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@lejournaldodelia
Saga-kippa 3/3
J’ai assez mal vécu le débat sur la déchéance de nationalité, parce qu’il est pour moi directement lié à cette question de l’engagement individuel. Sans parler de l’inefficacité opérationnelle de cette mesure (revenant à construire un pistolet à eau géant pour menacer la Corée du Nord), les élites politiques sont en train de faire le choix inverse du mien. Elles décident que notre France ne porte pas son problème, qu’il appartient à un ailleurs: être à la fois français et terroriste devient (presque) impossible. Elles décident d’exclure le terrorisme, produit entre autres par la France elle-même, du système de définition identitaire du Pays.
Je me sens particulièrement vexée, écoeurée, abandonnée parce que j’avais à l’échelle individuelle, opéré un choix de vie directement lié à l’acceptation de cette France-cabossée. Si les élites politiques continuent de la masquer, d’y appliquer un vernis superficiel et dégueulasse, dans quoi est-ce que je vais me reconnaitre? Vers où vais-je diriger mon engagement? Sans parler des millions d’autres qui ressentent très certainement les mêmes questionnements que moi et opèrent, eux, des choix beaucoup plus radicaux. Si les responsables se déresponsabilisent, alors qui est responsable ? Je crois que ces derniers mois, n’ont pas affectés mon attachement à la France-cabossée, mais m’ont tout simplement confortée dans l’idée qu’on ne peut pas compter sur les élites politiques pour la réparer.
Saga-kippa 2/3
Après mon Master, j’avais programmé de retourner habiter en Israël. Sans associer mon désir à l’antisémitisme, puisque je n’en ai jamais vraiment été victime, force est de constater que je me sentais inutile, vaine et déprimée en France. Je n’avais aucune intention de faire mon Aliya et de prendre la nationalité israélienne, mais ressentais le besoin de placer mon engagement au Moyen-Orient plutôt que dans mon pays. J’aimais la Méditerranée et me sentais particulièrement concernée par l’évolution catastrophique de ce petit pays.
Avec le recul, je m’avoue que mon identité juive, me liant quoiqu’on en dise (pas-d’amalgames-sivouplé) à Israël et à son destin, avait toujours été plus forte que mon identité française. Je préférais oeuvrer à l’évolution du pays des juifs, plutôt qu’à celle du pays des français. J’insiste sur ce point, parce que si JE (nationalité française - école républicaine - Sciences-po) suis capable de ressentir cette hiérarchie d’identités, et d’opérer des choix en fonction de celle-ci, de nombreuses personnes sont très certainement dans mon cas. Je ne vise personne.
Puis en 2015 les attentats, entre autres, ont réveillé en moi un sentiment de légitimité endormi. Si j’avais depuis toujours senti sans l’avouer une forme de supériorité de mon identité communautaire sur mon identité nationale, c’était parce que la France - pas moi - avait un problème, et que celui-ci était en train de se manifester dans sa forme la plus grave. Je ne rentrerais pas dans l’analyse de ce sentiment, que je ne maitrise pas moi même, mais peux simplement vous assurer qu’en cette période, je me suis sentie plus française que jamais. Je me suis très fortement identifiée à cette France fragmentée, cabossée, en pleine crise identitaire. Je me suis mise à l’aimer profondément. Elle me ressemblait beaucoup plus que l’autre, celle des grands discours politiques ou des livres d’histoire.
J’ai annulé mon départ pour Israël. J’ai choisi de placer mon engagement dans ma France cabossée parce que je la ressentais enfin dans ma chair. C’est elle qui me faisait vibrer et envie de changer le monde, et non plus Israël, la Palestine et tout le tas de problèmes qui s’en suivent (qui continuent à me torturer, mais différemment). En fait, je crois que j’ai fait le choix d’intégrer la crise de la France à mon système de définition identitaire.
Saga-Kippa 1/3
De toute évidence, il y a un problème en France (ah bon?), l’antisémitisme en est un symptôme et comme je suis juive, alors j’attrape le problème par le symptôme le plus proche. Trop top, on peut choisir.
En l’occurrence, la saga “porte/porte pas ma kippa” fait écho à l’un de mes questionnements phares de l’année 2015. Accepte-t-on ou non, à l’échelle individuelle, de supporter les crises sociétales ? Choisit-on plutôt de s’en désolidariser? Pour un juif, ce choix cornélien se matérialise très grossièrement entre choisir de porter sa kippa dans le métro, ou choisir de se casser en Israël. Et moi, Odélia, qui ne porte pas de kippa, qui mange du jambon et qui suis si critique de l’Etat des juifs, je suis tombée dans le panneau. C’est pour vous dire.
Attentats de Bamako, janvier 2016. Accepter que le djihadisme est un produit humain est très douloureux.
En retard, je vous offre mon petit hommage à 2015, cette espèce de boulversseuse-pelleteuse qui a brutalement ouvert les yeux et fermé les bouches, a changé ma vie et celles de bien d’autres. 2016-chérie, ne tente pas de me/nous sortir de l’urgence, mais essaye au moins de laisser au temps la liberté de s’écouler.
Le Monde à l'envers - planche 1/3
Le Monde à l'envers - planche 2/3
Le Monde à l'envers - planche 3/3
Je suis restée à Paris tout l’été, j’ai le droit de mette mon grain de sable sur la plage… Chers français: Oui nous sommes un peuple colonisateur et nous devons une partie de notre développement actuel aux richesses extorquées à autrui. Digérons, acceptons, repentons. Mais arrêtons de reporter nos angoisses sur d’autres conflits ! Chers Pro-Tel-Aviv-sur-Seine : Tel Aviv est certes libre, et abrite la majorité des opposants à Netanyahu…. mais sont-ils des opposants conscients? Sont-ils sincèrement imprégnés de la réalité quotidienne palestinienne ? L’ont-ils déjà ressentie, vécue, vue de leurs propres yeux? Quel est le prix de la tranquillité de Tel Aviv? Un acteur politique ne peut se permettre de réduire Israël à la plage, les DJ set et les falafels sans donner l'impression, par omission, d'aller dans le même sens qu'un gouvernement qui tente de faire oublier le conflit à sa population. Si on veut montrer une autre face d'Israël, il faut tout montrer: son intense beauté, comme ses verrues dégueulasses. Chers Anti-Tel-Aviv-sur-Seine: Israel est un vrai pays, avec des vrais gens, une vraie langue, une vraie culture, des vraies maisons et même des vraies plages. Que l’on approuve ou non ce qu’il s’est passé il y a 70 ans, la réalité est aujourd’hui telle qu’elle est, et c’est avec elle qui faut composer. Même s’il est essentiel de lutter contre la normalisation de la politique du gouvernement mettre un voile noir sur toute les manifestations d’existence de ce pays est contreproductif. Eh bien Madame Hidalgo, je ne suis ni pour ni contre… je ne sais que penser. Mais je ne peux m’empêcher de me dire que pour rétablir justice dans les esprits, pro ou anti, on ne peut se contenter de quelques parasols. La route est bien plus longue...
Croquis réalisé pour un concours sur l’égalité de genres, auquel je n’ai jamais participé parce que j’ai laissé passer la deadline. http://beijing20.unwomen.org/fr/get-involved/comic-competition
*Festival: 2ème édition du festival israélo palestinien Pèlerinage en décalage, qui a eu lieu les 13 et 14 juin à la Belleviloise. A travers musique, cinéma, poésie, photos, sculpture, mode et bière je me suis confrontée à mes démons, à mes anges. Forcée d’affronter des barrières parfois non-identifiées, j’ai voyagé entre mon identité et mon expérience, mon éducation et ma propagande, mes contradictions et mes émotions. Epuisante explosion d’inspiration, avoir envie de changer le monde, tout en se rendant compte que la route est si longue qu’elle n’existe peut-être même pas.
http://pelerinageendecalage.com/
* Rencontre: J’ai habité en Israël, et y ait passé beaucoup de temps. Pourtant quand j’y réfléchis, je peux dire que je n’avais jamais rencontré de palestiniens avant cette année, à travers la préparation du festival, à Paris. Ce n’est pas faute d’ouverture d’esprit ni de curiosité. Une simple question pratiquo-politique: nous appartenons à des mondes parallèles qui ne peuvent se croiser qu’au prix de nombreux efforts, psychiques et physiques.
* L’arme humaine: Je me rends compte que l’art est une arme terrible, car elle se nourrit de l’insupportable complexité humaine, dans l’unique but de nous perturber, de nous inspirer en nous rappelant à notre essence pure. Cette arme ne frappe que ceux qui y consentent.... mais lorsqu’elle touche, elle tue la certitude, assassine le confort, anéantit la tranquillité.
Le jour où j’ai pris la décision de mettre le feu à mon CV pour “devenir une artiste”, j’avais l’air très noble et serein. Le zombie-secrétaire qui vous parle à cette heure a certes les cheveux un petit peu plus désordonnés, mais NE LACHERA PAS L’AFFAIRE.
Foul: plat fort léger à base d’huile, de fèves, d’huile, d’oeufs, de cumin et d’un peu d’huile. C’est TRES bon.
Pourquoi Hamadi, le soudanais à Paris, parle-t-il hébreu ?: un épisode sera très probablement consacré à cette question ultérieurement.
Dialectes 1, 2, 3 et 4: Conformément aux propos tenus ci-dessous, impossible d’obtenir les noms des dialectes, et donc tribus, auxquels mes amis appartiennent.
Le judaïsme peut-il être considéré comme une tribu? Contexte: Je me présente à un nouvel arrivant. Il finit, facies oblige, par me demander “mes origines”. Toujours un peu déstabilisé par cette question, j’opte cette fois-ci pour le “je suis juive”. Le débat s’enflamme.
Mes amis soudanais, réfugiés politiques et activistes sont animés par une question cruciale : la Démocratie. Au Soudan, le dictateur Al-Béchir au pouvoir depuis 1989 vient d’être réélu à 94,5% des voix, restant impuni des crimes atroces que nous connaissons bien. Mes amis n’en démordent pas: les identités religieuses et tribales doivent être dépassée pour laisser place au sentiment citoyen universel, ciment de la démocratie. Mais comment insuffler une croyance si artificielle à une population marquée par une histoire, des traditions allant à l’encontre d’un tel principe ? Comment allier identités tribales/religieuses et démocratie? Comment se débarrasser de la domination de certains groupes par les autres?Je comprends quelque chose ce jour là. Les révolutionnaires soudanais, emplis de certitudes, sont animés par des questions essentielles à la survie de l’espèce humaine. L’Europe s’est depuis longtemps endormie sur ses acquis, les a oubliés, transformés, utilisés. Alors qu’elle touche aux limites du système idyllique qu’elle a créé et que des nouvelles solutions doivent être inventées, il est peut-être temps de se tourner vers d’autres continents pour respirer l’air pur des convictions.