La main déshabilla mon bras, s’arrêta près de la veine, autour de la saignée, forniqua dans les dessins, descendit jusqu’au poignet, jusqu’au bout des ongles, rhabilla mon bras avec un long gant suédé, tomba de mon épaule comme un insecte, s’accrocha à l’aisselle. Je tendais mon visage, j’écoutais ce que mon bras répondait à l’aventurière. La main qui se voulait convaincante mettait au monde mon bras, mon aisselle. La main se promenait sur le babil des buissons blancs, sur les derniers frimas des prairies, sur l’empois des premiers bourgeons. Le printemps qui avait pépié d’impatience dans ma peau éclatait en lignes, en courbes, en rondeurs. Isabelle allongée sur la nuit enrubannait mes pieds, déroulait la bandelette du trouble. Les mains à plat sur le matelas, je faisais le même travail de charme qu’elle. Elle embrassait ce qu’elle avait caressé puis, de sa main légère, elle ébouriffait, elle époussetait avec le plumeau de la perversité. La pieuvre dans mes entrailles frémissait. Isabelle buvait au sein droit, au sein gauche. Je buvais avec elle, je m’allaitais de ténèbres quand sa bouche s’éloignait. Les doigts revenaient, encerclaient, soupesaient la tiédeur du sein, les doigts finissaient dans mon ventre en épaves hypocrites. Un monde d’esclaves qui avaient même visage que celui d’Isabelle, éventaient mon front, mes mains.
Violette Leduc, La Bâtarde, Galllimard, 1964