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L’horreur est humaine – Pourquoi ce ne sont pas des monstres
Ce vendredi 13 novembre, une ville, un pays et une génération toute entière à été traumatisée. Prenant son courage à deux mains, elle a promis de résister, de réfuter l’attaque à son être, à sa nature, en continuant à être ce qu’elle est sans compromis, en résistant à l’appel à la panique.
Cependant cette génération par nature insouciante est meurtrie, et se retrouve à revendiquer ce qui ne peut être revendiqué sans être annulé par la revendication même : sa légèreté.
Et pendant que cette génération cobaye du XXIème siècle, déjà confuse sur ce qu’elle est et ce qu’elle représente, tente de retrouver sa place, de retourner à la vie qui la définit de manière semi-militante, les autres, les dirigeants, tombent eux dans le piège qui leur a été tendu.
Sans le savoir, la « génération Bataclan » est la véritable actrice de ce qui fera l’Histoire, enfouie dans la myopie propre à ceux qui toujours portent les conséquences des actes de leur époque mais sont incapables de définir leurs rôles dans celle-ci, trop au cœur de l’action, ils n’en voient pas l’ampleur, rappelant Fabrice à Waterloo de Stendhal.
L’époque présente se réclame (comme toutes ses précédentes) d’être éclairée, d’avoir appris les leçons de l’Histoire, et cependant ne peut s’empêcher de la répéter.
Dès que l’instinct trop humain de vengeance fait surface, nous perdons tout ce que nous avons douloureusement appris. Une perverse satisfaction, un rassurement déplacé survient lorsqu’on entend que nous nous sommes engagés dans une guerre avec les malfaiteurs qui nous ont tant fait souffrir, et dans une ironie macabre, leurs victimes deviennent nos martyrs, au nom desquels nous dénonçons ceux que nous qualifions de barbares, de bêtes acharnées, d’animaux et nous promettons d’exterminer cette vermine qui a voulu nous priver de notre liberté en nous terrorisant. Et par une ultime ironie macabre, nous les réifions tels qu’ils nous ont réifiés.
Il ne s’agit pas de subir les atrocités que Daesh nous inflige sans réaction, ni de leur pardonner leur cruauté inconcevable. Il ne s’agit pas de relativiser leur violence, ni d’étouffer notre rage d’avoir été ciblés pour avoir vécu. Non, il s’agit bien de cruels assassins dont les actes sont impardonnables.
Mais ce ne sont là ni des bêtes, ni des monstres, ni des animaux. Ce sont des Hommes. Et le seul moyen de les vaincre est de ne pas succomber à la tentation de leur nier leur humanité. Seulement en les voyant en face comme de la même race, de la même espèce foncièrement imprévisible dans sa cruauté et fondamentalement imparfaite que nous pourrons sortir vainqueurs de cette guerre qu’ils nous ont déclarée, pour le simple crime de vivre.
Ce n’est que si nous acceptons que la race humaine soit unique et capable du meilleur comme du pire que nous serons capables de ne pas perpétuer les mêmes erreurs fatales.
Avant de pouvoir se poser la question de savoir comment les éliminer, il faut impérativement tenter de comprendre pourquoi ces êtres humains sont tels qu’ils sont, autrement nous sommes perpétuellement enfermés dans ce mythe de Sisyphe qui est de traiter le symptôme d’un virus meurtrier, au prix de trop de vies innocentes prises sous la couverture du « dommage collatéral », qui ne peut qu’engendrer la perpétuelle répétition aggravée de la même horreur.
La peur, qui nous engendre à nier l’humanité de l’horreur nous rend éternellement amnésiques et nous force à perpétuer le cycle meurtrier de l’Histoire.
Le problème inhérent à ce cercle vicieux est que de reconnaître l’humanité de notre ennemi nous force à voir à quel point il nous est proche.
Cette identité de nature entre les plus cruels capables d’assassiner nos amis de sang froid et sans aucune justification et nous mêmes est insupportable à considérer pour tout être sain, mais n’en est pas moins nécessaire. C’est un exercice mental si difficile, si humiliant et si terrifiant que l’on rejette avec ferveur dès que l’on le nous propose.
Lorsque Hannah Arendt, elle même ayant souffert les atrocités du régime Nazi avant de se réfugier aux Etats-Unis, assista au procès d’Adolphe Eichmann et réalisa l’humanité de cet homme monstrueux et avança l’idée de la « banalité du mal », il suffit au public de lire ou d’entendre ce même titre pour le rejeter violemment, tellement cette idée nous est insupportable.
Cependant cette réalisation perspicace, que le pire des Hommes, le plus répugnant bas fond de l’humanité n’est pas un danger parce qu’il est monstrueux, inhumain, mais au contraire parce qu’il est bien humain. Il n’y a rien de plus déconcertant ou de terrifiant que de devoir admettre l’humanité de celui qui est voué à la détruire.
Si nous voulons finalement pouvoir vivre en paix, si nous voulons véritablement mettre fin à l’éternel cycle de violence et d’horreur qui a été le fil rouge sang de notre Histoire toute entière, nous devons finalement acquérir la capacité de se prêter au dangereux exercice de chercher à comprendre nos bourreaux et de découvrir ce que nous avons en commun plutôt que ce qui nous oppose.
Ceci ne présuppose en aucun cas une empathie perverse ni une fascination macabre, mais se présente comme le seul moyen de vaincre l’ennemi, en pensant comme lui, de le connaître dans son être et sa psychologie profonde, afin de pouvoir dévoiler ses véritables faiblesses.
Pour pouvoir vivre en paix, il nous est impératif de reconnaître que le pire aussi, n’est rien de plus ou de moins qu’humain.








