Chapitre 1 : Le Message d’Élaéna
Un dimanche matin lumineux filtrait à travers les stores de l’atelier de Zax. Entre engrenages de cuivre et papiers griffonnés de formules étranges, l’ingénieux voyageur temporel sirotait un thé vert, le regard perdu dans les spirales du sablier suspendu au plafond.
Sweety entra, des lunettes de soudure encore sur le front, tenant à la main une lettre parfumée de lavande.
- Zax… Tu devrais lire ça.
Il reconnut l’écriture tremblante d’Élaéna, leur amie gardienne du temps. Il déplia lentement le papier et lut à voix haute :
J’espère que vous allez bien. Je pense beaucoup à vous.
Isabelle Parisod… elle s’est échappée discrètement. Ce n’est pas facile de la retrouver.
Je vous souhaite bon courage. »
Zax leva les yeux vers Sweety, le front plissé.
- Isabelle Parisod ? La voyageuse des reflets ? On la croyait retirée depuis l’incident de la Bibliothèque des Échos...
- Et pourtant, elle est de retour. Ou plutôt… elle ne veut pas être retrouvée.
Quelques instants plus tard, un deuxième message apparut, cette fois-ci glissé sous la porte par un corbeau mécanique. Il ne portait pas de sceau, mais l’écriture était différente, plus nerveuse.
Je suis très bien cachée dans la forêt. Avec deux complices : un homme… et une femme.
Bonne chance… si vous arrivez à me retrouver. »
- Et elle n’est pas seule, ajouta Sweety. Elle veut qu’on la suive… mais selon ses règles.
Ils activèrent une ancienne boussole cristalline capable de ressentir les perturbations temporelles laissées par les voyageurs. L’aiguille tourna rapidement, puis pointa plein nord.
- Direction la Forêt des Complicités, murmura Sweety. C’est là que tout commence.
Ils échangèrent un regard complice. La traque d’Isabelle Parisod venait de commencer.
Et elle ne ferait aucun cadeau.
Chapitre 2 : La Forêt aux Complicités
Zax et Sweety traversèrent les frontières du monde connu pour atteindre la lisière de la Forêt aux Complicités. Ce bois ancien n’apparaissait sur aucune carte officielle : il se déplaçait, parfois de quelques mètres, parfois de plusieurs kilomètres, au gré des émotions de ceux qui le cherchaient.
- Ce lieu a été marqué par de nombreuses disparitions, murmura Sweety. Et certaines légendes parlent de voix qui manipulent les souvenirs.
Zax sortit une lanterne temporelle, sa lumière bleutée pulsait doucement, révélant des traces imperceptibles.
- Isabelle est passée par ici. Mais elle n’était pas seule…
Le duo s’enfonça dans l’obscurité feuillue. Le vent portait des murmures, certains ressemblaient à des rires étouffés. Des empreintes apparaissaient un instant sur le sol avant de disparaître. Une illusion ? Non. Un message.
Puis, au détour d’un vieux chêne noueux, ils trouvèrent un tissu accroché à une branche. Il était brodé d’un mot :
Soudain, un bruissement les fit se retourner. Deux silhouettes encapuchonnées surgirent d’un buisson : un homme à l’œil clair et une femme au regard perçant. Ils n’étaient pas hostiles, mais leur posture trahissait une méfiance aiguisée.
- Vous êtes en retard, lança la femme.
- Isabelle est déjà loin, ajouta l’homme. Mais elle voulait qu’on vous donne ceci.
Il tendit un petit miroir de poche. Zax l’ouvrit et y vit une image : Isabelle dans un château, souriante, entourée de brume. En fond, un oiseau noir survolait les tours.
- Elle joue avec les lieux. Avec les formes, aussi, murmura Sweety. Elle ne se contente plus de fuir… elle se transforme.
Le miroir se couvrit alors d’un brouillard argenté. Un dernier mot apparut :
"Trouvez-moi… ou perdez-vous."
- Prochaine étape : le Château Miroir.
Ils s’élancèrent, sans se douter que la frontière entre réalité et illusion allait bientôt se dissoudre.
Chapitre 3 : Le Château Miroir
Perché sur une colline embrumée, le Château Miroir émergeait lentement du voile matinal, comme un rêve qui hésite à devenir réel. Ses tours tordues reflétaient le ciel nuageux, et ses fenêtres semblaient observer les intrus bien avant qu’eux ne les remarquent.
Zax et Sweety approchèrent prudemment. La porte principale était entrouverte, grinçante, comme si elle les invitait à entrer dans le jeu d’Isabelle.
- Attention à ce que tu regardes, chuchota Sweety. Ce château déforme tout :
Les souvenirs, les visages… et la vérité.
À peine franchie l’entrée, un long couloir se déroula devant eux, tapissé de miroirs anciens. Dans chacun, leur reflet bougeait avec un léger décalage. Certains souriaient sans raison, d’autres tournaient la tête vers l’arrière, comme s’ils voyaient quelque chose dans l’ombre.
Puis une voix résonna, douce et moqueuse :
« Coucou Zax, coucou Sweety… Vous êtes proches, mais êtes-vous sûrs de vouloir savoir ? »
- C’était elle. Pas une illusion. Elle était ici.
Sweety pointa un miroir fissuré. Derrière la surface, on distinguait une scène figée : Isabelle assise à une table, discutant avec une femme encapuchonnée, et un homme encadrant la porte. Sur la nappe, une carte postale griffonnée :
Mais dès que Zax toucha la surface, tout disparut.
Soudain, un grondement monta du sol. Les miroirs vibrèrent, et certains explosèrent, libérant des éclats d’ombres dansants. Une silhouette passa en courant derrière eux, rieuse et presque enfantine. Une longue cape flottait derrière elle.
- Elle veut qu’on la suive, dit Sweety. Mais elle sème des pièges.
Ils coururent à travers les couloirs changeants, jusqu’à arriver dans une salle circulaire. Au centre, une grande table dressée avec trois couverts. Sur chaque assiette, un mot gravé :
« Amérique » « Grèce » « Thaïlande »
Zax échangea un regard avec Sweety.
- Trois destinations. Trois étapes. Trois chances de la rattraper.
Un dernier miroir leur montra une image : Isabelle sur un quai, embarquant sur un navire aérien aux voiles rouges. Un drapeau flottait à l’arrière : une plume noire croisée avec une clé.
Puis, comme un clin d’œil final, une petite voix souffla dans la pièce :
« Bisous. À bientôt… ou pas. »
Chapitre 4 : De l’Amérique à la Grèce
Guidés par les images du miroir brisé, Zax et Sweety quittèrent le Château Miroir à bord de leur propre vaisseau temporel : l’Hélico-Horloge, un engin cuivré aux hélices chantantes, capable de traverser les lignes du temps et de l’espace.
- Première étape : l’Amérique, annonça Zax. Mais d’après le message, elle ne s’y est pas attardée…
Et en effet. À peine arrivés dans les ruelles de New Orleans, ils trouvèrent un nouveau mot griffonné à la hâte sur une porte de bois :
J’ai quitté l’Amérique ce matin. Je pars vers la Grèce… puis Thaïlande.
Sweety observa le papier de plus près.
- L’encre est encore fraîche. Elle était là il y a moins d’une heure.
Mais quelque chose clochait : le parfum du papier n’était pas celui d’Isabelle. Il portait une odeur boisée et… magique.
- La Sorcière. Elle est avec elle. Et elle l’aide à brouiller les pistes.
Sans perdre une minute, ils recalibrèrent l’Hélico-Horloge vers la Grèce.
Ils atterrirent près de Delphes, au pied d’un ancien temple reconverti en relais de voyageurs temporels. Là, une rumeur les attendait : une femme aux cheveux fauves, voyageant avec un corbeau, avait été vue discutant avec un homme à la voix grave et une étrange créature… à moitié humaine, à moitié arbre.
- Elle n’est pas seulement en cavale. Elle s’allie avec des êtres issus d’autres réalités. C’est plus grand que ce qu’on pensait.
Une nouvelle trace fut trouvée sur un pilier antique : une gravure légère à la dague. Trois lettres entremêlées :
Et un dernier message, cette fois inscrit en lettres d’argent :
« Je suis avec la Sorcière et… Alex Li.
Nous avons quitté la Grèce. Nous partons plus loin encore.
Bisous et… bonne chance. »
- Alex Li ? s’étonna Sweety. Le Commissaire ou le Fugitif ?
- Alors elle ne fuit pas. Elle rassemble. Et elle prépare quelque chose.
Le ciel se couvrit. Le vent se leva. Et dans les airs, une dernière note portée par une plume noire tomba dans la main de Sweety :
« Je vous attendrai… peut-être. Thaïlande. Mais saurez-vous me voir ? »
Chapitre 5 : La Sorcière, l’Oiseau et l’Arbre
La Thaïlande. Un pays de lumière et de jungle, d’esprits anciens et de temples enfouis. C’est là que l’Hélico-Horloge se posa à l’aube, dans une clairière bordée de ruines silencieuses. Le vent soufflait entre les arbres avec une voix presque humaine.
- On approche du cœur du jeu, murmura Zax. Elle veut qu’on la trouve… mais pas trop vite.
Sweety observa la jungle environnante.
- Ce lieu est saturé de magie. Quelque chose ici brouille nos capteurs temporels. C’est comme si les secondes elles-mêmes hésitaient à avancer.
Ils marchèrent plusieurs heures à travers une forêt vivante, où les feuillages semblaient respirer. Puis, au détour d’un sentier de lianes, ils entendirent… un rire.
Un rire doux, moqueur… familier.
Une silhouette apparut sur une branche : un oiseau au plumage violet et doré, les yeux étincelants d’intelligence. Il les observa longuement, puis lâcha d’une voix claire :
Comme aller vous ? Je vous présente… moi.
Car je suis Isabelle Parisod, transformée.
Comme ça, c’est moins facile, hein ?
L’oiseau s’envola dans un éclat d’étincelles, et un papillon lumineux le suivit. Ils comprirent alors qu’elle ne se contentait plus de fuir dans l’espace : elle se transformait, se fondait dans la nature.
Peu après, une présence plus sombre se fit sentir.
Une femme au regard perçant sortit de l’ombre, vêtue de noir, les mains pleines de brume. Elle les fixait sans animosité, mais avec une puissance étrange.
- La Sorcière, souffla Sweety.
- Elle vous protège, dit la femme. Isabelle n’est pas une fugitive. Elle est une épreuve.
- Une épreuve ? s’étonna Zax.
La Sorcière tendit la main vers un arbre immense, au tronc gravé de symboles.
Et, à la surprise générale, la voix d’Isabelle résonna… depuis l’intérieur du tronc.
Mais je ne dirai pas lequel. Ce ne serait pas drôle sinon.
Bonne chance pour me trouver.
Et… bisous en couleurs. »
Zax regarda les centaines d’arbres autour d’eux.
- Elle s’est métamorphosée… littéralement.
- Et elle ne veut pas qu’on la rattrape. Pas avant d’être prête, conclut Sweety.
La Sorcière disparut dans un tourbillon de feuilles. Et un dernier message apparut, gravé sur une pierre à leurs pieds :
« Une semaine encore ici. Ensuite, je repars.
Réfléchissez bien, Zax et Sweety.
Et dites aux policiers… de ne pas se presser. »
Chapitre 6 : La Dernière Illusion
Le soleil commençait à décliner sur la jungle thaïlandaise. Zax et Sweety, fatigués mais déterminés, avaient examiné des dizaines d’arbres sans succès. Chaque tronc semblait porter un signe, un sourire taquin, une énigme dissimulée… mais aucun ne révélait la véritable cachette d’Isabelle Parisod.
- Elle est partout, et nulle part, dit Sweety. C’est comme chercher une idée dans un rêve.
Zax s’agenouilla devant un arbre tordu, la main sur l’écorce.
- Et si… elle voulait qu’on renonce ? Que ce n’était pas une chasse, mais un choix ?
C’est alors qu’un bruissement d’air attira leur attention. Une distorsion apparut entre deux arbres:
un portail fragile, instable, traversé par des ombres familières.
Deux silhouettes en sortirent.
Alexia Hoffer, lunettes relevées, l’air suspicieux. Et Sarah Da Silva, inspectrice calme mais affutée.
- On a reçu son dernier message, dit Alexia. Et c’était clair : elle n’est plus une fugitive.
- Elle veut qu’on comprenne, pas qu’on capture, ajouta Sarah.
- Alors qu’est-ce qu’on fait ? demanda Sweety.
À cet instant, un dernier mot apparut sur une feuille tombée du ciel, suspendue dans l’air par une magie douce et malicieuse.
« Bravo à tous. Vous avez presque tout compris.
Je ne me cache plus. Je me transforme.
Je ne fuis plus. Je vous guide.
Je suis devenue l’oiseau, l’arbre, le vent.
Et parfois… je suis juste un bisou qui passe.
Si vous voulez encore me chercher, faites-le avec le cœur.
Sinon… laissez-moi exister ailleurs.
Un vent léger traversa la clairière, emportant la feuille.
Zax, ému, regarda ses amis.
- Peut-être que le but n’était pas de la retrouver… mais d’apprendre à trouver ses points faibles.
- Certaines énigmes ne se résolvent pas. Elles s’acceptent.
Alors, ensemble, ils repartirent en silence, laissant la forêt garder ses secrets, et Isabelle… sa dernière illusion.
Et quelque part, au sommet d’un arbre invisible, un oiseau au plumage doré les regardait s’éloigner… puis s’envola, libre.
Par Sarah Da Silva et Alexia Hoffer