Commentaire livré lors du webinaire sur le genre et l’équité sociale de la Fondation Pierre Elliott Trudeau, 30 juillet 2020.
Bonjour, je vous parle en ce moment de Tiohtiá:ke (Montréal en langue Kanien'kehá) qui est historiquement connu comme un lieu de rassemblement pour de nombreuses Premières Nations, et aujourd'hui, une population autochtone diversifiée ainsi que d'autres peuples y résident.
Merci aux panélistes qui ont présenté la manière dont le genre et l’équité sociale sont interreliés et comment nous pouvons développer de nouveaux modèles pour penser la période de l’après crise.
La première partie de mon commentaire consistera essentiellement à mettre en lumière quelques éléments contextuels entourant cette crise que nous traversons. Je terminerai en proposant une réflexion sur la nécessité de puiser dans les courants marginaux comme l’Afrofuturisme pour penser le monde de demain.
Dans un premier temps, comme il a été question tout au long de cette discussion, il est dit que la crise sanitaire que nous traversons affectent de manière disproportionnée les populations les plus vulnérables et marginalisées, y compris les femmes. Une lecture plus attentive de la situation suggère que les femmes ne vivent pas les impacts de la Covid-19 de la même manière et que certaines y sont plus exposées que d’autres. Nous parlons ici des femmes autochtones, noires et racisées, mais aussi celles qui vivent avec un handicap, des femmes trans, queer et bispirituel·les.
Un exemple concret de ces disparités au sein des femmes peut être la situation des femmes noires et racisées à Montréal, une des villes canadiennes avec le plus haut taux d’infection à la Covid-19. Dans les quartiers où sont concentrés les communautés racisées, notamment Montréal-Nord, la crise sanitaire liée à la Covid-19 a exacerbé les inégalités socioéconomiques déjà présentes.
Pour celles et ceux qui ne connaissent pas Montréal-Nord, ce quartier se caractérise par sa composition démographique, à savoir principalement des familles immigrantes et racisées, et la pauvreté qui y règne. Plusieurs facteurs ont été avancé, notamment le taux de pauvreté élevé, la piètre qualité des logements et le fait que plusieurs travailleurs « essentiels » vivent dans ce quartier.
Très rarement il a été question de la race dans les discussions entourant cette surreprésentation. Pourtant, il ne faut pas croire que c’est un hasard si les quartiers où vivent majoritairement des populations racisées soient davantage affectés par la Covid-19. Pour paraphraser Frantz Fanon « la cause est la conséquence » : vous êtes en santé parce que vous êtes blancs et vous êtes blancs parce que vous êtes en santé. Autrement dit, le racisme, d’autant plus en contexte colonial comme c’est le cas sur l’île de la Tortue, est la fondation sur laquelle se fait la démarcation entre la vie et la mort.
Pour les femmes noires et racisées, cela veut dire qu’elles sont davantage exposés au virus en raison de leur surreprésentation dans les métiers de soin, notamment dans les hôpitaux, les centres d’hébergement et les garderies, mais aussi dans d’autres secteurs comme la restauration et le commerce de détail.
On aurait tendance à croire, à l’instar de ce qu’avancent certaines lectures néolibérales de la crise sanitaire, que l’ensemble de ces femmes se retrouvent dans ces secteurs d’emploi en raison des choix et de caractéristiques individuels comme leur parcours professionnel atypique, leur statut d’immigration ou encore parce qu’ils s’agit de secteurs d’emploi traditionnellement féminins. Or, comme le mentionne Marlihan Lopez et Laity Fary Ndiaye dans une lettre ouverte publiée en mai, c’est plutôt en raison des discriminations systémiques, entre autres sur le marché de l’emploi et dans les politiques d’immigration, que les femmes noires et racisées occupent généralement des emplois précaires, sous-payés, dévalorisés et dangereux pour leur santé. Ainsi, en préférant adopter et promouvoir une vision où les femmes noires et racisées sont perçues comme « naturellement » prédisposées au travail de soin (c’est-à-dire qu’elles y travaillent parce qu’elles « aiment » donner des soins), les gouvernements et les médias renforcent les stéréotypes et préjugés racistes et sexistes sur les femmes noires et racisées.
La discussion d’aujourd’hui nous amène également à nous intéresser aux potentialités de la crise actuelle dans le développement de nouveaux modèles de société. Pour les populations vulnérables et marginalisées, historiquement exclues des lieux de pouvoir où se décident qui peut vivre et qui peut mourir, qui est en liberté et qui est en prison, qui peut circuler librement dans les rues et qui est victime de harcèlements et d’abus policiers, qui peut traverser les frontières et qui se voit mis en cage, la nécessité de s’imaginer en vie dans le futur est vitale.
C’est dans cette optique que l’Afrofuturisme devient non seulement un projet politique pour l’émancipation des Noirs, mais qu’il ouvre la voie à la construction de mondes alternatifs où la famine, les épidémies, l’incarcération de masse, les violences sexuelles, la brutalité policière et la détention des migrants n’existeraient pas. En somme, il s’agit de préfigurer et de vivre des futurs dans lesquels des projets politiques qui étaient impossibles hier, tel que l’abolition de la police ou des frontières, sont non seulement viables, mais deviennent des expériences politiques agréables et sources de plaisir – ce que andrienne marre brown nomme l’« activisme du plaisir » (pleasure activism).
Autrement dit, l’obsession que nous avons avec la « fin » du monde, que ce soit sous la forme d’un cataclysme écologique ou alors d’une pandémie, doit nourrir notre imagination de manière à ce que nous visionnons des mondes qui ne soient pas dominés par le capitalisme, le patriarcat et la suprématie blanche. Être pessimiste est un privilège que les plus vulnérables ne peuvent se permettre et c’est pourquoi nous voyons, en ce moment, des mouvements dirigés par des femmes noires et racisées, que ce soit #BlackLivesMatter ou #metoo.
En terminant, quel est notre rôle dans tout ça ? Il me paraît essentiel de réfléchir à la manière dont la science et la technologie ont longtemps servi à protéger les intérêts des plus puissants, et très rarement celles des femmes. Faut-il rappeler qu’il n’y a pas très longtemps, la science défendait l’idée d’une hiérarchisation des races sous la forme de l’eugénisme ? Il est donc faux de croire que nous sommes à l’abris de l’influence de celles et ceux qui aspirent à conserver leurs privilèges (de race, de classe, de genre, etc.), c’est pourquoi nous devons naviguer avec prudence et ancrer notre travail dans les projets innovants appelant à une plus grande justice et une société plus équitable.
Ce texte s’efforce d’examiner les grandes tendances en immigration, ce qu’elles sous-entendent pour les personnes immigrantes du Canada et du Québec et le changement de paradigme qu’elles préfigurent. L’auteur montre ainsi que les orientations idéologiques et les mesures récentes initiées et appliquées par le gouvernement fédéral, puis adoptées par les provinces (dont le Québec), s’inscrivent dans des orientations largement édictées par le milieu patronal. En somme, l’orientation néolibérale prévalant dans de nombreux secteurs étatiques imprègne aussi un système migratoire continuant à être perçu comme un modèle d’ouverture.
Ce texte s’efforce d’examiner les grandes tendances en immigration, ce qu’elles sous-entendent pour les personnes immigrantes du Canada et du Québec et le changement de paradigme qu’elles préfigurent. L’auteur montre ainsi que les orientations idéologiques et les mesures récentes initiées et appliquées par le gouvernement fédéral, puis adoptées par les provinces (dont le Québec), s’inscrivent dans des orientations largement édictées par le milieu patronal. En somme, l’orientation néolibérale prévalant dans de nombreux secteurs étatiques imprègne aussi un système migratoire continuant à être perçu comme un modèle d’ouverture.
Les coopératives sont méconnues. Même si selon l’Organisation des Nations unies (ONU), il y a près de 300 millions de personnes qui travaillent dans une coopérative et un milliard qui en sont membres ou clientes, le modèle coopératif demeure peu connu et relativement absent des grands débats économiques. De même, au Québec, le coopératisme a une longue tradition et l’économie sociale à laquelle il appartient équivaudrait selon certains jusqu’à 10 % du PIB québécois. Il n’en reste pas moins que les coopératives demeurent tout de même à la marge des grandes politiques économiques.
Les coopératives sont méconnues. Même si selon l’Organisation des Nations unies (ONU), il y a près de 300 millions de personnes qui travaillent dans une coopérative et un milliard qui en sont membres ou clientes, le modèle coopératif demeure peu connu et relativement absent des grands débats économiques. De même, au Québec, le coopératisme a une longue tradition et l’économie sociale à laquelle il appartient équivaudrait selon certains jusqu’à 10 % du PIB québécois. Il n’en reste pas moins que les coopératives demeurent tout de même à la marge des grandes politiques économiques.
Sara Ahmed's lecture had a strong impact on how I see my life.. She talked about complain as "non-reproductive labour", a work you have to do in order to not reproduce an inheritance. I think she did not explore how some bodies can embody complains, how living in a society that was not build for you can actually mean that YOU become a complain. And then, how you are force to exist "complaining", and how this is actually why so much of us end up on sick leaves, struggling with depression, anxiety, and other mental health diagnostics, etc. Then, of course, for those who doesn't have to live as complainers, we are only the "angry", "pessimistic", "crazy" ones.
Quotes from Sarah Ahmed lecture "Complain as a Queer Method", Montreal, octobre 4th, 2019
"A complaint is what comes out when you can't take it anymore... a complaint is how you are turned inside out"
"Closing doors is really closing ranks. They have each other’s backs. Their backs become walls."
"POC are considered forceful, because their presence forces people to consider their [privileged] occupation of space... For those of us who embody diversity, not smiling can be perceived as complaining."
"Our complaints, written and multiple, have still been buried. Buried under committees and facilitated conversations. By tears and outbursts. By promises of change and neutral third-persons. By selective memory and by burnout."
“Procedures can be non performatives- they can come into existence without coming into use"
"We could thus think of complaint as non-reproductive labour, as the work you have to do in order not to reproduce an inheritance"
"Those who don’t assume the shape of the norms are those who know the norms. Norms become walls."
"Strategic inefficiency - sometimes exhaustion is not just the effect of complaint, but the point. Inefficiency can be discriminatory."
"In order to survive institutions, we need to transform them. But to transform them we need to survive the institution."
"I think of complaint as a weary hope... A complaint that takes you back [to a negative moment], can move others forward... Complaints can be the writing on the wall of an institution."
Quatre millions. C’est la somme réclamée par la Ligue des Noirs du Québec (LNQ) dans le cadre d’un recours collectif visant la Ville de Montréal en lien avec des pratiques de profilage racial au sein de son corps de police. Alors que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) vient tout juste de renouveler son plan stratégique contre le profilage racial et social, l’action collective qui vient d’être autorisée par la Cour supérieure du Québec est considérée par plusieurs comme un moment « historique ».
Quatre millions. C’est la somme réclamée par la Ligue des Noirs du Québec (LNQ) dans le cadre d’un recours collectif visant la Ville de Montréal en lien avec des pratiques de profilage racial au sein de son corps de police. Alors que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) vient tout juste de renouveler son plan stratégique contre le profilage racial et social, l’action collective qui vient d’être autorisée par la Cour supérieure du Québec est considérée par plusieurs comme un moment « historique ».
Pablo Rodriguez, ministre du Patrimoine canadien et du Multiculturalisme annonçait le 25 juin dernier la toute nouvelle stratégie du gouvernement (...)
Pablo Rodriguez, ministre du Patrimoine canadien et du Multiculturalisme annonçait le 25 juin dernier la toute nouvelle stratégie du gouvernement fédéral visant à s’attaquer au racisme et à la discrimination. Intitulée « Construire une fondation pour le changement », la stratégie est assortie d’une enveloppe de 45 millions de dollars et comprend la création d’un secrétariat de lutte contre le racisme relevant de Patrimoine Canada. Faut-il lire dans cette annonce le succès ou l’échec du mainstreaming de l’antiracisme ?
Déposé le 7 février dernier par le ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, M. Simon Jolin-Barrette, le projet de loi no 9, Loi visant à accroître la prospérité socio-économique du Québec fait du système de déclaration d’intérêt, et le portail Arrima, l’assise sur laquelle l’immigration permanente au Québec sera désormais planifiée. Or, de quoi Arrima est-il réellement le nom?
Déposé le 7 février dernier par le ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, M. Simon Jolin-Barrette, le projet de loi no 9, Loi visant à accroître la prospérité socio-économique du Québec fait du système de déclaration d’intérêt, et le portail Arrima, l’assise sur laquelle l’immigration permanente au Québec sera désormais planifiée. Or, de quoi Arrima est-il réellement le nom?
Les premiers huit mois du gouvernement caquiste lui permettent d’afficher ses couleurs quant à la gestion des affaires d’État. Or, en se fiant aux textes législatifs les plus controversés (les projets de loi no 9[1], 17[2] et 21[3] entre autres), il est à craindre que la qualité de vie des personnes immigrantes, mais tout particulièrement des personnes racisées, se dégradera au cours des prochaines années.
Les premiers huit mois du gouvernement caquiste lui permettent d’afficher ses couleurs quant à la gestion des affaires d’État. Or, en se fiant aux textes législatifs les plus controversés (les projets de loi no 9[1], 17[2] et 21[3]entre autres), il est à craindre que la qualité de vie des personnes immigrantes, mais tout particulièrement des personnes racisées, se dégradera au cours des prochaines années.
En mars dernier, le gouvernement caquiste a déposé le projet de loi n°17 qui propose la libéralisation de l’industrie du taxi au Québec. Le ministre des Transports François Bonnardel prétend que la nouvelle loi mettra fin à l’incertitude entourant l’avenir de ce secteur, qu’elle rendra le cadre réglementaire moins lourd, qu’elle permettra la réalisation d’économies sur les coûts de fonctionnement et qu’elle instaurera l’équité entre tous les joueurs de l’industrie. Le ministre prétend en outre que le projet de loi est favorable à la clientèle puisqu’il fera augmenter l’offre de service, la concurrence et la transparence dans les prix. Qu'en est-il?
En mars dernier, le gouvernement caquiste a déposé le projet de loi n°17 qui propose la libéralisation de l’industrie du taxi au Québec. Le ministre des Transports François Bonnardel prétend que la nouvelle loi mettra fin à l’incertitude entourant l’avenir de ce secteur, qu’elle rendra le cadre réglementaire moins lourd, qu’elle permettra la réalisation d’économies sur les coûts de fonctionnement et qu’elle instaurera l’équité entre tous les joueurs de l’industrie. Le ministre prétend en outre que le projet de loi est favorable à la clientèle puisqu’il fera augmenter l’offre de service, la concurrence et la transparence dans les prix. Qu'en est-il?
Paru aux éditions La découverte en 2017, Se défendre : Une philosophie de la violence d’Elsa Dorlin a reçu le prix Frantz Fanon 2018. Il s’agit aussi de mon coup de coeur 2018 dans la section Essais.
S’il y a un sujet que l’on peut considérer comme un lieu commun de la philosophie politique, c’est la violence. Déjà, au XVIe siècle, le penseur italien Nicolas Machiavel proposait dans son Prince une praxis de la violence en soulignant, par exemple, dans quelles conditions il était préférable pour le prince d’user de la force afin de gouverner. À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, Frantz Fanon exposait dans son célèbre chapitre « De la violence » comment la violence de la décolonisation répondait en fait à la violence de la colonisation. D’autres écriront sur le sujet : Hegel, von Clausewitz, Marx, Arendt, Foucault, pour nommer que ceux-là, ont eux aussi participer à l’autopsie de la violence.
L’ouvrage d’Elsa Dorlin se démarque de plusieurs de ces prédécesseurs et contemporains en plaçant l’attention sur qui dispose du droit (légal et moral) et des ressources (symboliques et matérielles) de se défendre.
Avec son plus récent livre, Dorlin éclaire la manière dont la défense de soi a été la prérogative de certains sujets et non d’autres, notamment les hommes, la noblesse, la bourgeoisie, les propriétaires terriens, les maîtres et commerçants d’esclaves, la police et l’armée, bref, plusieurs catégories d’individus et d’institutions disposant du droit de s’armer au détriment d’autres.
Mais ce privilège de l’autodéfense ne s’est pas fait sans contestation : que ce soit les suffragistes anarchistes internationalistes anglaises qui adoptèrent le ju-jitsu afin de ne plus être des « corps à défendre » (p. 55-64), en passant par les « vigilantes » américains disposés à nettoyer le pays des « ennemis naturels » de la propriété privée, de la famille et de la société blanche (p. 98-104) ou encore le développement de pratiques et d’une éthique d’autodéfense par les organisations juives afin de survivre à la Shoah et la fondation d’un mouvement d’autodéfense noir, soit le Black Panther Party (p. 119-138), plusieurs groupes ont décidé de prendre les armes afin de (se) défendre tantôt des intérêts, tantôt des droits, tantôt une idéologie, mais aussi, et surtout, leur (sur)vie.
Il est à noter que Dorlin limite son analyse à trois zones géographiques : la France, le Royaume-Uni et les États-Unis. Ce choix s’explique probablement par les cas sélectionnés par l’autrice afin d’établir ce qu’elle nomme une généalogie de l’autodéfense. Mais ce processus de sélection n’est pas arbitraire. Il se base sur une logique consistant à
rechercher une mémoire des luttes dont les corps des dominé.e.s consistue la principale archive : les savoirs et cultures syncrétiques de l’autodéfense esclave, les praxis de l’autodéfense féministe, les techniques de combat élaborées en Europe de l’Est par les organisations juives contre les progroms… (p.16)
Cette plongée dans la matière originelle des luttes des dominé-e-s, soit l’ensemble des praxis et théories développées par les dominé-e-s pour se défendre, s’effectue à l’aide d’ouvrages divers (pamphlets, lois, essais, etc.) qui sont parfois en opposition tels que l’œuvre d’Alexandre Barde qui conceptualise le vigilantisme et les discours des militant-e-s du mouvement Black Power qui mythifie l’autodéfense dans une pensée noire révolutionnaire. Plus spécifiquement, il est étonnant de voir comment l’autodéfense peut servir deux desseins opposés, à savoir : d’un côté, le vigilantisme racialiste et raciste de Barde qui légitimera le lynchage des Noirs aux États-Unis et, d’autre part, la fondation d’un mouvement révolutionnaire noir autour du concept d’autodéfense.
Dorlin note d’ailleurs comment le meurtre de Trayvon Martin aux mains du vigilante George Zimmerman a rouvert le débat sur la question de la légitime défense aux États-Unis, mais est aussi à l’origine d’une nouvelle mobilisation de la population noire qui prône la protection des vies (noires) sans défense, soit le mouvement Black Lives Matter (p.179-182).
Au final, Se défendre nous laisse sur une note plutôt pessimiste. À la question « Qui peut se défendre ? », l’autrice semble répondre : celui qui dispose des moyens. Au regard des récents développements internationaux, tout semble lui donner raison.
Comment expliquer l’essor de ce terme, mais aussi sa popularité ? Pour la féministe Sara Ahmed, ce phénomène résulte de l’échec des luttes pour l’équité, l’égalité et la justice social, observable par la persistance des inégalités socioéconomiques, voire leur croissance, dans plusieurs sociétés. Elle observe que face à l’incapacité des institutions à prendre au sérieux l’équité ou à prendre ce terme comme étant une partie intégrante de leur engagement institutionnel pour le changement social, la « diversité », de par sa nouveauté, offre l’opportunité aux organisations et institutions de changer le discours entourant la place des minorités en leur sein (1).
[...]
Une des observations d’Ahmed, c’est que « le langage que nous utilisons pour penser la critique [du pouvoir] peut aisément conduire aux techniques de gouvernance qui étaient l’objet de notre critique initial » (2). Plus précisément, il nous faut porter une attention toute particulière à la nomenclature de la diversité et à la manière dont celle-ci est employée au sein de ces organisations.
Dans une entrevue accordée à la revue Forbes, une cadre responsable de la diversité chez Sodexo décrit la façon dont la diversité est comprise au sein de cette multinationale française :
The traditional representation perspective originated from the Civil Right era. This will never go away entirely. However, diversity must go beyond this mentality. At Sodexo, diversity is embedded in our brand. The Sodexo brand is synonymous with diversity. Though the Sodexo brand is not a known consumer brand, diversity leadership defines our brand – it’s all about talent. Diversity is about responding to the needs of our clients in a holistic way. (3)
La diversité devient au sein des entreprises privées une marque de commerce devant répondre aux besoins d’une clientèle. Ce qu’il faut noter ici c’est comment le concept se voit vidé de tout son sens politique initial afin d’être soumis au régime de pensée des écoles de commerce, de RH, de marketing et d'administration : la satisfaction du client, voilà tout ce qui compte. Il faut toutefois souligner que la cadre de Sodexo, comme bon nombre de gestionnaires qui l’utilisent, reconnaît à demi-mots ce que ce terme doit aux mouvements sociaux, mais cette reconnaissance est famélique et n’est qu’une virgule dans la logorrhée économiste et managériale. La diversité doit aller au-delà de cette mentalité, explique la cadre de Sodexo. Ce qu’elle sous-entend ici, c’est que la conception initiale de la diversité est trop étroite : il faut l’élargir afin qu’elle puisse servir d’argument de vente. C’est donc en voilant le politique et les politiques (notamment les programmes d’accès à l’égalité en emploi, affirmative actions chez nos voisins du Sud, positive action chez les Britanniques), que la prêche de la diversité se fait actuellement dans le secteur privé.
Références
(1) Ahmed, S. (2007). Language of diversity. Ethnic and Racial Studies, 30 (2), p.237-241
(2) Notre traduction. Ahmed, S. (2007). Language of diversity. Ethnic and Racial Studies, 30 (2), p.236
(3) Nous soulignons. Lopis, G. (2011, 13 juin). Diversity Management is the Key to Growth: Make it Authentic. Forbes. Repré à https://www.forbes.com/sites/glennllopis/2011/06/13/diversity-management-is-the-key-to-growth-make-it-authentic/#51bfdfbc66f3
***L'image d'entête est tirée d'une publicité d'Apple pour promouvoir son programme de diversité Open***.