanc Ă©claire dâun mot noir,
le recueil SynthĂšse / DĂ©sir câest  SynthĂšse + Lyrisme TĂ©lĂ©visĂ© + RĂȘve + Je garderai la mĂ©moire de lâoubli + DĂ©sir, câest des textes depuis 1976 jusquâĂ , quelque chose comme 1985 ?, peut-ĂȘtre, le plus long câest Lyrisme tĂ©lĂ©visĂ© - et feuilletant le livre, jâai Ă nouveau cette mĂȘme joie que celle dans la librairie : câest un livre avec des images, câest un livre oĂč les images se cotoĂźent et se parlent, crues et politiques, niaiseuses et grammĂ©es, une poĂ©sie visuelle grammĂ©e qui explose sans faire fi du poids de ce que peut ĂȘtre une image, qui arrĂȘte, grave, et puis le souffle reprend, câest un rire, et Ă nouveau : une gifle, on se calme enfant, ce que je te donne Ă voir nâest pas un spectacle, câest lâhorreur du lyrisme tĂ©lĂ©visĂ©, pas des bonbecs Ă sucer
il y a aussi quelque chose de la sensation qui est Ă noter : ce nâest pas une Ă©criture Ă©thĂ©rĂ©e, ça pense mais depuis le corps, depuis ce que le corps mange, ce que le corps voit, depuis les expĂ©riences des corps, et cette expĂ©rience, si on lâa, immĂ©diatement, la façon dont AngĂ©line Neveu agence permet de rĂ©-Ă©xpĂ©rimenter Ă ses cĂŽtĂ©s, mais cette expĂ©rience, Ă cĂŽtĂ© de laquelle on a pu passer, en tant que sens, Neveu en montre un sillage, sa lecture :
Mépris des médecins
parano des malades
Froid gras des Landes
cailles collaborations
caviar occupation
confiture dâairelles et dĂ©confitures
Marshmallows et réglisse
pomme dâamour
pain dâĂ©pice
bout-d-zan
                                                    Confier la guerre aux enfants
                                                     Comme au Liban