Marcel rentrait du bureau. Il était 18 heures. Il avait assisté à cette journée tel un spectateur regardant un match de hockey sur glace, sans se douter qu’il puisse être lui aussi acteur. Il marchait les quelques mètres qui séparaient l’arrêt de bus du domicile qu’il occupait seul depuis plusieurs années désormais, dans ce village qui ne comptait à peine plus d’une centaine d’habitants, situé à l’extrême nord du pays. La rue était longue et large, beaucoup trop vaste pour le peu d’occupants qu’elle recevait. Quelques flaques d’eau étaient éparpillées ici et là, rappelant la grosse tempête de l’après-midi. Marcel jeta un oeil sur sa gauche, et vit Didier , le fis cadet de ses voisins d’en face. Son père était un ancien avocat, décédé depuis de nombreuses années. Sa mère, elle, personne ne l’avait vu depuis plusieurs mois. Les rumeurs circulaient à son sujet, mais d’aucuns ne savaient réellement ce qu’elle était devenue. Marcel regarda dans sa boite aux lettres, lui qui ne recevait que très rarement des courriers. Par moment, un colis lui était destiné. Il vivait seul.
Il avait un rendez-vous ce soir, au parc de la ville, qu’il attendait depuis déjà de très nombreuses années. Il allait enfin rencontrer son père. Lorsqu’il rentra chez lui, il relu une dernière fois la lettre qu’il avait reçu, pour ne pas se tromper ni sur le lieu, ni sur l’horaire.
Une fois de le parc, il décida de s’asseoir sur le banc en face du lac, afin d’attendre. Le parc était presque vide, seul un couple de personnes assez âgées continuait à marcher lentement vers la sortie. Il s’était remis à pleuvoir. Les heures passaient, et personne ne semblait se rendre au rendez-vous. La nuit était à présent bien tombée, et, c’est à contre coeur qu’il se résigna à quitter les lieux. Il y avait peut-être eu un malentendu, il reviendrait demain à la même heure afin de voir si quelqu’un se présentera. Il se leva de son banc, et se dirigea vers la sortie du parc, en envoyant quelques cailloux dans l’eau. Ce n’est qu’une fois dehors qu’il remarqua la vieille camionnette garée en contrebas. Il n’eut pas le temps de s’interroger sur cette présence qu’il fut frappé d’un violent coup derrière la tête qui le mit K.O. Il fut ensuite trainé à l’arrière de la camionnette, et emmené dans un hangar en périphérie de la ville.
Les jours passaient mais il n’y avait aucune évolution dans le quotidien de Marcel. Il restait sur sa chaise, la tête sous une cagoule, sans savoir ce qu’il se passait. Par moment, il était nourrit par ses ravisseurs. Copieusement au début, avec parcimonie ensuite, car, bien sûr, il ne pouvait pas coûter plus d’argent qu’il n’en apportait. Il n’avait aucune information, que ce soit sur l’identité des deux crapules, ou sur la nature de son enlèvement. De temps en temps, il entendait deux voix s’entrechoquer dans son âme par éclats de décibels. Il savait qu’ils étaient deux, car l’un d’eux possédait un fort accent, et terminait souvent ses phrases par des mots d’une langue étrangère que Marcel n’arrivait pas à distinguer. Les jours passaient, du moins, il le pensait. Il lui arrivait de dormir par moment, mais il ne savait absolument pas depuis combien de temps il était détenu. Marcel était à bout de forces. Il n’était conscient que d’une chose. Son sort faisait débat au sein du duo. L’un d’eux semblait vouloir le maintenir en vie, et attendre le paiement de la rançon, tandis que l’autre n’avait qu’une idée en tête, mettre fin à ses jours. Si ce débat était assez calme au début, il devenait assez tendu au fil du temps, touchant son paroxysme ce matin-là.
Marcel avait tenté de mettre en place un système afin de compter le nombre de jours qui passaient. Puisque les deux hommes étaient toujours présents, lorsqu’il ne les entendait pas, cela signifiait qu’ils dormaient et que donc, la nuit était tombée. Il estimait dès lord que c’était le cas, et essaya de s’endormir à son tour. C’est à ce moment précis qu’il fut saisi de force par le col de son t-shirt. Il poussa quelques grognements, en espérant obtenir des explications sur ce qui était en train de se passer, et n’obtint qu’un petit coup sur la tempe en guise de réponse. Il fut amené à l’arrière de la camionnette, qu’il reconnut immédiatement à son odeur qui démarra quelques instants plus tard. Puisque personne ne parlait, Marcel en déduit qu’il n’y avait qu’une personne qui l’avait enlevé. Il trouva la situation quelque peu cocasse. Il venait d’être enlevé de son propre enlèvement par l’un de ses ravisseurs. Il tenta de se rappeler les dernières bribes de conversations qu’il avait pu entendre afin de savoir avec lequel des deux il se trouvait, mais ne se souvint pas qu’un consensus fut obtenu. Après avoir roulé pendant un bon moment sur des routes normales, la camionnette s’engageait sur des chemins plus sinueux. Il n’y avait plus aucun bruit de circulation, ce qui nourrissait les inquiétudes de Marcel.
La camionnette s’arrêta d’un coup sec. Il entendit la porte côté conducteur s’ouvrir, et se refermer violemment, avant que ce soit celle situé à l’arrière qui s’ouvrit. Pour la première fois, des paroles furent prononcées, demandant à Marcel de descendre. Il allait enfin être fixé sur son sort. Qui était donc-t-il ? Le tueur ? Ou le sauveur ?
Ce soir-là, la fête foraine était de passage dans le village. Elle s’étendait sur près d’un kilomètre, et était composée d’une cinquantaine de stands. Jeux de fléchettes, pêche aux canards, hot-dogs à la sauce moutarde, tout était présent pour que cette soirée embellisse leur quotidien morose. Seules les nombreuses coupures de courant, qui semblaient apparaître à intervalles régulières constituaient le point noir de la soirée.
L’un des deux ravisseurs, N, était présent lors de cette soirée. Son comparse l’avait informé qu’il avait un problème à régler, qui n’avait rien à voir avec leur affaire en cours. Il avait donc décidé de s’accorder cette journée, et de laisser la surveillance de l’otage à ses deux chiens. Cela faisait déjà dix jours depuis le début de l’enlèvement, mais il n’y avait toujours aucune trace d’un avancement des négociations. L’issue semblait obscure, et le seul moyen de la rendre vivable était de la rendre plus obscure. N savait qu’un crime comme celui-ci le reconduirait en prison pour de nombreuses années. C’est la raison pour laquelle il avait déjà établi un plan dès le départ. Une fois l’otage libéré et l’argent encaissé, il avait prémédité le meurtre de son complice, P, afin de doubler ses gains et de mettre au silence la seule personne pouvant l’incriminer dans cette affaire. Même si la rançon était au départ prévue pour être récupéré le lendemain, l’affaire semblait demeurer au point mort, et ne voyant pas le bout du tunnel, il eût une discussion agitée ce matin avec son collègue, évoquant la mort de l’otage.
Lorsqu’il quitta le domicile de la jeune femme qu’il avait rencontré fortuitement au supermarché, P pensa retrouver N à la fête foraine. Il s’agissait de leur dernière nuit ensemble car le lendemain, tout devait être réglé. Il prit la route, et roula en direction du parc de la ville, où avaient lieu les festivités. En arrivant sur les hauteurs de la ville, il vit que toutes les lumières étaient éteintes. Il lui semblait distinguer dans l’obscurité des signes de vie, mais supposa que la fermeture était imminente, et que ces gens se dirigeaient sans doute vers la sortie. Il fit alors demi tour, pour rentrer au hangar. Après quelques minutes de route, il sorti de la ville et emprunta le petit chantier indiquant l’entrée du hangar. La première chose qu’il remarqua, fut l’absence de la camionnette, couplé à l’absence de la voiture de N. Pourquoi serait-il parti à la fête avec deux véhicules ? C’était insensé.
Les deux chiens étaient encore en train de manger les restes de viandes, mais il n’y avait personne d’autre sur les lieux. Ni N, ni Marcel. Dès lors, il craignait que N avait exécuté les menaces proférées le matin même. Il fit un tour complet à l’ extérieur du hangar, sans être plus avancé. Il n’y avait pas de signe de vie. Il retourna à l’intérieur, cherchant l’une des correspondances qu’ils avaient eu avec l’instigateur. Peut-être les chiens réussiront à retrouver sa trace. S’il avait vu juste, il pourrait devancer N et récupérer la rançon de force, avant que toute l’histoire ne soit découverte. Il trouva, sur une table, dans un coin du hangar, l’une des lettres qu’ils avaient reçu au préalable. Il l’a fit sentir au chiens, qui n’eurent aucune réaction. Il insista encore, et après maintes reprises, l’un d’eux déboula hors du hangar, et se mit à galoper sur la route, suivit par le second, puis par P.
Quelques minutes plus tard, se fut au tour de N de rentrer dans ce hangar vide. Il descendit de sa voiture, pour pénétrer à l’intérieur. Il eut lui aussi la même réaction, ne trouvant pas la caravane, ni d’âmes qui vivent sur les lieux. Son sang ne fit qu’un tour, car il crut comprendre ce qui était en train de se dérouler. Il appela les deux chiens, sans qu’aucun des deux ne lui réponde. Il remonta alors dans sa voiture, afin de tenter de retrouver P.
De son côté, P continuait à poursuivre tant bien que mal les deux chiens. Ils pénétraient désormais dans une rue longue et large, dans laquelle un homme marchait paisiblement. Il portait un sweat à capuche, ainsi qu’un sac à dos bleu foncé. Son visage était dissimulé sous une casquette, mais il semblait tout de même être assez jeune. Contre toute attente, c’est vers lui que les deux animaux se ruèrent. Lorsqu’il vit qu’il était attaqué, il se mit lui aussi à courir, en direction d’un domicile. Dans la précipitation, il lâcha son sac visiblement lourd par-terre, devant sa porte, afin de se précipiter vers l’intérieur. Il passa quelques secondes devant la porte à trouver la clef correspondante, puis, lorsqu’il mit la main sur la bonne, passa à nouveau quelques secondes à tenter de vaincre ses mains tremblantes pour l’ouvrir. Une fois à l’intérieur, il referma la porte avec fracas, pour se réfugier à l’étage. P tenta alors de pénétrer dans la maison, sans remarquer la voiture de police qui faisait une ronde quelques mètres plus loin. En voyant cette agitation, ils se dirigèrent fort logiquement vers le domicile du jeune homme. P frappa contre la porte à gros coups, sans réponse. Il ramassa alors un pavé qui trainait quelques mètres plus loin, et le projeta contre la vitre de la porte.
Circulant dans une rue quelques mètres plus loin, N sentit qu’il se passait quelque chose d’inhabituel, et se dirigea lui aussi vers la maison. Il se gara sur le côté, et sortit de sa voiture, arme à la main, afin de voir de quoi il s’agissait.
Après avoir brisé la vitre, P passa sa main à l’intérieur, et réussit à ouvrir la porte directement de l’extérieur. Il chercha le jeune homme dans un premier temps, en consultant les pièces proches de l’entrée. Lorsqu’il entra dans le salon, son regard se figea sur un objet trônant en plein milieu de la pièce. Il esquissa un sourire et s’approcha à grand pas du sac de sport qui se trouvait ouvert sur le sol. Celui-ci débordait de liasses de billets. Il s’en saisit, oublia immédiatement le jeune homme qu’il pourchassait, et sortit du domicile.
Une fois dehors, il tomba nez à nez avec N, qui pointait son arme sur lui, en lui demandant de lui remettre le sac. Les deux policiers, discrets jusque là, décidèrent à ce moment précis d’intervenir et d’attraper au vol l’homme qu’ils suivaient depuis peu, ainsi que le second, qui venait de débarquer de nulle part.
Lorsque le jeune homme entendit que les forces de l’ordre était présente, il sortit de sa cachette pour voir ce qu’il se passait à l’extérieur. Les deux policiers l’interrogèrent lui aussi quelques instants. Il leur dit s’appeler Didier, avoir 15 ans, et vivre ici avec sa mère. Cependant, Il leur semblait vivre seul, chose qu’ils vérifièrent assez rapidement. Son père était décédé quelques années plus tôt, et sa mère, interné dans un internat après de nombreuses dépressions.
Tous les trois furent ainsi embarqués, l’un en direction d’un foyer car, les deux autres probablement vers une prison au vue des éléments avec lesquels ils ont été pris.
Etre journaliste, c’est tout ce qu’il avait toujours voulu faire. Devenir journaliste, c’était facile. Devenir un bon journaliste, c’était une toute autre histoire. Pour cela, il fallait mettre de côté ses principes. Et des histoires, tout le monde peut en écrire, en raconter, en inventer. En revanche, il n’est pas donné à tout le monde de s’en approprier. Et ce sont celles-ci qui ont le plus gros impact.
Cette histoire, pourtant vieille et en suspens depuis un peu moins de dix ans venait de prendre fin pour de nombreuses personnes. Pour Bob, elle gardera un goût d’inachevé, et il y repensera chaque jour de sa vie, pour l’éternité. Et plus encore. Lorsqu’il ouvrit le journal ce matin-là, il se rappela immédiatement de la lettre qu’il avait reçu ce soir-là.
<< Je sais qui vous êtes, et comme vous, je pense que vous n’êtes pas apprécié à votre juste valeur. Votre travail est remarquable, notamment vos publications sur les crimes qui touchent notre région depuis plusieurs mois. Vous vous demandez probablement s’il s’agit d’une lettre un fan. Ce n’est absolument pas le cas. Je me suis permis de vous contacter afin de vous proposer un marché. Enfin, appelons ça plutôt une opportunité, car je ne vous demanderai absolument rien en contrepartie. >>
Bob leva les yeux de la lettre un instant. Il l’avait gardé durant toutes ces années, mais savait que dès aujourd’hui, il prenait un risque en ne la détruisant pas. Même s’il la connaissait par coeur, l’ayant lu à maintes reprise, il se sentait obligé, une dernière fois, de la lire entièrement.
<< Tout ce que vous aurez à faire, c’est libérer un homme, pris en otage, puis vous raconterez son histoire. Il pourra aisément confirmer que vous ne faites pas partie de ceux qui l’ont enlevé. De votre côté, vous joindrez l’utile à l’agréable. Vous passerez pour un héros, et vous aurez un scoop à raconter. Si vous prévenez la police avant d’agir, vous passerez à côté d’une occasion en or pour faire votre trou. Si cela vous convient, vous n’avez qu’à répondre par texto au numéro qui figure en bas de cette lettre. Un simple « ok » suffira. Je vous donnerais plus de consignes par la suite. >>
Bob accepta, et suivi les consignes. Le soir de la fête foraine, il devait se rendre dans un hangar, situé dans un petit village. Sur place, il trouverait un otage, qu’il n’aurait plus qu’à libérer. Aucun ravisseur ne devait être présent sur les lieux.
Lorsqu’il arriva sur place, il vit deux chiens qui gardaient la zone. Un berger allemand accompagné d’un doberman. Bob s’y était rendu à pied, il n’avait donc pas encore attiré leur attention. Il revint sur ses pas, et se rendit vers un snack situé un peu plus loin au bord de la route pour acheter de la nourriture et amadouer les deux animaux. Une fois de retour, il siffla au loin afin de ne pas les surprendre et d’entrainer une réaction défensive de leur part. Il leur envoya des morceaux de viandes ici et là, ce qui parvint à détourner leur attention de l’otage. Une camionnette était garée juste à l’entrée, les clefs sur le contact. Sachant qu’il n’avait que très peu de temps, il attrapa l’otage par le col de son t-shirt, et l’entraina rapidement hors du hangar, afin de le mettre à l’arrière de la camionnette.
Après avoir roulé pendant plusieurs heures, ils étaient désormais hors de la ville, dans les hauteurs, au pied des montagnes. Bob voulait l’emmener à l’écart, afin de pouvoir l’interroger, et connaître tous les détails avant de le conduire au commissariat. Il lui enleva donc sa cagoule et fut stupéfait de sa découverte. Il tenta de masquer sa surprise, et commença son entrevue. L’otage lui raconta la totalité de sa détention, avec le maximum de détail qu’il lui était possible de rassembler. Il pensait avoir été enlevé il y avait de cela plus d’un mois, mais ne fut que très peu surpris lorsque Bob lui affirma que cela ne faisait qu’une dizaine de jour.
Lorsqu’il eut terminé, il se demanda ce qu’il devait faire de la victime. Si Bob devait se rendre à la police pour raconter les faits, c’était maintenant. Ou jamais. Car Marcel avait vu son visage. Cela le rendrait au mieux un complice, au pire, ravisseur. Si Bob hésitait, c’est qu’il avait immédiatement reconnu la victime. Il s’agissait du fils illégitime d’un homme très haut placé. Il su dès lors que cette histoire serait étouffée, et qu’il en aurait l’entière exclusivité. Dès lors que l’annonce de la libération d’un otage serait faite, il publierait la totalité de son histoire. Il l’écrirait sous un pseudonyme, son visage ne sera alors pas associé à l’auteur. Il aurait très bien pu le laisser-là et le relâcher dans la nature, mais cela lui aurait laissé un goût d’inachevé. Ce qu’il ne souhaitait absolument pas. Tout ce qu’il avait à faire, était de le remettre dans cet endroit, et attendre la suite. Il décida de le ramener à l’endroit où il l’avait récupéré.
Après avoir roulé de nombreuses heures à nouveau, ils arrivèrent près du hangar. Bob s’arrêta, afin de racheter quelques rations dans le snack. Mais bizarrement, les deux chiens avaient disparus. Il put ainsi le rattacher aisément, remettre la caravane à l’endroit où il l’avait prise, et partir à pied. En attendant la suite.
Didier avait absolument besoin d’argent. Il fallait qu’il sorte sa mère de cette hôpital, afin de repartir à zéro avec elle.
Lorsqu’un jour, un facteur déposa un énorme colis sur le perron de la porte du domicile de Marcel, Didier s’en approcha par simple curiosité, car il était très rare de recevoir des paquets ici. Dans un premier temps, il voulut s’en emparer, sans savoir ce qu’il contenait. Il saisit le carton, et manqua de le faire tomber car malgré sa taille, celui-ci se trouvait être paradoxalement très léger. Il l’examina afin de deviner ce qu’il y avait à l’intérieur. Il le secoua, tendit son oreille pour entendre le son de l’objet contre les parois du carton, mais n’arriva à aucune conclusion. Lorsqu’il se pencha sur l’expéditeur, et vit que celui-ci venait de la capitale, dans l’un des quartiers plus aisés d’une ville uniquement occupée de gens aisés. Il reposa le carton et nota l’adresse sur un petit bout de papier qu’il avait dans la poche arrière de son short bleu. Il y aurait probablement mieux à faire par la suite.
Quelques semaines plus tard, il remarqua un autre colis, posé sur le perron. Lorsqu’il s’en approcha, il vit que l’adresse était la même que celle du colis précédent. Marcel connaissait vraisemblablement des personnes assez fortunées, peut-être il y aurait une possibilité de l’utiliser pour se faire un peu d’argent. Il vivait seul, et semblait recevoir que très rarement de la visite. Et s’il l’enlevait? Il fouilla les archives de son père, afin de trouver deux individus capable de mener cette opération. Le calcul était simple, il lui fallait deux personnes en difficultés financières, prêtes à tout et pas spécialement futées. Une fois les deux hommes trouvés, il les contacterait par courrier en prenant la température de leur côté, puis en leur donnant la marche à suivre.
Marcel étant son voisin, il fallait trouver un moyen de l’éloigner du domicile, pour que l’enlèvement ait lieu assez loin de celui-ci. Puisque la demande de rançon allait être faite auprès de l’expéditeur de colis, il décida d’usurper leur identité et de proposer une rencontre avec Marcel, dans un lieu isolé. Didier eut l’idée de déposer un faux courrier, en demandant bien évidemment de ne pas y répondre, prétextant un voyage imminent à l’étranger. Le parc en pleine nuit, sera l’endroit idéal.
Dès lors l’enlèvement réalisé, il informerait immédiatement l’expéditeur, dont il ignorait le nom. Dans un dernier courrier, il leur informerait de la marche à suivre pour la remise des lingots. La solution des lingots d’or était la plus pertinente selon lui. Il pouvait plus facilement les dissimuler, et le revendre quand bon lui semblait. 4 lingots d’or d’un kilos chacun, le butin lui apporterait un peu moins de 160 000€. La fête foraine devait avoir lieu un vendredi soir du mois suivant. Tout ce qu’ils avaient à faire, était de se rendre sur les lieux dans la nuit du jeudi au vendredi, accompagnés des lingots. Une fois sur place, ils devaient se rendre sur le stand de la grande roue et placer les lingots au pied de la cabine numéro 10, puis les couvrir, de sorte a créer un deuxième fond.
De son côté, il n’avait plus qu’à confier une tache simple à l’un de ses amis, sans lui en informer la teneur. Cette tache, était la suivante : Faire sauter le disjoncteur, à intervalle régulière, toute les demis-heures. Par tous les moyens possibles. Cela lui permettait de s’assurer d’être dans le bon siège, lorsque la coupure de courant interviendrait, mais aussi de dissiper les soupçons qui pourraient éventuellement apparaitre si la seule et unique coupure apparaissaient lorsqu’il faisait un tour de manège. Il ne lui restait plus qu’à se saisir des lingots, les mettre dans son sac à dos, attendre que le manège redémarre, puis rentrer chez lui.
Une question restait en suspens. Comment sustenter les deux agresseurs ? Prévenir la police ? Cela lui semblait risquer, et il ne voulait absolument pas tourner les regards vers lui. Leur donner un lingot ? Inconcevable. Ce plan était le sien, hors de question pour lui de partager quoique ce soit. Il pouvait éventuellement leur tendre un leurre… Mais comment ? Il essaya de se remémorer les nombreuses histoires criminelles qu’il avait suivi à la télé afin de trouver une solution. Il monta dans sa chambre, où il stockait de nombreux romans policier, pensant que la réponse pouvait se trouver à l’intérieur de l’un d’eux. Il se dirigea sous son bureau, là où la pile de livre était rangée. Pourtant, ce n’est pas vers les les bouquins que son regard se braqua. Une boite de jeux de société prenait là la poussière depuis plusieurs années. Il y jouait plus jeune, lorsque ses parents et lui vivaient sous ce toi, et l’avait gardé, pensant pouvoir reproduire ce schéma un jour. Eh bien ! c’était ce jeu qui allait lui apporter l’élément manquant à son projet. Des faux billets. Telle était la solution. Il leur ferait parvenir un sac rempli, puis le temps que les ravisseurs remarquèrent la ruse, l’otage serait déjà en liberté. Et pour être sur que ce dernier s’en sorte réellement sain et sauf, il n’avait qu’à lui envoyer quelqu’un à son secours. Mais pas un membre des forces de l’ordre. Envoyer un journaliste sur les lieux semblait plus approprié. Il s’intéresserait uniquement à l’histoire, sans chercher à savoir d’où provient l’information. Avec un peu de chance, ils arriveraient, suite à son enquête et à celle de la justice, à attraper N et P sans qu’il ait à se mouiller. Tout cela se déroulerait le week-end où la ville accueille la fête foraine. Si la remise de la rançon est prévue le lendemain, les deux criminels s’accorderont éventuellement un jour de congé et déserterons les lieux. Si ce n’est pas le cas, le journaliste devra se débrouiller seul.
Le plan était devant ses yeux enfantins. Il lui semblait parfait. Sans preuves, mais surtout sans mort. Car cela éveillerait moins les soupçons. Une fois la rançon récupérée, il pourrait tenter de rejoindre sa mère, et redémarrer sa vie avec elle.
Sa mère, d’ailleurs, n’avait plus eu de nouvelles de son fils depuis plusieurs années. Après avoir été emmené par les forces de l’ordre, elle n’eut pas l’occasion de le revoir, ni de lui reparler. Elle n’avait donc aucune idée de ce qu’il était devenu. Et ce, même lorsqu’elle lu le titre étrange dans la presse, quelques années plus tard.
« Un squelette découvert dans un hangar abandonné, après avoir passé 2 ans attaché assis sur une chaise ».