Un jour jâai tentĂ© dâaller vers les gens, ils se sont lassĂ©s oĂč mâont donnĂ© de faux sourires de comprĂ©hension. Alors jâai laissĂ© tomber.
Un jour, le coeur au bord des lĂšvres de cette solitude, je suis allĂ© sur un site dâaide aux personnes qui nâont personnes et qui se sentent Ă bout avec la vie :
Jâavais lâimpression de parler Ă un robot, câĂ©tait si froid et impersonnel que jâavais juste envie de fermer la fenĂȘtre, mais, BIEN ENTENDU ABRUTI QUE JE SUIS, jâai continuĂ© la conversation car je suis poli.
Jâen ai marre dâĂȘtre seul et jâen ai marre des gens, jâen ai marre de cette vie qui nous demande absolument tout sans rien nous donner en retour, jâen ai marre des gens qui nous demandent tout et nâoffrent rien en retour. Je suis Ă bout et je mâen tape de tout maintenant, enfin pas vraiment de tout vu que je ressens encore ce besoin dâaller vers les gens ou de me plaindre ici sur Tumblr sachant que peuuuuut-ĂȘtre une personne le lira, mais vous suivez lâidĂ©e.
Rien ne mâaide, personne ne mâaide et surtout pas moi-mĂȘme. Depuis au moins un an je commence Ă me dire que je devrai peut-ĂȘtre commettre un crime sans rĂ©els dĂ©gĂąts histoire dâaller en taule et de peut-ĂȘtre enfin trouver un chemin grĂące au service rĂ©insertion. Car oui : je suis incapable dâavoir le moindre job. Plongeur dans un resto ? Hah ! Tu rĂȘves. Livreur de pizza ? Plus simple de toucher les Ă©toiles.
Mon plan dâavenir actuellement ? En restant rĂ©aliste câest juste ne rien faire, attendre que mes ressources sâĂ©puisent Ă nouveau et puis voilĂ , paf, fermons le rideau. Car je nâai droit Ă rien, pas dâaides, pas de formations, RIEN. Vous vous ĂȘtes dĂ©jĂ senti si seul lorsque mĂȘme le syndicat socialo vous dit que vous pouvez crever sous un pont ? Que les organismes dâemploi vous reçoivent avec un soupir de dĂ©sespoir en mode « Ah tiens, ça fait dix ans quâil cherche un job et il vient encore me casser les couilles », que les organismes dâaides pour les victimes vous engueulent par texto ? Que la police vous parle comme si vous ĂȘtiez un criminel ? Que vos amis ne soient lĂ que de temps en temps et puis vous oublient tout aussi rapidement ? Que ceux qui tentent de vous aider lĂąchent lâaffaire car ils nâont pas conscience de la rĂ©alitĂ© des choses ?
Jâen suis rendu ici, au point oĂč tout simplement je mâen tape assez pour pouvoir le dire avec le visage figĂ© et transi dâun manque total dâĂ©motion hors mis lâennui ? Plus rien ne me plais, plus rien ne mâenjoue, jâĂ©tais un grand lecteur : je relis les mĂȘmes choses depuis trois ans et je mâen tape, au moins je sais quelle est la suite et je peux poser le bouquin. Moi qui dĂ©vorait UN ROMAN par nuit, jâen suis Ă ma sixiĂšme lecture de ma bibliothĂšque plutĂŽt consĂ©quente et gĂ©nĂ©ralement je lis une page avant de fixer le plafond pendant une heure ou deux.
Moi qui Ă©crivait avec lâaviditĂ© dâun alcoolique devant un casier de biĂšres, jâai du mal Ă aligner deux phrases sans que je ne trouve cela barbant. Non, tout ce quâil me reste au niveau Ă©criture nâest que de lâaigreur et du dĂ©senchantement, je ne trouve plus dâentrain Ă le faire sauf en Ă©talant mon mĂ©contentement.
Moi qui Ă©tait fan des jeux vidĂ©os : mĂȘme dix minutes sur un jeu me les broies sĂ©vĂšre, je regarde les pixels avancer en rĂ©flĂ©chissant sans prendre spĂ©cialement attention.
Tout ce qui pouvait faire bouger ma vie ne mĂšne plus Ă rien, tout ce quâil me reste câest de lâennui. Je zappe de musique en musique, sans attendre quâelle se termine car ça me barbe, je peine Ă lire plus de deux lignes avant de faire autre chose puis dây revenir sans avoir retenu la moindre chose. Je peine Ă avoir des contacts sociaux car câest toujours la mĂȘme rengaine.
Tout est chiant.
Tout est froid.
Tout est si futile.
Je vois ce monde comme si je nây habitais pas, comme si jâĂ©tais dĂ©jĂ mort malgrĂ© le fait que je continue de respirer et dâavoir des organes qui fonctionnent. Jâaimerai ĂȘtre vivant mĂȘme si cela me fait peur, tout ce changement, toutes ces choses Ă assumer, tout ces bagages Ă mettre sur son dos.
Mais je ne le suis plus.
JâĂ©tais animĂ© de grands idĂ©aux, de beaux idĂ©aux, jâĂ©tais un type sympa qui se sacrifiait encore et encore pour tout le monde sauf pour lui-mĂȘme. JâĂ©tais ce pilier de morale et dâĂ©thique, de sacrifice et de gentillesse. Aujourdâhui je suis une coquille vide, peut-ĂȘtre y a t-il de la cendre Ă lâintĂ©rieur mais je peine Ă croire quâil reste autre chose.
Il ne reste que deux choses encore vraiment capables de donner des tressautements Ă ce cadavre ambulant que je suis : Jâai envie de hurler encore et encore jusquâĂ ce que ma gorge et mes poumons ne puissent plus tenir et se remplissent de sang, jâai envie de hurler ma haine de tout ce que je suis, de tout ce que jâai fait, de tout ce que jâai vĂ©cu. Et jâai besoin de violence, je le sens Ă lâintĂ©rieur de mes veines pratiquement taries : ce feu qui couve, ce besoin de faire tant de mal Ă tout le monde, de dĂ©chirer la chair, de fendre des vies, dâenfin voir sur les visages des autres la mĂȘme dĂ©tresse qui fut sur la mienne et dont on sâest moquĂ©.
Mais je ne ferai ni lâun ni lâautre car cela me demanderai trop dâefforts et briserait le frĂȘle carcant moral quâil me reste. Lâon aura beau dire mais la seule raison pour laquelle je suis toujours ici est Ă cause ( ou grĂące ) Ă cette maudite moralitĂ©.
Tu ne te suicideras pas, tu ne feras pas de mal Ă autrui, tu seras lâoreille attentive, tu offriras ton aide de façon dĂ©sintĂ©ressĂ©e.
On peut me rĂ©sumer Ă ce code. Car il a dictĂ© tout ce que jâai Ă©tĂ© et tout ce que je suis encore.
Mais pour combien de temps encore avant que la cloche ne sonne ? Avant que la brindille qui me maintiens encore debout ne casse comme du bois mort et sec ? Car plus rien ne mâintĂ©resse vraiment si ce nâest moi.
Car je ne me connais pas.
Car je ne sais pas qui je suis.
Et plus je tente de me connaĂźtre.
Moins jâen ai envie.
Car je me dégoûte autant que le monde me dégoûte.
Car je me crache Ă la gueule comme si je lâavais fait sur les autres.
Car jâen ai assez de tout ça, mais ça ne sâarrĂȘtera pas.
Et ça continuera,
ce que je tombe par dessus bord.
mais au fond de moi-mĂȘme
Jâen suis simplement incapable.