Première partie: Un manque de discernement.
On lui a dit d'absorber, et elle l'a pris au sens propre du terme. Elle a absorbé tout ce qu'il ne fallait pas, jusqu'à l'empoisonnement total de son âme. Écartelée sans nulle part où se sentir chez elle, elle ressortit sa vieille luge entreposée dans le grenier de sa grand-mère et l'attacha sur son dos.
Et puis elle marcha. Elle marcha vers le nord, pour trouver la neige, jusqu'à ce que ses jambes lui disent d'aller se faire foutre. Tout ce qu'elle voulait, c'était faire revivre ce morceau de bois qu'elle avait délaissé maintes années auparavant.
Elle n'atteint même pas les premiers flocons lorsque ses membres craquèrent.
Son corps tomba sur le sol avec la même délicatesse qu'un piano. Tous ses muscles vibrèrent. Les larmes qu'elle lâcha furent brèves, acidulées et pleines de rage.
Alors, elle détacha les liens qui l'accrochaient encore à un but. Va te faire foutre, j'ai pas besoin de toi, je suis plus forte que ça. Et avec pour seule compagne l'amertume au fond de sa gorge, elle se redressa et changea de direction. Elle déambula comme ça, sans savoir où aller, à dériver dans des paysages sans neige et sans saveur.
Elle se laissa porter comme ça longtemps, comme une éternelle ombre errante, jusqu'à rencontrer une personne. Peu importe son nom, ses couleurs, ou son âge, elle était là, et ramena notre héroïne à son but. Ce morceau de bois qu'elle avait oublié, cette personne l'avait ramassé et tendu à sa propriétaire. Pourquoi faire ? A quoi bon retourner là-bas ? Je n'y arriverai pas. Je n'ai pas les jambes pour ça.
"Alors tu te laisseras porter par ton but, c'est toujours mieux que d'errer comme ça, les yeux plein de vide rempli d'insouciance. Tu as la plus grande des volontés, qu'on ne te l'arrache sous aucun prétexte."
Seconde Partie: Suppositions.
Elle supposa que son engouement pour les belles choses était responsable de toute la merde qui lui arrivait, au point de s'interdire le rêve. Elle n'eut d'autre solution que de se recroqueviller dans les pénombres de l'oubli. Le cerveau humain a l'air d'être conçu pour vivre le présent; pourquoi se rappeler des choses qui nous déplaisent ?
Elle arracha le crayon qu'elle s'était fixé à la main. Du rouge commença a couler; peu importe. Et cette peur qui te déchire les entrailles. Ce blocage. Ce sentiment de ne plus savoir faire quoi que ce soit. De la merde, tu fais de la merde, à quoi bon continuer ? Est-ce que c'est une méthode d'apprentissage que de se prendre des pianos dans la gueule ? Apprenez-moi. CHBANG. S'il vous plait. CHBING. Merci. Je crois avoir compris.
C'est ça, elle avait tout bonnement peur des crayons. Peur des carnets. Elle a vécu ça comme un traumatisme à part entière. Pourquoi dessiner, si ce que je fais ne ressemble à rien ? Pourquoi écrire, si mon écriture n'intéresse personne ?
Alors les murs rencontrèrent ses poings. Ses yeux clos entendirent le klaxon des voitures. Le vide l’attrapa mais décida de la rendre à son entourage. Elle savait donc qu'elle ne craignait plus rien, mais n'en avait toujours pas fini avec son désir de tout foutre en l'air. On lui a juste demandé d'expérimenter. Et elle s'exécuta.
Troisième Partie: Avec passion.
Elle n'avait plus à chercher la neige. Elle attendit simplement que son souffle se transforme en vapeur. Elle se recroquevilla sous sa luge et s'endormit. Lorsque ses yeux s'ouvrirent, la magie avait opéré. Un chaton ronronnant l'avait rejoint dans son abri de fortune. Les membres engourdis, elle n'osa pas bouger d'un poil et profita des lueurs du soleil à travers la glace. Les couleurs étaient splendides et brillaient de mille feux. Tout cet amas de confettis semblait vivre et tourner à une vitesse inconcevable, comme si ces lumières entretenaient des relations dansantes à mille kilomètres heure. Ça ne sert à rien de brusquer les choses, elles arrivent toujours à temps. Alors, elle attendit que l'animal blotti contre sa poitrine se réveille pour penser à basculer sa toiture de bois.
A l'extérieur, les couleurs se montrèrent chaleureuses et pleines d'humeurs, remplies de tous ces éclats d'coeurs.
Elle prit le petit être sur ses épaules pour lui montrer toutes les merveilles qu'elle voyait. La luge entre les doigts, elle se décida à faire plusieurs pas, pas forcément très assurés, mais des pas tout de même. Elle hésitait entre un sanglot de rire ou un éclat de pleurs, mais peu importait vraiment.
Le sucre glace fondait sous ses pieds nus; agréable brûlure.