Pourquoi je me sens Transgenre
Je ne m’épanouissait pas personnellement dans la peau d’un garçon.
Ceux qui me connaissent le savent; je suis passée à côté de pas mal de rituels de passage au fur et à mesure de mon évolution.
Malgré certaines apparences et conventions, nombre de mes proches m’ont parfois envisagé au féminin et cela m’a toujours fait beaucoup de bien intérieurement.
L’heure est venue de l’exprimer officiellement : je suis plus fille que garçon ! En voici quelques raisons.
1 - Sans rentrer dans les détails, je ne me suis jamais approprié mon sexe : Plus encombrant qu’autre chose, il a très souvent parasité mes autres sensations internes bien plus agréables pour moi que la conception habituelle du plaisir dit “Masculin”. A l’adolescence le manipuler m’était désagréable et cela l’est encore aujourd’hui; sans doute des traumatismes dans mon enfance à ce sujet...
S’en servir pour autre chose qu’uriner étant globalement inconcevable alors, ma sexualité est devenue cérébrale et solitaire.
2 - L’affirmation physique : J’ai toujours été un garçon maigre, pour me faire réagir, on me disait alors “gringalet”pour m’inciter à manger plus et développer mes muscles.
Cependant, l’idée de s’imposer physiquement en développant un corps plus massif comme en rêvaient beaucoup de mes potes me donnait envie de pleurer en hurlant NON ça ne serait pas moi !
Pour moi c’était l’expression de ma féminité que je voulais sans m’en rendre compte alors, impérativement conserver, comme une sorte de conquête que j’avais fait sur la nature et que je tiens encore aujourd’hui farouchement n’ayant pas pris un gramme depuis 18 ans...
Paradoxalement je suis une bonne vivante, j’aime bien manger, bien boire mais je suis pourtant loin des excès trop réguliers de certains. Je ne suis pas une “peine à jouir” qui se prive de tout parce qu’au moindre excès elle prendra 5 kilos cash du moins dans son système de croyances... Tout est une histoire de fréquence et de quantités.
3 - A la puberté, je voulais un corps qui se féminise comme les autres filles. J’ai beaucoup souffert de la perception des autres lorsque genré au masculin pour les questions d’affirmation de soi et dans la quête d’identité adolescente, ces injonctions ne m’allaient pas et causaient un décalage avec les autres jeunes. Moi, je me sentais bien quand des amis de qui j’étais proche parlaient de moi au féminin et me donnaient l’occasion de m’habiller de manière féminine pour un instant : à ces moments la, je me sentais moi même.
Je poursuivais quelque part une chimère pour un corps biologiquement mâle; une manière d’être féminine dans un corps qui s’affine avec une grande agilité physique sans en développer sa masse, maintenant on dit simplement être “fit”. Pourtant dans une certaine mesure j’ai réussi à maintenir cet équilibre même dans mes périodes NERD les plus noires...
4 - Je désirais avoir mes règles même si c’est un truc “chiant” pour ne plus être autre chose qu’une fille normale parmi ses ami(e)s. Je comprenais “les problèmes de filles”, je les appliquait à moi aussi et j’avais beaucoup d’empathie à ce sujet pour mes amies.
Cela paraissait bizarre pour une partie de mon entourage qui voyait une sorte de hold-up de ma part sur les codes de la féminité, remettant ainsi en cause ma légitimité, m’attribuant je ne sais quelle déviance perverse...
Cela m’a fait énormément de mal, je voulais juste me rapprocher de mes amies et ne plus sentir le poids d’être dans un genre “non-conforme”, différent. A l’époque, on parlait de transsexualisme et ça me faisait peur, donc je ne m’identifiais pas à cette catégorie de consœurs.
Mon cœur ne pouvant se résigner à une identité masculine et chassé de son jardin d’Éden est resté dans un entre deux jusqu’à maintenant.
5 - Le domaine des passions de l’esprit fut épargné par ce décalage grandissant. L’humour, les hobbys, les passions y échappent car quand on se retrouve entre passionnés, les questions de genre ne comptent plus...
J’ai développé des compétences utiles aux autres; le sens de l’humour, du conseil avisé, de la diplomatie, une maitrise technique informatique, le sens de la débrouille... j’existais socialement grâce à cela.
J’ai survécu dans le déni de mon cœur si longtemps grâce à cela. Me sentant étranger dans le monde des Hommes et des Femmes simultanément alors.
Sauf que ce que je ne voyais plus, c’était que seulement quelques différences physiques et 2-3 conventions sociales m’interdisaient de m’épanouir dans le monde des femmes.
Alors que dans le monde des hommes, il fallait me “formater” et repartir de zéro... avec les conséquences dramatiques que ces procédures ont généralement sur les personnes qui tentent une dernière fois de se conformer à leur genre dérivé de leur sexe à la naissance qu’ils n’ont pas choisi !
Je fais donc aujourd’hui le choix le plus rationnel : transitionner vers une identité du genre plus féminine; me révéler en tant que fille puis femme trans.