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Un classique de science fiction 👍👍
« Je suis Vaisseau », d’Olivier Bérenval
Aujourd'hui sur Blog à part – « Je suis Vaisseau », d’Olivier Bérenval Une immense nef spatiale pilotée par une intelligence artificielle avancée rencontre un incident mystérieux dans Je suis Vaisseau, d’Olivier Bérenval. #SciFi #Transhumanisme
Un millénaire et demi dans l’avenir, une humanité unie essaime dans la galaxie grâce à d’immenses nefs spatiales pilotées par des intelligences artificielles avancées. C’est l’une de celles-ci que nous suivons dans Je suis Vaisseau, d’Olivier Bérenval. Car ce roman va nous faire suivre le vaisseau en tant que lieu, mais aussi en tant que personnage. Le vaisseau en question est un monde en soi,…
Si ce que certains appellent la période de la singularité (celle où les machines prendront le pouvoir sur les hommes) n'aura pas lieu, c'est fondamentalement parce que les machines, en l'occurrence ici les algorithmes, même apprenants, sont liés à ce que nous y initialisons (et il n'y a pas des entités surgies de nulle part sans intervention humaine). C'est aussi parce qu'ils ne sont pas adaptés à la survie dans notre écosystème, dépendant notamment de façon décisive de l'électricité, ce qui les rend éminemment fragiles.
Valérie Charolles - Illusions et vérités du big data
Le principe de tous les maux pour l’homme, de la bassesse, de la lâcheté, ce n’est pas la mort, mais plutôt la crainte de la mort.
Epictète
Les deux auteurs, Clark et Georges, insistent sur le fait que nous sommes engagés dans une collaboration avec la technologie. Clark emploie la "métaphore de l’échafaudage". À son avis, le problème classique de la relation entre l’esprit et le corps implique une troisième partie, et pour cette raison devrait s’appeler le problème de "l’échafaudage-esprit-corps". En d’autres termes, l’interpénétration de ces éléments représente "une danse déconcertante de cerveaux, de corps et d’échafaudages culturels et techniques".
Je suis au fond d’accord avec ces auteurs. Notre tendance régressive à voir l’identité humaine comme distincte de ces structures est une réaction d’affolement. C’est un désir de revenir à l’époque romantique où l’individu existait comme entité à part, autosuffisante, à la Byron ; une époque où l’idée même de greffer d’autres éléments à la sainteté du moi était considérée comme grotesque, une atteinte à la liberté.
Comme Clark, je voudrais bannir l’image de l’homme futur en "Terminator", cette entité biscornue et anti-vie composée d’acier et de plastique. En fait, Clark souligne que l’interface entre l’homme et la technologie ne dépend pas nécessairement de la greffe de fils en métal, d’objets siliconés et autres trucs artificiels dans le corps ou le cerveau humain. Pour donner un exemple très simple, il parle de l’utilisation du stylo et du papier pour aider à la multiplication des grands nombres. Le cerveau apporte ses modestes capacités pour les calculs simples (3 x 4 =12), mais pour les grands nombres, le stylo et le papier permettent une décomposition en résultats intermédiaires qui l’aident, puis le cerveau répète ses calculs simples jusqu’au résultat final.
La question devient alors d’établir qui est responsable du calcul, le cerveau ou cette "technologie" du papier et du stylo. C’est une collaboration entre les deux. Nous préférons dire : "J’utilise ces outils pour faire...", peut-être parce qu’une feuille de papier et un stylo sont des objets concrets. Si le calcul est fait par un ordinateur au Japon, les lignes de démarcation deviennent moins claires. De même lorsqu’un ordinateur ou une machine à calculer fonctionne à une vitesse difficile à différencier de la vitesse de la pensée. Soit l’ordinateur devient une "rallonge du cerveau” dans l’espace et dans l’espace mental, soit c’est nous qui devenons la rallonge de l’ordinateur.
Plus on revient sur le tableau chronologique de l’évolution, plus il semble évident que nous avons exercé une action sur nos outils. Cependant, même lorsqu’il est question d’outils qui nous aident à accroître nos capacités mentales, nous avons tendance à discuter ce processus comme un événement qui exigerait une action. "J’ai fait une multiplication". Mais c’est faux, parce que notre cerveau n’agissait pas dans le sens d’une action.
En fait, la volonté, que l’on imagine à la base de certaines activités mentales, n’a jamais été localisée dans le cerveau par des chercheurs. N’est-il pas plus raisonnable de dire que notre cerveau fait interface avec des produits technologiques lorsque nous utilisons du papier et un stylo pour faire des multiplications ? Cela devient plus évident lorsque papier et stylo sont remplacés par des processus prenant place à l’intérieur des microcircuits d’un ordinateur que nous n’avons jamais pu voir à l’œil nu.
Le plus important, c’est que nous sommes inextricablement emberlificotés à l’intérieur d’une matrice, une toile d’associations vivantes aussi compliquées que les deux astrologiques. Notre esprit est une petite partie d’un cosmos. Et, comme je l’ai expliqué plus haut, la plupart d’entre nous ne se sentent pas du tout concernés par ces changements qui sont, en fait, stupéfiants.
On peut établir une analogie avec, par ex., un individu qui se fait amputer d’une jambe et reçoit une prothèse. Au début, bien sûr, il souffre et ressent l’horreur non seulement d’être séparé d’une partie de son corps qu’il utilise, ce qui va beaucoup limiter ses activités pratiques, mais aussi d’avoir perdu quelque chose d’intimement associé à l’idée de son moi. Il semblerait qu’ensuite survienne une période où l’amputé continue à sentir la présence de la jambe coupée : les médecins parlent de "membre fantôme".
Après l’adaptation à la prothèse et son acceptation, cette situation peut commencer à prendre la forme d’un simple aspect de la vie quotidienne. Et, bien sûr, au fur et à mesure que les prothèses d’aujourd’hui deviennent de plus en plus sophistiquées, non seulement capables des mouvements normalement effectués par les muscles, mais aussi de faire interface avec nos impulsions nerveuses (ce qui a déjà été réalisé), cette identification avec la prothèse devient plus forte.
Mais je crois qu’à travers cet exemple, on voit que le plus important est la période de transition, le temps pendant lequel nous continuons à sentir la jambe que nous avons perdue. Cela témoigne de notre besoin d’étendre la "période de normalité", la période où tout nous paraît encore normal.
— Bruce Benderson (Transhumain, 2010)
illustration : couverture pour “L'alchimie de la pierre” de Ekaterina Sedia (Benjamin Carré, 2019)
RéValité
Titre : RéValité
Autrice : Julia Galindo Roman suspense
Auto-édition
Disponible en version numérique et papier - Nombre de pages : 266 pages Âge conseillé : adulte Résumé :
Se réveiller sans aucun souvenir dans une chambre d’hôpital et devoir compter sur un SDF pour apprendre son identité, passe encore. Être le cobaye d’une organisation secrète qui essaye de vous éliminer depuis qu’elle ne peut plus vous contrôler, ça commence à faire. Mais craquer pour un Don Juan qui vous rend nymphomane, nourrir une mégère acariâtre, avoir un aveugle tyrannique sur le dos et devoir empêcher un savant fou de poursuivre ses expériences de manipulation génétique. Là, c’est trop ! Il est temps de passer à l’action et d’arrêter de prendre ses rêves pour la réalité… Été 2018, Gaïa se réveille amnésique mais avec la capacité de ressentir les émotions d'autrui. Au son des cigales, de la campagne orangeoise à la Costa Brava, elle part à la chasse. Ses souvenirs, le consortium transhumaniste qui les lui a volés, un trafiquant sans scrupules aux velléités d’eugénisme, des papillons dans le ventre… Que va-t-elle attraper dans ses filets ? Identités représentées :
Lesbienne, Bi/Pan, Racisé-e-s, Avec un handicap, Neuroatypique
Personnages principaux : 1 amnésique suite à manipulation neuroscience, 1 aveugle
Personnages secondaires : 1 Bi, 1 lesbienne métisse afro-asiatique, trouple Thématiques présentes :
Une jeune femme se réveille amnésique mais avec la capacité de ressentir les émotions d'autrui. Elle va partir en quête de son identité tout en menant une enquête pour l'organisme transhumaniste qui a placé une puce dans son cerveau. Elle va devoir mettre un terme à des expériences de manipulations génétiques sous couvert de PMA illégales. La thématique LGBT est un arc secondaire très présent avec questionnement sur la PMA pour toutes. Avis de Tazhelico :
J'ai adoré. Les thèmes LGBT sont abordés de façons tout à fait naturels, sans aucun jugement. L'auteur n'en fait pas tout un plat mais c'est justement ce qui est fort. Le trouple est traité comme le couple, les personnages homos ou hétéros sont au même niveau, comme si c'était normal (car ça l'est) et surtout sans juger les décisions des personnages mais en soulignant les difficultés que chacun peut rencontrer. Sous couvert d'action et de suspense on en vient à se questionner sur des problèmes éthiques sans même sans rendre compte. Bref à lire pour passer un très bon moment
cyberpunk, anarchisme et transhumanisme?
Idée pour un univers cyberpunk intéressant : Un monde ou la cybernétique coûte si cher et l’entretiens si élevé que sans le patronage d’une corporation, il faut vraiment être riche pour en avoir.
Ce n’est pas exactement nouveau, on touche presque ça dans Ghost in the Shell quand motoko se fait la réflexion que son corps appartient à la division 9, mais en même temps, il n'y a rien qui laisse penser que tous les cyborgs subissent le même asservissement. L'idée ici serait que même les indépendants, pour être employables, choisissent souvent la cybernétisation, avec un contrat de maintenance particulier. Pas le genre qui permet de t'envoyer au tribunal, le genre qui permet de te retrouver où que tu sois et potentiellement prendre le contrôle de ton cyberware, ou tout moyen de pression très direct, du moment que ça ne risque pas de nuire à l'image de la marque.
Ce qui fait que pratiquement n'importe quel mercenaire indépendant cybernétisé serait affilié à une corpo, qu'iel le veuille ou non. Évidemment, ni la corpo, ni le personnage n'a intérêt à ce que cette affiliation soit rendu publique, ce qui peut entraîner des difficultés pour le personnages, et motiver les corporations à faire toutes sortes de coups tordus. Le tous dans l'habituelle dystopie où les corporations ont tous pouvoirs, se font la guerre plus ou moins ouvertement et où seuls les ultra-riches profitent du système.
Le twist est qu'il existe un pays... ou plus exactement un bout de terre sans ressources qui n'intéresse pas le reste du monde, où se sont construit des communautés anarchistes. Vu du monde corpos, ce sont des réserves de criminels, où tous le monde est pauvre et qui est 100 ans en arrière sur absolument tout. Dans les faits, ces communautés fonctionnent raisonnablement bien au vu du peu de ressource sur leur territoire, ont un système de justice incompréhensible pour le monde corporatiste, et le manque de technologie apparent est surtout dû au fait que les habitants ne sont pas obligé de s'augmenter pour être compétitif. Quand à la médecine, les principaux soucis sont dû a des pénuries entretenu par les corporations, mais les patients sont mieux traités que 99% des travailleurs corporatistes. La recherche est aussi limité par les contraintes matériels, mais les papiers sont en accès libre pour facilité les échanges. Les corpos n'hésitent d'ailleurs jamais à s'approprier les découvertes les plus prometteuses, voir à tenter d'exfiltrer des scientifiques en leur promettant monts et merveilles. Certain.e.s trouvent leur compte chez les corpos. D'autres vivent très mal le changement de culture. Quoi qu'il en soit, iels reviennent rarement, les corpos y veille.
Il y a également des états totalitaires, généralement là où les matières premières sont extraites. Ces états survivent dans une semi-indépendance parce qu'il est plus simple de contrôler un dictateur que de gérer soit même les populations sur place. Dans les faits, ces pays sont une extension du monde corporatiste.
Partout l'activité corporatiste fait des ravages écologiques. La cybernétique très présente est une des causes, de part le besoin de terre rares pour les composant électroniques et de métal et ou de plastiques pour le reste. Les communautés anarchistes ont découvert et utilisent des procédés de récupérations de ces matériaux, mais ces procédés sont coûteux et limite la disponibilité de l'électronique, ce qui fait que les corpos ne s'y intéressent pas vraiment.
L'enjeux de ce world building et de trouver comment fonctionnent les communautés anarchistes, à tous les niveaux pour d'une part durer dans le temps, tenir compte des comportements abusifs, et être suffisamment solide pour que le monde corpo ne décide pas simplement de détruire ces communautés par la force. La force de ces communautés est qu'elle rejette le capitalisme et toute forme d'autorité qui serait susceptible d'être corrompu. Ceci dit, les individus sont susceptibles à la propagande, aux pots de vin, au promesses d'une vie luxueuse, etc... Pour survivre, les communautés devront se défendre contre ça.
Certaines de ces communautés sont également probablement plus agressives que d'autre envers le monde corpo, cherchant par exemple à libérer certains pays sous régimes totalitaires, d'une part, par principe, et d'autre part pour faire cesser les activité d'extractions de ressources, polluantes et indispensable au fonctionnement du monde corporatiste. Ce qui est une noble cause, mais risque de décider des corporations à s'occuper plus sérieusement des anarchistes.
Certaines communautés sont plus axée sur la guerre idéologique et tentent d'exporter des idées révolutionnaires. D'autres sont plus intéressé par le fonctionnement interne des communautés et n'hésite pas à critiqué ce qui ne va pas, ce qui ne leur vaut pas que des amitiés parmi les anarchistes.
Bref, il y a beaucoup d'axe d'exploration dans cet univers, et j'ai l’impression d'avoir juste effleuré la surface. Le monde corporatiste semble malheureusement simple à imaginer, mais il y a beaucoup d'aspect que je n'ai même pas abordé (est-ce qu'elles utilisent toutes la même monnaie? Est-ce qu'elle n'ont pas créer des monnaies pour piéger leur employés dans leur système? ). En ce qui concerne les anarchistes, il y a beaucoup moins de chose qu'on peut directement inféré de notre propre monde, donc ça nécessite plus de recherche et d'imagination. Néanmoins, explorer ces thèmes en fiction, par exemple par le biais du JDR pourrait être intéressant.
Je suis sûr qu'on pourrait assez simplement plaquer un système Fate ou apocalipse world sur un tel univers. (Fate demanderais moins de travaille à priori... ) En poussant un peu, on peut aussi abordé le sujet de la trans-humanité, et imaginé comment cette idée est envisagée dans le monde corporatiste et dans les communautés anarchistes
TRIBUNE. Ils prônent une rupture totale avec le monde animal, alors que manger de la viande a toujours fait partie de l’histoire humaine, un moment essentiel de partage. Cette relation doit reposer sur un élevage raisonné et bio, respectueux des sols et des terroirs. La meilleure façon d’échapper à l’alimentation industrielle.
Ils sont peu nombreux, mais ils ont une audience impressionnante. Comme ce qu’ils disent semble frappé au coin du bon sens, celui de l’émotionnel et d’une morale binaire, le bien, le mal, c’est que ça doit être vrai. D’où le succès de la propagande végane, version politique et extrémiste de l’abolitionnisme de l’élevage et de la viande, que l’on mesure simplement : aujourd’hui, les opinions contraires, pourtant majoritaires, doivent se justifier par rapport à elle. Nous dénonçons d’autant plus le mauvais coup que porte le véganisme à notre mode de vie, à l’agriculture, à nos relations aux animaux et même aux courants végétariens traditionnels, que nous sommes convaincus de la nécessité d’en finir au plus vite avec les conditions imposées par les systèmes industriels et d’aller vers une alimentation relocalisée, préservant la biodiversité et le paysan, moins carnée, aussi. L’Occident et les riches des pays du Sud consomment trop de viandes, et surtout de la mauvaise viande. Au Nord comme au Sud, les systèmes industriels ont changé l’animal en machine à transformer la cellulose des plantes en protéines bon marché pour le plus grand profit des multinationales et au détriment des paysans, des consommateurs, des sols, de l’eau et des animaux. Le bilan sanitaire et écologique de ces rapports de travail indignes aux animaux est tout aussi mauvais que celui du reste de l’agriculture productiviste : on empoisonne les consommateurs avec de la mauvaise viande, de mauvais légumes et fruits, en dégradant l’environnement et la condition paysanne. Ceci étant dit, regardons un peu les arguments avancés par les végans.
Les végans vont sauver les animaux
Depuis douze mille ans, nous travaillons et vivons avec des animaux parce que nous avons des intérêts respectifs à vivre ensemble plutôt que séparés. Les animaux domestiques ne sont plus, et depuis longtemps, des animaux « naturels ». Ils sont partie prenante du monde humain autant que de leur propre monde. Et, grâce au travail que nous réalisons ensemble, ils ont acquis une seconde nature qui fait qu’ils nous comprennent, bien mieux sans doute que nous les comprenons. Ainsi est-il probable qu’ils ne demandent pas à être « libérés ». Ils ne demandent pas à retourner à la sauvagerie. Ils ne demandent pas à être stérilisés afin de peu à peu disparaître, ainsi que le réclament certains végans. Ils demandent à vivre avec nous, et nous avec eux, ils demandent à vivre une existence intéressante, intelligente et digne.
Le véganisme va nous sauver de la famine
Jusqu’à il y a peu, rappelons-le, les hommes et les femmes mouraient vite de trois causes possibles : les maladies infectieuses, la guerre et la faim. Or, depuis la fin du XVIIIe siècle, dans nos pays européens, et depuis les années 60 dans l’ensemble du monde, il n’existe plus de famines liées à un manque de ressources. Quel progrès ! Les famines qui adviennent sont des armes politiques. Quand des gens meurent de faim quelque part, c’est parce que d’autres l’ont décidé. On ne voit pas en quoi le véganisme changerait quoi que ce soit à cette réalité.
Le véganisme va sauver l’agriculture
Ce serait même exactement l’inverse. Si les famines ont disparu de notre sol, c’est parce que le XVIIIe siècle a connu la plus grande révolution agricole après celle de son invention : l’agronomie. Et la polyculture-élevage, pourvoyeuse de ce qui se fait de mieux pour nourrir un sol, le fumier. Une des meilleures idées que l’homme ait jamais eue. Quant à l’industrialisation de l’élevage, elle n’est pas née après la Seconde Guerre mondiale avec le productivisme agricole. Elle a été pensée bien en amont, au milieu du XIXe siècle avec le développement du capitalisme industriel. Les animaux sont alors devenus des machines dont la seule utilité est de générer des profits, aux dépens des paysans et de l’environnement.
Le véganisme va sauver notre alimentation
Le véganisme propose de se passer des animaux, pour les sauver. Retour à la case départ : l’agriculture sans élevage, c’est l’agriculture famineuse parce qu’elle épuise les sols. Ce sont des rendements ridicules pour un travail de forçat car le compost de légumes est bien moins efficace pour faire pousser des légumes que le fumier animal. A moins de forcer le sol par de la chimie, évidemment. Et de labourer bien profondément. Mais, dans ce cas, on abîme les sols, en désorganisant l’écosystème qu’il est en réalité.
Le véganisme sauvera notre santé
Tuer l’animal, c’est mal, manger de la viande, c’est destructeur. Car les études montrent que la consommation de viandes est corrélée au cancer. Sauf que ces études ont été principalement menées aux États-Unis et en Chine, où l’on consomme bien plus de viande, encore plus gavée d’hormones et d’antibiotiques, encore plus transformée. Quant aux études démontrant la longévité supérieure des végétariens qui – rappelons-le – consomment des produits animaux, lait et œufs, et dépendent donc de l’élevage, elles sont biaisées par le constat que ces publics consomment aussi très peu de produits transformés, peu de sucres, ils font du sport, boivent peu, ils ont une bonne assurance sociale, etc. Quelle est la responsabilité des légumes dans leur bonne santé ? Difficile à dire ! Ce qui importe, c’est le régime alimentaire et le mode de vie équilibrés. En comparaison, manger végan, l’absolu des régimes « sans », c’est se condamner à ingurgiter beaucoup de produits transformés, c’est-à-dire des assemblages de molécules pour mimer ce qu’on a supprimé. Sans omettre d’ajouter la précieuse vitamine B12 à son alimentation. Car sans elle, comme le montrent de nombreux témoignages d’ex-végans, ce régime ultra-sans détruit irrémédiablement la santé, à commencer par celle de l’esprit.
Le véganisme va sauver l’écologie
Avec ce retour au naturel, l’écologie est sauvée. Et bien non. Car ayant expulsé les animaux domestiques, il n’y a plus rien pour maintenir les paysages ouverts, ceux des prairies, des zones humides, des montagnes et des bocages. Sauf à obliger chômeurs, prisonniers et clochards à faucher et à couper les herbes, ou à produire des robots brouteurs. Les vaches et moutons sont les garants de l’extraordinaire diversité paysagère qui fait la France, qui est aussi celle de notre assiette. Les animaux et leurs éleveurs sont les premiers aménageurs du territoire.
Le véganisme est une position politique émancipatrice
Non, contrairement à ce que croient de nombreux jeunes, fiers de dire «je suis végan», comme s’ils participaient à une action révolutionnaire, ou si leurs actions contre les abattoirs ou les paysans vendant leurs fromages sur les marchés relevaient de la résistance à l’ordre établi, le véganisme ne participe pas à l’émancipation des animaux et encore moins à celle des humains. Au contraire, en défendant une agriculture sans élevage et un monde sans animaux domestiques, c’est-à-dire sans vaches, ni chevaux, ni chiens, ce mouvement nous met encore plus dans les serres des multinationales et accroît notre dépendance alimentaire et notre aliénation. Les théoriciens et militants végans ne sont pas des révolutionnaires, ils sont, au contraire, clairement les idiots utiles du capitalisme.
Le véganisme est l’ambassadeur de l’industrie 4.0
Le grand danger de ce début du XXIe siècle est bien l’invention d’une agriculture sans élevage. On ne compte plus les investissements et brevets déposés pour produire de la « viande » en cultivant en laboratoire des cellules musculaires de poulet, de bœuf ou de porc ou produire du lait et des œufs à partir de levures OGM. Les promoteurs de cette agriculture cellulaire se recrutent au sein des grandes firmes (GAFA, milliardaires et fonds d’investissements puissants). Les premières viandes artificielles pourraient être introduites sur le marché sous forme de carpaccio avant que soient commercialisés avant dix ans de « vrais-faux » morceaux produits in vitro. Des amas de protéines qui auront poussé à grands jets d’hormones pour favoriser la croissance et d’antibiotiques pour éviter les contaminations.
En vérité, le véganisme ne va pas nous sauver
Le véganisme est dangereux. Il participe à la rupture programmée de nos liens avec les animaux domestiques. Il menace de nous condamner à la disette en nous ramenant à l’agriculture prédatrice des temps anciens. Il menace de ruiner les pratiques alternatives, comme le bio, en annihilant la polyculture-élevage qui est son fondement. Il menace de nous condamner à dépendre d’une alimentation industrielle 4.0. Il menace d’uniformiser nos paysages. Il menace paradoxalement de nous faire perdre notre humanité incarnée et notre animalité en nous coupant des réalités naturelles par des zoos virtuels, des paysages transformés en sanctuaires, avec des chiens et chats remplacés par des robots. Le véganisme est l’allié objectif d’une menace plus grande encore. Car, après tout, la meilleure façon de ne plus abîmer la nature est de s’en couper totalement. De s’enfermer dans des villes, alimentées par des flux de molécules et des flux de données. Plus de sale, plus de propre, que de l’esprit sain tourné vers une morale ultime, l’amélioration de l’homme par son isolement total de la nature que l’on ne peut maîtriser et qui nous renvoie sans cesse à notre animalité. Oui, véganisme rime avec transhumanisme.
Un monde terrifiant. La consommation de la viande a introduit, dès la préhistoire, l’obligation du partage, l’invention de la logique du don et du contre-don car un chasseur ne consomme jamais son propre gibier. Don et contre-don sont aussi au fondement de nos rapports sociaux avec les animaux. Donner – recevoir – rendre est le triptyque de nos liens. Que sera l’humanité sans cet échange fondamental ?
Paul ARIÈS, auteur de : Une histoire politique de l'alimentation du Paléolithique à nos jours, Max Milo, 2017. Frédéric DENHEZ, auteur de : Le Bio, au risque de se perdre, Buchet-Chastel, 2018. Jocelyne PORCHER, autrice de : Encore carnivores demain ? Quae, 2017.