Sur l'île de Fers, au nord de la planète Raydonia, se trouvait un site archéologique où défilaient en masse les touristes de la galaxie. L'endroit possédait tous les atouts pour attirer les vacanciers interstellaires : les ruines d'une fascinante civilisation antique, une végétation sauvage et remarquablement photogénique et des plages au sable chaud bordant des eaux poissonneuses – le tout sur une planète presque aussi renommée que Naboo pour sa gastronomie.
À la haute saison, les voyageurs se pressaient par milliers sur les sentiers abrupts qui grimpaient la colline au sommet de laquelle trônait le palais de Rahparl. Ils se prenaient en hologramme devant les colonnades de son entrée monumentale, puis les enfants s'amusaient à grimper sur les cailloux tandis que les adultes parcouraient les galeries qui conduisaient au naos, dont la face extérieure était ornée de la célébrissime frise de l'Astéromachie. Sur des plaques de marbre hautes comme trois humanoïdes, des sculptrices et des sculpteurs aux noms oubliés avaient gravé la lutte féroce entre des géants assoiffés de domination et des dieux et déesses aux pouvoirs terrifiants.
Les détails de cet affrontement ancestral ne préoccupaient pas la plupart des visiteurs, surtout impressionnés par la taille des reliefs et la brillance des yeux incrustés de pierres précieuses. Ils n'étaient pas non plus dérangés par les relents oppressants du côté obscur de la Force, qui suintaient pourtant de la pierre.
Le Jedi fatigué qui se frottait les yeux devant leurs grimaces pétrifiées, en revanche, ne pouvait pas y rester insensible. C'était bien, à peine atténuée par les millénaires, la même énergie perverse, électrique et insidieuse, qu'Obi-Wan Kenobi avait retrouvée sur Geonosis, des années après l'avoir sentie sur Tatooine pour la première fois.
Forcément ça lui gâchait un peu la vue.
Il n'en prenait pas moins un plaisir certain à étudier les scènes de ce combat antédiluvien, dont les Jedi seuls avaient conservé, dans le secret de leurs archives, les clés du déchiffrement historique. À sa couronne de flammes, Obi-Wan reconnaissait Darth Andeddu, le Destructeur de planètes, guidé par sa femme Ake-Won, la reine-sith au sceptre d'oursins, et suivi de ses cent dix disciples. Face à eux, drapé dans une longue toge, aux plis artistement rendus, qui constituait le prototype des robes de Jedi actuelles, se dressait Petea. Il tenait un sabre dans sa main droite et arborait une expression à la férocité grotesque, que confirmait la tête coupée brandie dans sa main gauche. Pour faire bonne mesure, on avait même ajouté des tentacules de sarlacc jaillissant des épaules de ses compagnes et compagnons d'armes.
Aucun doute n'était possible sur le camp choisi par les commanditaires de la frise, et même si les ondes du côté obscur n'étaient pas restées si perceptibles, les marbres auraient suffi à indiquer aux initiés que ces ruines pittoresques avaient jadis constitué un impressionnant monument sith.
Anakin aurait sûrement rigolé en voyant cette représentation plus que partisane des débuts de la lutte éternelle entre Jedi et Sith, dans les dangereux remous de laquelle Obi-Wan et son apprenti se trouvaient pris à leur tour. Mais quand Obi-Wan lui avait proposé de profiter de l'invitation de la conservatrice du site, qui avait fait honneur à leur statut de Jedi en leur permettant d'accéder aux lieux avant l'ouverture au public, son padawan avait poliment décliné en prétextant vouloir employer sa matinée aux nouveaux exercices de méditation que Yoda lui avait recommandés.
Non qu'Obi-Wan pensât qu'il s'agissait d'un mensonge complet. Depuis la tragédie de Geonosis et la perte de son bras, Anakin se comportait en padawan modèle, et les conseils que Yoda s'était appliqué à lui prodiguer personnellement semblaient lui procurer de grands bénéfices mentaux.
Mais il n'avait pas non plus échappé à Obi-Wan qu'après avoir médité, Anakin disposerait encore de quelques heures pour explorer les gorges de la rivière Faï, avant que le soleil n'y levât les nuées de mouches carnivores qui en défendaient l'accès en journée. Or ces gorges étroites et abruptes, encaissées entre des parois scintillantes auxquelles l'érosion avait donné des allures de broderies, attiraient les casse-cous des quatre coins de la galaxie, qui mettaient à l'épreuve leur mortalité dans des courses de motojet aussi prohibées que populaires.
Au moins l'absence d'Anakin permettait-elle à Obi-Wan de s'attarder devant chaque cartouche le temps qu'il voulait, sans être pressé par un générateur sur pattes. Il ne s'était pas séparé de son apprenti plus de trente minutes depuis leur départ de Coruscant, et il goûtait ce moment de solitude, même si la présence des Sith avait si fort imprégné la pierre qu'il lui semblait être accompagné par une instance maléfique qui suivait sa progression de son œil immortel.
Il s'approcha d'une sculpture d'angle, qui figurait un groupe de Raydoniens agenouillés, présentant des offrandes au seigneur Andeddu : une réplique miniature du temple, des troupeaux de bovidés et des amphores pleines de kafomastic, cette résine ultra-résistante dont l'extraction et le commerce soutenaient aujourd'hui encore la prospérité de la planète. C'était d'ailleurs cette ressource précieuse qui avait motivé la venue d'Obi-Wan et d'Anakin sur Raydonia.
Alerté par les avances répétées du Clan des Banques, qui se proposait d'annuler la dette de la planète en échange de l'exploitation exclusive des forêts de kafs, et inquiet de l'oreille accommodante que lui prêtait le pouvoir exécutif, le Parlement avait contacté le Haut Conseil jedi pour solliciter son aide.
L'enjeu stratégique méritait l'envoi d'une délégation, mais on pouvait difficilement détacher les Jedi qui avaient survécu à Geonosis de la ligne du front quand celle-ci était en train de s'élargir à la galaxie tout entière. Dépêcher Anakin et Obi-Wan, qui depuis le début de la guerre étaient restés à l'arrière, le premier pour soigner sa blessure, le second pour garder un œil sur le premier, devenait la solution parfaite. Les Raydoniens avaient pris pour une marque de considération la venue sur leur sol d'Obi-Wan Kenobi, le tueur de Sith, et de son apprenti, dont on murmurait qu'il avait la faveur du Chancelier. Ce choix seul, pourtant pragmatique avant tout, avait suffi à raffermir les convictions républicaines du gouvernement. Quelques paroles rassurantes d'Obi-Wan sur les possibilités d'échelonnement de la dette, deux ou trois plaisanteries d'Anakin, dont l'humour sauvage avait beaucoup plu à la Présidente, et cette mission diplomatique avait été rondement menée.
« Pas sûr qu'on ait vraiment eu besoin de deux Jedi pour ça », avait résumé Anakin, et Obi-Wan n'avait pas pu s'empêcher de lui rétorquer que...
Crrrrrr.
Obi-Wan sursauta avec une vigueur qui le rendit tout honteux, et il se félicita que son padawan ne fût pas témoin de cette réaction plébéienne. Il était d'ordinaire fort difficile à surprendre, mais dans cet endroit maudit le côté obscur de la Force était si pesant qu'il écrasait tout mauvais pressentiment.
Obi-Wan écouta le silence, qui lui rendit mille frémissements. La conservatrice s'était rendue dans son bureau après avoir ouvert le cadenas du grillage qui abritait le temple, il aurait donc dû être absolument seul. Mais bien sûr, les rongeurs et autres sploxes n'avaient pas besoin de payer leur billet d'entrée pour visiter un site archéologique...
Crrrrr. Clank.
D'un autre côté, les animaux en général ne manipulent pas d’objets métalliques.
Cloug. Clunk.
Et ils ne lancent sûrement pas de grenades.
BOOM.
Le parasitage du côté obscur avait dissimulé l’attaque à la conscience d’Obi-Wan, mais ses sens, conditionnés par les années passées à défendre la paix le sabre à la main, avaient eux reconnu le danger, et son corps s’était déjà jeté à terre avant que la pensée de l’explosion ne se fût formée dans son esprit.
Il tendit la main à l’aveuglette pour se protéger du shrapnel, et sauta sur ses pieds dès que les débris de l’explosion furent retombés autour de lui, mais un vertige le saisit aussitôt. À la brûlure qui lui agressa la trachée, il reconnut un gaz incapacitant, et releva le haut de sa tunique pour se couvrir la bouche de sa main gauche, tandis que sa main droite cherchait son respirateur dans sa poche. Mais il dut se retenir de jurer quand il l’extirpa en deux morceaux : il l’avait cassé dans sa chute.
Anakin aurait su manipuler les composants, même sans outil à disposition, pour le réparer, mais Obi-Wan n’avait pas ce genre de compétence à son actif.
En revanche, avoir été le padawan de Qui-Gon l’avait entraîné à survivre partout où la Vie grouillait, y compris dans des environnements aussi riches en amphibiens que pauvres en oxygène, et pour cette raison, Obi-Wan n’était pas mauvais en apnée.
Il rebroussa donc prudemment chemin pour se diriger vers l’entrée du site, qui en constituait également la seule sortie, risquant une tête à chaque coin du monument pour vérifier que la voie était libre, puisqu’il ne pouvait pour le moment pas se fier à la Force, laquelle continuait à lui relayer des miasmes pernicieux en étouffant les sensations du présent. Le brouillard qui s’installait dans sa cervelle lui compliquait terriblement la tâche. Heureusement, la personne qui avait jugé opportun de lui jeter une grenade ne semblait pas pressée de récolter le fruit de ses efforts – du moins pas avant d’avoir laissé au gaz tout le temps de faire effet.
Seules les figures redoutables des combattants emmarbrés surveillèrent Obi-Wan dans sa progression prudente jusqu’à la porte. Ses poumons commençaient à protester sérieusement quand il l’atteignit enfin, pour constater, évidemment, qu’elle était fermée. Les neurones de plus en plus ralentis par l’action soporifique du gaz, il lui fallut plusieurs secondes pour allumer son sabre laser…
C’étaient plusieurs secondes de trop.
Une lame verte trancha le panneau de la porte de haut en bas. Obi-Wan bondit sur le côté pour éviter le coup de pied qui acheva d’éventrer le métal pour révéler son padawan en sueur :
« Maître ! Vous allez bien ? »
Obi-Wan rajusta le col de sa robe et rejoignit son apprenti :
« Bien sûr. J’avais la situation sous contrôle. »
Mais la grande goulée d’air qu’il ne put se retenir d’aspirer à pleins poumons après ces mots confiants siffla bruyamment dans sa gorge.
« Vraiment ? Vous m’aviez l’air de manquer un peu d’air, pourtant.
– Du tout, ça va très bien. Il nous faut juste retrouver la conservatrice, et avoir une petite discussion avec elle. »
Obi-Wan aurait été plus crédible si, le cerveau encore embrouillé, il n’avait pas hésité longuement sur la direction à prendre pour se rendre dans le bureau de la conservatrice. Évidemment, son hésitation n’échappa pas à Anakin.
« Vous devriez vous consacrer à des loisirs plus reposants, maître.
– Comme de faire passer le mur du son à des motojets ?
– Hé ! Personne ne m’a jeté de grenade à la figure. »
C’était, somme toute, un argument assez valable, et Obi-Wan concéda le point à Anakin d’autant plus facilement qu’il sentait une migraine venir. Il savait bien que de toute manière, il trouverait bientôt une nouvelle raison d’avoir raison, et son padawan une nouvelle manière d’avoir tort.
Ainsi en va-t-il, depuis l’antique époque de Petea et de Darth Andeddu, des Jedi et de leurs apprentis.
L'épreuve de la grotte d'Erebus est l'une des plus importantes pour la formation d'un jeune padawan, et sa préparation exige beaucoup de travail de la part de l'apprenant comme du maître. Ce dernier doit veiller en effet à ne pas aborder l'épreuve au seul prisme de sa propre expérience, sans quoi il passerait à côté des enseignements que la Force a à transmettre, et son padawan aussi – ce qui serait encore plus dommageable.
Une série d'exercices...
Obi-Wan Kenobi referma Guider la lumière. Manuel pour les nouveaux responsables de crèche et les jeunes maîtres Jedi (conçu et mis à jour par maître Adi Gallia, quatorzième édition) avec un peu trop d'énergie, et s'attira le regard réprobateur de son voisin de méditation, perché lui aussi sur une souche sculptée face à la fontaine dite de Naboo, parce que sa structure verticale évoquait les majestueuses chutes de Theed. Ce chevalier avait dix ans de plus qu'Obi-Wan mais il n'avait pas encore choisi de padawan, ce qui rendait son jugement particulièrement exaspérant pour Obi-Wan. Il se força pourtant à maîtriser cette colère : personne ne l'avait forcé à prendre Anakin sous son aile, et on ne pouvait pas reprocher au chevalier Ardo d'avoir choisi une autre voie.
Là résidait néanmoins une grosse partie des difficultés de la situation. Les ami·e·s les plus proches d'Obi-Wan, les camarades avec lesquel·le·s il avait franchi à l'adolescence les étapes formatrices de leur parcours de padawan, celles et ceux avec qui il avait chuchoté des nuits entières dans le dortoir du noviciat, puis débatu des heures durant des visions d'Ilum, des tentations de Coruscant et de la caverne d'Erebus, justement, aucun, aucune ne pouvait partager ses interrogations actuelles. Iels étaient tout·es disposé·e·s à l'écouter bien sûr, et à le soutenir par tous les moyens possibles. Kervan trouvait toujours un bon mot pour dédramatiser les problèmes, Siri répondait toujours présente quand Obi-Wan avait besoin de passer sa frustration sur un tatami, et les sages conseils de Bant, si sensible à la psychologie, l'avaient souvent éclairé. Cependant...
« Bien fatigué tu as l'air, maître Kenobi, pour un début de matinée. »
Obi-Wan sursauta violemment en découvrant le grand maître de l'Ordre qui volait sur son coussin mobile au niveau de son coude gauche, et le Manuel glissa de ses genoux pour tomber sur les graviers, grand ouvert évidemment. Le chevalier Ardo fronça les sourcils, mais la présence de Yoda eut au moins le mérite de retenir ses remontrances, et il se contenta de quitter sa place pour partir à la recherche d'un coin plus tranquille dans les profondeurs de la salle aux Mille Fontaines.
« Vite revenus d'Erebus vous êtes pourtant, mmm ? Une bonne nuit de sommeil tu aurais dû passer.
– C'est sûr que nous n'avons pas traîné, reconnut Obi-Wan. Anakin a même pu assister à la leçon d'astronomie de maître Sinube en fin d'après-midi.
– Laissé les commandes du vaisseau à ton padawan, tu as, pour rentrer si rapidement ? »
Obi-Wan secoua la tête.
« Même pas, maître Yoda, c'est moi qui ai conduit. Nous avons juste fini la mission... en un temps record.
– Louable, est l'efficacité, chez un Jedi. Trop nombreux, hélas, sont les maux dont souffre cette galaxie. Peu de temps pour soigner chacun d'eux, nous avons.
– Mais est-ce qu'on ne rate pas l'essentiel à aller trop vite ?
– Rhumm... L'essentiel ! Difficile à saisir, il est.
– Maître Gallia, dans son manuel, indique que l'épreuve d'Erebus requiert des semaines de travail. "Ces efforts fournis lors de la préparation ne sont pas seulement nécessaires pour que le padawan parvienne à rapporter l'eau de roche sans déranger les spectres malfaisants qui peuplent la caverne, ils sont aussi fondamentaux pour poser les bases d'une dynamique de coopération au sein du duo maître-padawan."
– Bien retenu le livre, tu as.
– Hélas, ça ne suffit pas à l'appliquer.
– Que le livre a raison, tu penses ?
– Maîtres Gallia a beaucoup d'expérience. Je ne vais pas mettre en doute sa méthode.
– Observé ce qu'elle décrit, tu as ? »
Obi-Wan haussa les épaules.
« Évidemment avec Anakin c'est toujours un peu différent. On ne peut pas dire qu'il ait eu besoin de préparation pour s'en sortir... »
Il hésita avant de poursuivre, mais Yoda gardait le silence, se contentant de le fixer de ses immenses yeux tourbeux.
« C'est un peu compliqué avec lui en ce moment. Il ne veut pas obéir, il me contredit continuellement... Il n'a pas voulu étudier les annales d'Erebus, il n'a effectué aucun des exercices de visualisation qu'on recommande ! Il ne m'a même pas écouté quand je lui ai demandé de préparer un compas suivant la méthode de Malastare – il fait tellement confiance à ses droïdes... J'ai fini par me dire que plutôt que de repousser l'expédition jusqu'à ce qu'il ait fait le travail, j'allais la maintenir, et que ça ferait le plus grand bien à son ego d'échouer. Que peut-être qu'après il me respecterait un peu plus. »
Yoda plissa les paupières.
« J'ai bien conscience que ce n'est pas une stratégie très... digne, ajouta piteusement Obi-Wan.
– Hummpfff. Et efficace, elle a été, cette stratégie ? »
Obi-Wan passa les deux mains dans la barbe qu'il s'était laissé pousser depuis qu'il avait fini son apprentissage et adopté un padawan dans la foulée.
« Anakin avait raison : il n'avait pas besoin de s'entraîner pour cette épreuve. Je crois qu'il sentait l'eau avant même d'avoir atteint l'entrée de la grotte, et il est si sensible à la Force qu'il n'a eu aucun mal à retrouver son chemin en évitant les spectres. Je me tenais prêt à l'aider... Et j'aurais aussi bien pu rester sur Coruscant.
– Source de déception, sa réussite est pour toi ?
– Non, bien sûr.
– Mmmumm. À côté de la leçon, tu penses que ton padawan est passé.
– Maître Yoda, comment peut-on apprendre la ténacité si l'on n'a pas besoin de travailler pour réussir ?
– Grande instructrice, la vie est pour nous tous. Pour toi aujourd'hui, Obi-Wan. Pour maître Adi Gallia dont le livre s'est trompé. Pour ton padawan un autre jour.
– Vous avez raison, maître. Mais parfois je me demande... Plus les années passent, et plus je me dis qu'Anakin n'aura jamais d'effort à faire pour recourir à la Force. Et n'est-ce pas ainsi que nous les Jedi apprenons à rester humbles ?
– Sages par défaut, tu penses que nous sommes ? »
Avant qu'Obi-Wan eût trouvé quoi répondre, Yoda avait sauté à bas de son coussin et s'était dirigé vers la vasque de la fontaine.
« Un exercice, l'épreuve d'Erebus prétend être. Rien de moins, rien de plus. Inefficace, avec mon padawan Dooku, elle a été : grande sécheresse avait sévi, cette année-là. Pas d'eau du tout dans la caverne il n'y avait. Ratée, avec mon padawan Mace, ensuite : perdu il s'est dans les grottes, parce que drogué par des pirates il avait été. Jamais l'eau il n'a pu trouver. Inutile, avec mon padawan Mundi aussi : le plan de la caverne, par cœur il avait appris. Besoin de se connecter à la Force il n'avait pas pour de déplacer dans le noir. Un mauvais maître, trouves-tu que j'ai été ? »
Obi-Wan secoua la tête. Il cherchait ses mots, quand son bipeur se mit à sonner. La voix d'Anakin sortit du haut-parleur.
« Maître ? Vous êtes au Temple ? J'aurais besoin de votre aide pour rédiger mon rapport sur la caverne d'Erebus... Il y a des questions auxquelles je ne sais pas répondre. »
Les oreilles de Yoda se dressèrent, et il frappa le sol avec son bâton.
« On dirait que du travail pour tous les deux, cette expédition va fournir. Méditer là-dessus, un autre jour tu pourras, Obi-Wan. Rejoindre ton apprenti au plus vite, tu devrais maintenant ! »
Et Obi-Wan s'empressa d'obéir, parce que s'il pouvait accepter que les livres se trompaient, même ceux dont chaque mot avait été pesé par une autrice aussi avisée qu'Adi Gallia, le jour où il remettrait en question les recommandations de Yoda n'était pas encore venu... sauf s'il s'agissait de faire primer l'intérêt d'Anakin, bien évidemment.
En ce soir d'automne frissonnant où le brouillard montait jusqu'au fond de sa salle de classe, Matilda Weasley rentrait dans ses appartements par le plus court chemin qu'elle connaissait : le passage secret derrière le squelette du sombral bicéphale, puis deux volées du grand escalier en colimaçon, puis le couloir aux armures du troisième étage, et ensuite elle n'avait plus qu'à gratouiller la statue du chat-huant pour se glisser dans un corridor dérobé qui la conduirait tout droit sur son palier.
La journée avait été éprouvante. Les élèves l'avaient usée, et ses collègues plus encore. Bai n'avait pas cessé de comparer la promotion de première année de Gryffondor à un troupeau d'érumpents – et certes Garreth, le neveu de Matilda, n'avait pas plus de subtilité qu'un pétard, mais toute la classe ne méritait pas d'être jetée dans le même panier, surtout pas la sage Penny Pomfrey. Arcimboldus s'était plaint si vicieusement des plantes dont il avait la charge, pendant toute la durée du repas de midi, que Matilda s'était étonnée, en son for intérieur, qu'aucune tentacula vénéneuse n'eût encore cherché à le dévorer durant ses cours de botanique. Et même Satyavati, qu'elle appréciait pourtant beaucoup, l'avait exaspérée au dîner avec ses exigences en décalage total avec le niveau des élèves : comment pouvait-on ne pas comprendre que des élèves de quatrième année, c'est-à-dire des adolescents de quatorze ans, avaient besoin de trop de sommeil pour surveiller les révolutions de Vénus deux nuits entières par semaine ? Évidemment que la moitié d'entre eux avaient triché pour leur devoir !
Rien que d'y repenser, et Matilda en claquait ses talons dans le sol comme une hippogriffe offensée.
Évidemment, elle aurait plus de patience à offrir au reste du corps enseignant si ses interactions avec le directeur n'en épuisaient pas déjà ses réserves. Mais rager contre les privilèges de sang « toujours pur » qui avaient conduit à la nomination de Phineas Black à la tête de Poudlard ne changeait malheureusement rien aux circonstances, alors ces derniers temps pour préserver son estomac des ulcères Matilda s'efforçait de ne pas y penser.
Tout au plus s'autorisa-t-elle, en enjambant deux à deux les marches du grand escalier, à reconvoquer une énième fois dans son esprit cette invitation du principal d'Ilvermorny, qu'elle avait déclinée par fidélité à son alma mater. Cela ne l'empêchait pas de s'imaginer parfois empruntant d'autres couloirs et grondant des garnements avec d'autres accents : à quoi ressemblerait sa vie si elle avait fait le choix de traverser l'Atlantique ?
Elle se figurait en train de réchauffer ses joues aux rayons d'un délicieux été indien, à des milliers de miles de cette glaciale Écosse, quand un terrible vacarme la rappela sur le vieux continent.
Un fracas grinçant de casseroles, comme si les elfes avaient jeté d'un coup sur le plancher tous les chaudrons des cuisines... ou comme si trois sacripants de première année avaient renversé les armures qui bordaient le couloir.
« Ominis, monte sur la fenêtre, il ne pourra pas t'atteindre ! s'exclama la voix fluette de Sebastian Sallow.
— Attention, on dirait qu'il nous entend ! mit en garde sa sœur jumelle, Anne. On devrait... »
Sa suggestion fut couverte par le tonitrument d'un heaume médiéval :
« Misérables vilains, pitoyables agiteurs de baguettes ! Tenter de me métamorphoser moi, le harnois très valeureux du sire de Hightable ! Vouloir me transformer en une vulgaire souche de bois, alors que mon acier a été forgé dans un creuset volé au meilleur artisan gobelin de sa génération !
— Wingardium leviosa ! » s'écria Ominis Gaunt, qui n'avait pas écouté son camarade et se tenait toujours sur la trajectoire de l'armure déchaînée.
Son incantation possédait l'assurance nécessaire pour réussir, mais sa baguette tremblait au rythme des pas pesants qui ébranlaient le parquet. Le sort frappa un caparaçon que la fureur de l'équipement ensorcelé du chevalier de Hightable avait déjà culbuté, et projeta l'énorme masse de métal dans les airs, où elle cogna l'épaule d'Anne et la projeta contre son frère.
« J'ai protégé mon seigneur contre le feu brûlant d'une troupe entière de dragons des Hébrides, et on me traite comme un vulgaire pot en fer ! Je vais vous piétiner jusqu'à... »
— Finite ! »
À l'intervention de Matilda, tout se figea : les armures parce que les enchantements qui leur donnaient vie ou mouvement avaient brutalement pris fin, les élèves parce qu'ils éprouvaient la sidération caractéristique des jeunes sorciers tellement absorbés par les problèmes qu'ils avaient créés qu'ils en avaient oublié l'existence des professeurs.
« Puis-je savoir ce qui se passe ici ? »
Anne Sallow regarda son frère. Sebastian Sallow regarda le dernier rejeton des Gaunt. Ominis Gaunt fixa les œillères vides du heaume neutralisé.
« Ou vous préférez que l'on passe à la retenue en s'épargnant les explications ?
— Nous essayions juste de nous perfectionner en métamorphose, professeur, bredouilla Anne.
— Vraiment, miss Sallow ? Je suis pourtant assez certaine qu'aucun des devoirs que je donne à mes élèves de première année n'implique de dangereux artefacts anthropomorphisés depuis le XIIe siècle. »
La petite Serpentard baissa les yeux sous sa frange.
« Non, professeur, mais comme on a appris en cours à transformer des aiguilles à coudre en allumettes... et ensuite des aiguilles à tricoter en cuillères... On s'est dit que sur le principe, ce serait pareil, et que ce serait une bonne idée de s'entraîner avec de plus gros objets... »
À ses côtés, son frère et leur ami hochaient la tête avec le genre de figure studieuse que savent se composer des Serpentard pris en faute.
Matilda n'avait pas besoin de pratiquer la légilimancie pour savoir qu'il y avait de la stratégie de la part de ces trois-là à laisser Anne parler pour le groupe. Moins dissipée que son frère, moins obscurcie par une généalogie inquiétante que l'ultime descendant en date de Salazar Serpentard, elle avait dans le trio la préférence des professeurs. Mais Matilda avait passé trop d'années à esquiver les intrigues du ministère, lorsqu'elle était briseuse de sorts, pour se faire avoir si facilement : il ne lui avait pas fallu plus de quinze jours à la rentrée pour comprendre ce qui avait motivé le Choixpeau à placer Anne Sallow à Serpentard.
Pour autant, son instinct d'enseignante lui soufflait aussi qu'il n'y avait sans doute pas beaucoup plus à découvrir dans cette histoire que l'excès d'orgueil dont les apprentis sorciers les plus doués se rendent en général coupables tôt ou tard, et sûrement un penchant de ces éléments perturbateurs pour le chahut dont leur frayeur les avait suffisamment punis.
« J'espère que vous avez désormais tous compris que l'on ne doit jamais entreprendre de transfigurer un objet avant d'avoir examiné l'ensemble de ses caractéristiques, et en particulier les sortilèges éventuels dont il pourrait être imprégné ! Vous remettrez à leur place toutes les pièces de ces armures – et je vous déconseille fortement d'utiliser la magie si vous ne voulez pas provoquer de nouvelle catastrophe. Et puisque vous êtes en mal de devoirs supplémentaires, j'attends que chacun de vous m'apporte une bouilloire métamorphosée en cageot pour notre prochain cours, vendredi matin. »
Avec un dernier regard sévère pour la forme, elle les quitta, renonçant à son itinéraire prévu pour se diriger vers le bureau du concierge, Mr Moon, afin de le tenir au courant de la situation.
Le lendemain, quand elle était repassée sur les lieux, elle avait eu le plaisir de constater que les trois élèves avaient tout remis en ordre. Elle leva son propre sort, qui pesait encore sur l'armure irascible, pour lui rendre sa personnalité historique, et la menaça vertement de la reléguer dans le cachot aux crapauds cornus (« là où l'on enfermait jadis les serfs et les gueux... ») s'il s'attaquait à nouveau à des élèves, quelle que pût être leur insolence.
La cuirasse avait tenu parole, mais ce qu'elle se retenait d'accomplir en actes, elle décrivait désormais en mots : Ominis Gaunt et les jumeaux Sallow ne pouvaient plus poser un pied dans le couloir sans être ensevelis sous des tombereaux d'injures. Encouragée par Peeves dont les conseils expérimentés lui avaient ouvert les portes de l'insulte moderne, l'armure faisait preuve d'une créativité souvent hilarante et ses piques étaient reprises par de nombreux élèves de Poudlard – Gryffondor en tête, rivalité oblige.
Lorsque Anne Sallow tomba malade à la fin de l'été 1890, Matilda perdit le goût de passer dans ce couloir. Et après les événements de l'année scolaire qui suivit, elle n'y retourna plus du tout.
Les pointes dures des diamants qui sertissent le manche du poignard mordent la main de Ganimard. La transpiration n’aide pas, qui rend sa peau plus fragile et sa poigne plus glissante. La chaleur est déjà torride, épaisse comme une masse qui l’assomme et le liquéfie tout à la fois. Le feu a gagné les rideaux des larges fenêtres qui donnent sur l’avenue de Lamballe : il n’y a plus moyen de sortir par là – de toute manière, les scellés qui ont été posés par les collègues de l’inspecteur pour prévenir le vol ne s’enlèveraient pas en moins d’un quart d’heure. Ganimard en avait confié la responsabilité au lieutenant Marenc, un agent consciencieux à l’extrême depuis ce jour terrible où, pour n’avoir pas pensé à vérifier le fond d’une barque qu’il avait empruntée pour poursuivre le gang de la rue Tournefort, il avait perdu deux hommes. À moins d’une scie sauteuse, personne ne sortirait par le balcon.
En début de soirée, quand la mission – détaillée en personne par le préfet de police, que beaucoup des hommes de Ganimard avaient alors aperçu pour la première fois – consistait seulement à protéger les joyaux du sultan pour la durée de leur transit à l'ambassade, et tout particulièrement à l'occasion de ce bal où l'ambassadeur comptait sur le vertige des valses tourbillonnantes autant que sur l'exhibition des précieuses pour conclure un accord qui fournirait à son empire la meilleure artillerie du Creusot, Ganimard s'était félicité d'avoir su convaincre Son Excellence de cette mesure de sécurité. Les diplomates étaient toujours si préoccupés de la symbolique des choses, et si peu de leur fonctionnalité ! (« Mais fermer les fenêtres, c'est empêcher nos hôtes de se projeter vers l'avenir ! – C'est surtout empêcher les voleurs de rentrer », avait grommelé Ganimard.)
Maintenant qu'il avait déjoué une tentative avérée et que le gredin, de fureur et de dépit, l'avait enfermé dans la pièce où il avait mis le feu...
Ganimard était fier d'avoir grimpé les échelons sans jamais se planquer derrière son bureau, comme tant d'autres à qui le courage manquait. Jusqu'au bout il aurait traqué le crime au côté de ses camarades... Mais quelle injustice que sa fin soit si proche – et de devoir partir sans même avoir goûté une bouchée de ce splendide dîner !
Le bois ouvragé de la bibliothèque à motifs de paon, qui exposait une série de Corans aux couvertures d'ivoire ou aux cuirs sertis de turquoise, craqua comme un coup de feu. Ganimard se décala en toute hâte pour éviter de se retrouver sous elle lorsqu'elle s'effondrerait. Il ferma les yeux, inspira par le nez et hurla de toutes ses forces.
Puis il rajusta son mouchoir sur sa bouche pour éviter d'inhaler trop de fumée, enroula sa cravate autour du manche du poignard pour ne pas être brûlé par la chaleur du métal, et s'attaqua aux contours de la porte de service, dont la découpe se devinait dans la tapisserie en soie pourpre. Elle était fermée à clé comme les autres, mais sa serrure serait la moins résistante.
C'était la dernière chance de Ganimard.
Il s'acharna sur le panneau de toutes ses forces étranglées, de tout son désespoir de vivre, il poussa et cogna et cisailla et...
La porte céda. Le battant s'ouvrit vers lui, repoussant Ganimard à l'intérieur de la fournaise, tandis qu'un serveur en livrée de l'ambassade, le bas du visage couvert par une serviette de table, jaillissait de l'escalier de service.
« Vous voilà donc, inspecteur ! Tout le monde vous cherche ! »
Il jeta un grand sac en toile de jute à Ganimard, qui, de surprise, avait commis l'erreur de prendre une grande inspiration et qui se pliait désormais sous une toux convulsive. Pour s'en saisir par réflexe, le policier lâcha le poignard d'apparat qu'il tenait encore en main et celui-ci rebondit sur le parquet en tournoyant jusqu'aux pieds du serveur, qui se courba pour l'empocher d'un geste leste.
« Allons, activez-vous, vous voyez bien que la maison brûle. »
Lui-même tenait une large besace dans laquelle il se mit à fourrer les ouvrages précieux qui commençaient à noircir sur les étagères de la bibliothèque.
Puis il attrapa les trois coffrets de santal qui abritaient les joyaux du sultan et les glissa dans le sac dont Ganimard, encore sous le choc, tenait mécaniquement les anses.
« Y'a l'feu, mon brave ! Faut s'activer ! »
Ganimard se ressaisit et se précipita à travers la porte restée entrouverte. Une fois dans le réduit obscur qui menait à l'étroit escalier de service, il se retourna à temps pour voir son sauveur en train de rouler l'un des lourds tapis à figures géométriques qui couvraient le parquet du cabinet.
« Est-ce bien le moment ? » voulut-il gronder, mais sa voix rêche comme du papier de verre portait si peu que lui-même ne l'entendait qu'à peine, et elle n'avait aucune chance de couvrir le craquement des flammes.
L'employé se rua à son tour dans le couloir, claqua la porte et jeta le tapis contre le seuil, bouchant l'interstice entre le vantail et le sol. Il sortit de son sac une petite gourde en métal dont il vida le contenu sur cette protection improvisée, humidifiant sans vergogne les fibres centenaires, puis il frappa dans ses mains avec énergie :
« Il serait bon de ne pas nous éterniser. »
Ganimard émit un grognement très approbatif et ils se dirigèrent à tâtons vers le rez-de-chaussée. À mesure qu'ils s'éloignaient du foyer de l'incendie, les voix de la panique urbaine se faisaient plus audibles : le tocsin qui devait sonner depuis Notre-Dame de Grâce, le claquement de l'eau projetée contre la façade par les pompiers, les cris en turc et en français du personnel de l'ambassade, et le boucan à la fois animal et mécanique de la circulation entravée.
Quand ils déboulèrent dans l'office, Ganimard reconnut l'accent béarnais de Marenc, qui coordonnait ses troupes pour assister les sapeurs. Son compagnon et lui coururent sur le carrelage des cuisines, dérapant dangereusement sur les flaques de café et les carafons brisés qui témoignaient de la précipitation avec laquelle les lieux avaient été évacués, pour enfin surgir à l'air libre des jardins, haletant comme des chiens de traîneau, pratiquement dans les bras du brave lieutenant.
« Justin ! Sain et sauf ! s'exclama Marenc avec une émotion visible. Mais comment diable ? »
« C'est Monsieur qu'il faut remercier, expliqua Ganimard en désignant son bienfaiteur, qui salua en soulevant son fez, l'allure beaucoup plus composée que les deux policiers qui l'entouraient. S'il n'avait pas...
– Inspecteur Ganimard ! »
L'ambassadeur en personne courait vers eux.
« Inspecteur Ganimard ! Les joyaux ? Vous avez les joyaux ? »
Marenc jura d'indignation face à un tel sens des priorités, mais le serveur turc éclata de rire, et Ganimard, emporté par le soulagement d'avoir survécu et l'énormité palpable de la vie qui vibrait autour d'eux, se retrouva à l'imiter de bon cœur. Il se tourna vers l'homme pour le regarder dans les yeux, et prononça avec application les seuls mots qu'il connaissait dans sa langue :
« Teşekkür ederim, mon cher. Vous m'avez sauvé la vie. Je vous dois tout. »
L'homme sourit de toutes ses dents, puis il désigna du menton l'ambassadeur qui était presque parvenu jusqu'à eux.
« Allez soulager ce pauvre diplomate, Ganimard. Si ce qu'on dit du sultan est vrai, vous sauverez son poste et sa tête en lui rendant ces bijoux, et personne ne souhaite déclencher un incident avec une puissance aussi redoutable que l'Empire ottoman. Quant à moi, j'ai été bien récompensé de ma bonne action, soyez sans crainte. »
Était-ce l'accent, subtilement plus parigot, qu'il adopta pour prononcer ces derniers mots ? Était-ce un changement de sa physionomie qui le rendit plus reconnaissable ? Était-ce simplement le reflux de la terreur qui permettait à Ganimard de réfléchir à nouveau et de s'interroger sur les motivations de cet homme, qui était apparemment venu le sauver mais qui avait pris le temps de remplir sa sacoche d'ouvrages magnifiques ?
Toujours était-il qu'un doute s'insinua dans l'esprit de l'inspecteur, mais déjà l'ambassadeur avait fondu sur lui et il fallait répondre à ses angoisses avec les égards dus à son rang.
Lorsqu'il put se retourner à nouveau, il ne fut pas tellement surpris de constater que son sauveur avait disparu.
Et parce que Ganimard aussi sait parfois se montrer beau joueur, il ne lança personne à ses trousses.
AO3 should have an Annotation Mode where you can click to view all of the author's commentary and thoughts about certain parts of the work. A little comment that says "I spent five hours researching vintage radio mechanics for this and didn't even end up using it" or "this is an ancient Hebrew literary technique!" would make my day
enough of your middle aged man blorbos whos your specialest middle aged woman. if anyone tags a woman under the age of 40 on this post ill kill you in real life
Anakin était en retard. Obi-Wan ne s'en étonnait guère, car il avait eu l'occasion d'apprendre, au cours de ces cinq derniers mois passés avec son tout nouvel apprenti, que la ponctualité ne figurait pas au nombre des qualités du jeune padawan. Mais il ne s'en sentit pas moins agacé pour autant – même s'il s'efforça aussitôt de relâcher ce sentiment négatif dans la Force et d'apaiser son esprit.
L'holocadran central de la grande horloge qui ronronnait dans le hall d'où l'on accédait au centre de recherches du Temple indiquait 15 h 12 pour le district fédéral de Coruscant, alors qu'ils avaient rendez-vous avec maître Idou à 15 h précises pour qu'elle leur montre son travail sur les gels conducteurs malastariens. Obi-Wan revenait juste d'une mission harassante sur Hypori, qui s'était prolongée une semaine de plus que prévu, et il avait programmé cette activité pédagogique en pensant faire plaisir à son padawan. Mais si Anakin ne se donnait même pas la peine de se présenter à l'heure, Obi-Wan avait bien d'autres choses à faire, et Idou, qui coordonnait les équipes scientifiques du Temple, ne manquait sûrement pas d'occupations non plus...
Déterminé malgré tout à patienter encore cinq minutes, Obi-Wan se promena lentement autour de l'horloge, comparant les affichages qui précisaient l'heure sur toutes les planètes connues de la galaxie – du moins toutes celles qui avaient été découvertes à l'époque de sa construction, laquelle remontait, à en croire les historiens, aux premiers temps de la République. Hypori n'y figurait pas, mais il y avait bien un cadran pour Tatooine : au spatioport de Mos Eisley, il n'était encore que 14 h 45 – les deux soleils terribles de cette planète calcinée devaient brûler à leur zénith, cuisant la peau des pauvres gens qui n'auraient pas eu la prudence de se réserver une place à l'ombre. Peut-être que c'était ça le problème : est-ce qu'Anakin vivait toujours au rythme de son ancienne planète ?
Quoi qu'il en fût, Obi-Wan ne pouvait guère l'attendre tout l'après-midi, alors après lui avoir envoyé un dernier message sur son communicateur pour l'informer que le rendez-vous était annulé, le maître jedi se dirigea d'un pas résigné vers l'ascenseur pour retourner dans ses quartiers.
« Justement celui que je cherchais ! » s'exclama Jocasta Nu en jaillissant dès que les portes coulissèrent.
Elle ne laissa pas à Obi-Wan le temps d'entrer et ils se retrouvèrent tous les deux dans la salle de l'horloge, tandis que l'ascenseur repartait.
« Votre padawan est de service jusqu'à ce soir, maître Kenobi », l'informa la bibliothécaire en mordant chaque mot comme s'il possédait sous ses lèvres une écorce coriace.
« Que la Force soit avec moi », maugréa intérieurement Obi-Wan. À quel coup d'éclat son apprenti avait-il encore bien pu se livrer ?
« Figurez-vous que ce chenapan a traité le padawan Xarr de koochoo, parce que celui-ci a demandé si les hololivres pouvaient brûler comme les ouvrages sur écorce de Kashyyyk !
– C'est vrai qu'il n'y a pas de question idiote, reconnut Obi-Wan avec diplomatie, mais il faut comprendre qu'Anakin vient d'un milieu très frustre, où les codes...
– Oh, ne me rabâchez pas l'excuse de la différence culturelle, maître Kenobi ! Votre petit padawan maîtrise le standard beaucoup mieux que ce que vous croyez ! Quand je l'ai repris en lui signifiant qu'un apprenti jedi ne doit jamais insulter ses camarades, vous savez ce qu'il m'a répondu ? Que pourtant, au cours précédent, j'avais qualifié d’illettrés en puissance ceux qui n'avaient pas rendu un essai correct, et que si on écoutait la Force, l'intention était la même ! Comme si la remarque légitime d'une professeure pouvait être comparée à une vulgaire insulte en huttese !
– Il n'aurait pas dû vous répondre comme ça, en effet. »
Maître Nu semblait oublier qu'Obi-Wan avait été guidé dans la voie de la sagesse par Qui-Gon Jinn, un Jedi très expérimenté et très sage... qui n'aurait sûrement pas renié les propos que venait de tenir un garçon de neuf ans. À moins qu'au contraire, la vieille bibliothécaire se souvînt parfaitement que dans les débats houleux qui l'opposaient régulièrement, elle la rigide gardienne des archives traditionnelles, au grand érudit des flux naturels et de la Force vivante qu'avait été le maître d'Obi-Wan, ce dernier prenait généralement son parti à elle, opposant la prudence de l'héritage aux opinions iconoclastes de Qui-Gon. Mais maintenant que maître Jinn s'était uni à la Force, maintenant surtout qu'Obi-Wan avait la charge d'un apprenti qui ne ressemblait à aucun autre, le jeune chevalier se retrouvait bien souvent à partager l'avis du défunt.
Comment allait-il pouvoir expliquer à son padawan, si facilement indigné par les injustices réelles ou perçues, qu'il avait été puni pour avoir énoncé, certes d'une manière un peu trop insolente, une vérité qu'Obi-Wan ne pouvait contredire en bonne foi ?
Avant qu'il eût pu s'en inquiéter davantage, toutefois, Jocasta Nu lui fournit plus de détails :
« Vous comprenez bien que je ne pouvais pas laisser une telle attitude impunie. Je l'ai envoyé en retenue avec le padawan Sensah', qui avait oublié de faire ses exercices, et le padawan Ti-Calo-Bennett, qui a ri en entendant la réflexion du padawan Skywalker. Ils vont passer quelques heures à vidanger de l'huile de moteur dans le hangar des astronefs sous la direction de maître Koon, ça les calmera un peu ! Je crois bien qu'après ça ils se tiendront à carreau au cours prochain ! »
Voilà qui simplifiait considérablement les affaires d'Obi-Wan : Anakin serait bien moins énervé d'avoir été puni si la conséquence en était de plonger à pleines mains dans ses chers moteurs...
En revanche, la corvée ne risquait pas d'avoir l'effet dissuasif qu'escomptait Jocasta !
Et Obi-Wan aurait pu le lui dire d'emblée, bien sûr. Il y a six mois, cela aurait été son premier réflexe. Mais depuis, Obi-Wan avait tué l'assassin de son maître, découvert que les Sith n'appartenaient pas qu'aux hololivres d'histoire, désobéi à une recommandation du Conseil et récolté un apprenti qui n'avait jamais été initié. Quand tous les principes sur lesquels on s'appuyait sont chamboulés, la vérité devient la seule boussole, et Obi-Wan était déterminé à s'y fier – surtout lorsqu'elle sortait de la bouche d'un enfant. Alors il resta coi pour cette fois-ci, et il envoya un message à Val Idou pour reprogrammer leur rencontre en présence d'Anakin : après tout, son padawan l'avait sans doute bien méritée...
« Pardon, est-ce que je peux te demander un truc ?
– Oui, moi aussi, tu pourrais m'expliquer...
– Je suis sûr que j'ai tout bien compris, mais il y a juste un détail... »
Voilà, ça y était : à chaque fois que Lupin échafaudait un plan assez compliqué pour exiger l'implication de nombreux extras recrutés en dehors de la bande habituelle, les gars avaient des questions, et à qui est-ce qu'ils posaient ces questions ? À Le Ballu.
Ça devait être la barbe. Jocelyne disait toujours que ça lui donnait l'air d'un brave type. (Et ensuite, quand il avait de la chance, elle murmurait sur l'oreiller combien c'était trompeur...) Ou peut-être les cheveux gris, qui suggéraient plus d'expérience que la tignasse blonde de Grognard et le menton imberbe de Gilbert. Ce satané Gilbert avait même insinué que c'était à cause « de la ride que t'as au milieu du front, mec, comme sur les photographies des grands hommes, ça fait croire que t'es sage ». L'insolence de ce garçon, franchement !
Au début, Le Ballu tentait d'écarter ces amateurs en les renvoyant dans les pattes de Grognard ou d'Achille, plus impliqués dans la coordination des équipes, voire directement vers le patron lui-même, car après tout c'était bien son boulot à lui d'expliquer clairement, et Le Ballu n'avait aucune envie de risquer un cafouillage parce qu'il aurait mal répété un détail qu'il n'avait pas du tout besoin de connaître... À coup sûr que ça aurait été pour sa pomme, car le patron avait beaucoup trop d'indulgence pour les jeunes.
Mais Le Ballu avait beau rabâcher qu'il n'était pas la bonne personne, que son gagne-pain à lui ne tenait pas à ces synchronisations ridiculement compliquées entre différentes escouades et qu'il resterait à bonne distance des coffres-forts à percer et des héritières à distraire, rien n'y faisait, on se tournait continuellement vers lui.
Il soupçonnait même le patron d'avoir occasionnellement suggéré à ces vertes recrues que Le Ballu serait leur homme s'ils avaient besoin d'être aiguillés sur la marche à suivre. Arsène Lupin n'était pas le dernier à aimer s'amuser, même quand des millions étaient en jeu... Il serait d'ailleurs plus juste de dire : surtout quand des millions étaient en jeu !
Alors Le Ballu s'efforçait désormais de prêter plus d'attention à l'ensemble du plan pris à grande échelle, plutôt que seulement aux consignes qui le concernaient. Ce soir-là, il put ainsi réexpliquer aux nouveaux arrivants que leur mission consisterait à escalader le flan est des murailles du château de Doraguil à l'aide des cordes qui auraient été apportées à l'avance (« Par qui ? Ça, mes cocos, c'est pas votre affaire ! »), pour se hisser jusqu'au chemin de ronde, d'où ils devraient tirer des feux d'artifice qui détourneraient le regard des hôtes du bal masqué organisé par la duchesse de Wurtemberg afin de célébrer les vingt et un ans de son fils.
« Et si jamais on a un problème, on pourra...
– Si vous avez un problème, je vous conseille fortement de le régler. C'est le moment de prouver au patron qu'il a eu raison de vous choisir, et je vous assure qu'il serait dans votre intérêt de ne pas échouer. »
Le Ballu prit un certain plaisir à les voir déglutir tous les trois, surtout le grand brun, avec sa moustache gommée et ses yeux hautains.
En général, le patron était bon juge des aptitudes et des caractères : il attachait une importance particulière aux recrutements, pour des raisons de sécurité évidentes, et Le Ballu lui faisait confiance en cela comme en toutes choses. Les interrogations de ce trio débutant témoignaient sans doute davantage de leur professionnalisme que de leur incompétence. Mais il valait la peine de leur mettre un petit coup de pression : ils n'en seraient que meilleurs au moment crucial.
« Et pour repartir, si on nous poursuit ?
– Le groupe de Grognard a pour tâche de retarder le garde-chasse et les valets de la duchesse. Croyez-moi, Grognard est un bon, il vous laissera pas en rade.
– Mais...
– Et si jamais les choses tournent au vinaigre malgré tous ces préparatifs, alors vous aurez le déplaisir de faire connaissance avec ma Rosa. »
Car c'était là le talent le plus prisé de Le Ballu, le savoir-faire qui le rendait incontournable et qui l'associait à la plupart des combines de Lupin : quand d'autres hommes domptaient les chevaux ou instruisaient les pigeons, lui amadouait les moteurs et faisait danser les manivelles. Il menait sa Rosa sur les routes les plus tortueuses et cabossées du pays, et en échange de l'huile et des soins qu'il prodiguait amoureusement à ses pistons, elle avalait les kilomètres à une vitesse où d'autres se tueraient, mais qui permettait à Le Ballu de procurer un salut inespéré aux cambrioleurs pris en chasse.
Il n'était jamais aussi utile que ces nuits où tout s'effondre, où préparatifs méticuleux et organisation scrupuleuse se heurtent de plein fouet à l'imprévisible réalité, et où on ne pense plus qu'à sauver sa peau.
Heureusement pour les trois loustics anxieux qui accaparaient Le Ballu ce soir-là, avec Lupin ça n'arrivait pas souvent, et la vicomtesse de Wurtemberg perdrait la nuit suivante ses saphirs sans accroc, pour ainsi dire...
That moment when an IRL friend asks you "have you read the super weird fanfiction with X and Y", and you're like "You'll have to be so much more specific..."
Le jour refusait de se lever sur ce matin de novembre où le froid s'alliait à la morosité pour rentrer les mains dans les tabliers et les cous dans les épaules. Catherine avait dû s'armer de courage pour remonter quelques grosses bûches de la cave, et la flambée qu'elle avait lancée dans la salle à manger du premier étage de la rue Pergolèse peinait encore à réchauffer le fond de l'air quand le maître des lieux prit place à table et déplia le journal qu'elle avait déposé à côté de son assiette. L'éclairage bleu des becs-de-gaz encore allumés dans la rue faisait luire le visage fatigué de l'inspecteur Ganimard d'un éclat blafard.
Pour ne rien arranger, un crissement déplaisant résonnait dans la pièce lorsqu'elle retourna y porter le plateau du petit-déjeuner. Elle coula un regard à son patron après avoir repli son bol d'un fond de café puis de trois grosses louches de lait chaud : exactement comme il l'aimait, et la plupart du temps la seule vue du breuvage lui arrachait un sourire d'anticipation – mais pas aujourd'hui. Ses mâchoires crispées râclaient ses dents les unes contre les autres dans un bruit de meule et ses mains contractées froissaient la une de L'Écho de France.
« Tout va bien, m'sieur Justin ?
— Ce satané Lupin ! grinça l'inspecteur. Il nous provoque encore une fois, et en citant mon nom, l'animal ! Non seulement il s'est emparé la semaine dernière des joyaux de la reine de Belgique, alors que ceux-ci étaient enfermés dans un coffre-fort surveillé par cinq hommes de confiance de sa Majesté, mais aujourd'hui il se vante d'avoir revendu ses pendants d'oreilles ! Et il ose affirmer qu'il a fait don d'une partie des bénéfices aux œuvres de la police, “afin d'améliorer la formation des gardiens de la paix et d'éviter que des vols aussi regrettables pour l'image du pays se reproduisent à l'avenir” !
— Je suis sûre que vous allez bientôt l'arrêter, le consola Catherine, qui n'aimait pas mentir, mais savait reconnaître les situations où son emploi exigeait qu'elle piétinât ses principes.
— Pfff ! Avec les moyens qu'on me donne à la Préfecture, je suis bien heureux d'arriver à écrouer les imbéciles et les maladroits, et quand je l'ai fait il me faut prier pour que les passoires qui nous servent de prisons ne les rendent pas instantanément à la vie sauvage ! La Loi a si peu de bras quand le Crime en a tant... Il nous faut à chaque instant sacrifier des plaignants, abandonner une enquête pour en commencer une autre, et renoncer à pourchasser un escroqueur d'assurance pour suivre la piste d'un triple égorgeur ! Je n'ai pas le temps, je n'ai pas les forces pour combattre un cambrioleur qui a l'énergie des crapules et le budget d'une grande ville, et il le sait bien !
— Mais malgré tout ça vous êtes déjà parvenu à l'arrêter une fois, donc il n'y a pas de raison que vous ne réussissiez pas à nouveau... Allons, allons. Mangez vos toasts, reprenez un peu de cette délicieuse compote aux coings, vous allez voir que le cœur va vous revenir.
— Je l'ai déjà arrêté, la belle affaire. Il n'est pas resté six mois au trou. Et quand il s'est envolé, je peux vous dire que mon augmentation aussi, elle a pris la clé des champs ! »
L'inspecteur passa une main lasse sur l'ombre de barbe qui lui assombrissait le menton.
« Enfin, vous avez raison qu'il n'est pas digne d'un agent de police de désespérer, ma chère. Et, au moins, tant que ce fichu Lupin dévalise des dignitaires étrangers, il n'est pas en train de piquer les joyaux du Louvre... Mmm, votre compote est toujours aussi exquise !
— C'est la badiane. Ça améliore le goût et ça facilite la digestion.
— Et bien parfait, voilà qui m'aidera à avaler ce début de journée ! »
Ganimard râcla le fond du pot avec sa cuiller pour n'en rien laisser, avant de se lever en direction de la salle de bains.
« Je me dépêche, après un coup d'éclat pareil de notre bandit national, M. Dudouis sera sur les nerfs et il exigera des réponses. Il y a des jours où l'on ne s'amuse guère au quai des Orfèvres, mais où l'on rigole encore moins quand on doit rendre des comptes place Beauvau ! »
Restée au salon pour débarrasser, Catherine attendit patiemment d'entendre l'eau couler dans le lavabo avant d'essuyer ses doigts beurrés sur son devantier... et de se précipiter à son tour sur le journal.
Elle aimait son patron et respectait son engagement au service de l'ordre, mais la vie d'une domestique célibataire et âgée avait de quoi vous éprouver – et parbleu quelle meilleure cure que le grand éclat de rire que vous garantissait un nouvel article signé Arsène Lupin !
Most annoying sentence uttered by someone when you explain to them your lack of partner, or of sexual and romantic interest : "It will come." (Or "it might come", from the more prudent but no less exasperating commentators.)
I've heard an insane amount of variations on this theme, including from queer friends who were respectful of any other sexual orientation (as they should be). Just not this one.
How can you be so obsessed by your quest of the perfect sexual and romantic partner that you're not even listening to the person who tells you that they don't want one ?
The only thing that prevent me from living happy and hidden, like the blissful coward that I aspire to be, is the thought of a young girl being as miserable as I was for being asexual and aromantic in a sexualised, hyperromantic world.
Still I'm not doing enough for these times to be over... but what a shame it would be, if I died and the world remained the same. What a waste of past suffering, what a waste of potential happiness.
Even though I read a lot of classics in my teens and my early twenties, I've always felt embarrassed by how few confirmed asexual characters I could name.
The first one I had encountered was Athena, the virgin goddess of war - a badass if there ever was one. But it's hard to identify with a goddess, and the suspicion was always floating around that her virginity had a lot to do with men poets and theologians not being able to bequeath intelligence to a woman that they could have intercourse with. (She's still my mythological heroin, though.)
The second one was Sherlock Holmes, even taking into account the Irene Adler incident. Much more modern, easier to identify with... If only his asexuality hadn't stink of victorian misogyny! But well, you take what you can, so he was still very important for me. A signal that an aro ace way of leaving was acceptable, at least in someone's imagination.
And... that's all ? Regularly I tried to google lists, but they are not very satisfactory on the front of classical litterature. If you have any suggestion, I could love to discover it!
At least with contemporary books and media things are moving a bit, so I am glad to post the link to this article, amongst others...
These characters are raising the bar for asexual and aromantic representation in books, film, television and more.