La techno n'est plus revendicative
La techno moderne a oublié que les clubbers ont aussi soif de message.
Dans son dernier article paru sur Slate.fr, Didier Lestrade, journaliste engagé et fin connaisseur de la scène électronique, livre son sentiment sur la nouvelle génération de clubbers, plus hédoniste que militante. Mais à qui la faute?
Premièrement, si la techno était engagée à ses débuts (Underground Resistance...), il fallait lire entre les lignes le message (plutôt anarchiste, anti-raciste et ecolo). Aucun manifeste politique à proprement parler, même si ça et là , de beaux discours étaient repris sur fond de basslines endiablées... ou pas (”Jack Had A Groove”...). L’explication est simple: les premiers producteurs House et Techno ont toujours privilégié le groove à la politique, refusant de finir récupérés comme leurs aînés punks ou rockers. En ce sens, la House et la Techno sont proches du Rap et du Hip-Hop: quelques enflammades à leurs débuts (Public Enemy...) et puis un virage Gangsta pour le Hip-Hop et hédoniste pour l’electro, les deux se retrouvant sur le concept de Swagg, tant éloigné des idéaux des pionniers des 2 scènes.
Ensuite, pour s’engager, il faut se choisir une cause qui en vaille la peine, le tout sans se faire manipuler. Après l’effondrement du Bloc Soviétique, le Communisme paraît plutôt mal en point, pas le concept le plus sexy pour commencer à militer. L’écologie? Oui, pourquoi pas? Mais quelle Ecologie? Si on regarde la France, le mouvement paraît morcelé, divisé, incapable de se positionner clairement sur les principaux sujets et au final, EELV reste l’aile verte du PS, espérant un jour pouvoir peser sur un gouvernement qui régulièrement fait de jolis pieds de nez à leurs alliés environnementalistes en continuant à cautionner voire à développer le nucléaire, etc.
Aujourd’hui le concept de RĂ©volution a complètement Ă©chappĂ© Ă ceux qui s’en voulaient les gardiens (la Gauche de la Gauche pour simplifier). Depuis les annĂ©es 80 et l’arrivĂ©e au pouvoir en Iran d’un certain Ayatollah Khomeini, la RĂ©volution est rĂ©cupĂ©rĂ©e par ceux qui veulent mĂŞler politique et religion, allant jusqu’à prĂ´ner le Djihadisme. On en voit aujourd’hui les effets...Â
Plus proche de nous, les héritiers de la Révolution Nationale du Maréchal Pétain tentent de ressusciter des idéologies qu’on croyait mortes et enterrées depuis la Libération. Aujourd’hui ils ne se réclament plus du Fascisme ou du National-Socialisme, mais plus diplomatiquement de l’Anti-Sionisme pour certains, ou encore du Souverainisme pour d’autres, entretenant le flou sur leurs réelles intentions. Et si certains artistes affichent leur nostalgie des régimes totalitaires, ils restent une minorité car on oublie pas que l’electro est une musique de blacks pour faire danser des blancs et inversement (même si personnellement je trouve que ce sont les blacks les plus forts dans les deux domaines que sont la danse et la production!).
Alors, s’engager - politiquement s’entend - aujourd’hui, oui, mais pour cela faut-il encore une structure, une ligne politique cohérente, vertueuse et véritablement humaniste. Je me souviens qu’au début des années 90, un mouvement dit “Intelligent” émergea de la scène techno ( et drum’n’bass). Une organisation du nom de Planet Generation Global Move (PG2M) vit le jour, simultanément aux USA (Angel US) et en France (Les Anges Pressés) et des activistes très bien organisés commencèrent à développer le mouvement, avec des albums (”L’Art Evolution”), des compilations avec des artistes reconnus en soutien (Angelique Kidjo, Sergent Garcia et même L’Abbé Pierre sur un instru de Dee Nasty!), des courts-métrages (Matthieu Kassovitz) et surtout des événements, comme ces concerts en simultané Paris -New York - Tokyo - Addis Abeba, dont les bénéfices devaient servir à acheter des semences non-OGM aux agriculteurs Ethiopie.
Malheureusement, après plus de 10 d’activisme, l’organisation arrêta ses activités, suite à des “dissensions internes”, mais fut un modèle pour beaucoup, tant sur le fond (indépendance, actions concrètes) que sur la forme (organisation, direction artistique). Aujourd’hui, il n’en reste rien. Il n’y a plus qu’à se tourner vers des festivals bobos du style “We Love Green”, mais cela suffira-t-il à faire accélérer les choses?
Pour finir sur une note d’espoir, notons que la techno et la house ont une connotation sexuelle très forte, comme d’autres styles musicaux, mais la danse n’est-elle pas au fond le prémice de l’acte physique? Et le fait d’utiliser nos organes reproductifs lors de ces actes physiques ne permettrait-il pas ici ou là de donner lieu à des reproductions d’êtres humains? Et ainsi perpétrer l’espèce? Relancer la démographie? Regardez le Printemps Arabe: n’est-il pas la conséquence de la vive démographie que connaît le Maghreb de puis plusieurs années? C’est là aussi l’explication de la résignation des générations post-baby-boom: la jeunesse est à présent une minorité dans la société. Même si François Hollande y fait sans cesse référence dans ses discours, cela reste incantatoire et vain. Et en plus elle n’emmerde plus le Front National. Agissons.