“You’ve got as many lives as you like, and more, even ones you don’t want."
George Harrison.
DEAR READER

PR's Tumblrdome
Misplaced Lens Cap

祝日 / Permanent Vacation

izzy's playlists!
Stranger Things
trying on a metaphor
dirt enthusiast
let's talk about Bridgerton tea, my ask is open
No title available

ellievsbear
One Nice Bug Per Day
sheepfilms
AnasAbdin
tumblr dot com

pixel skylines
he wasn't even looking at me and he found me
styofa doing anything
we're not kids anymore.
$LAYYYTER

seen from Brazil
seen from United States

seen from Germany
seen from T1

seen from Singapore

seen from Germany
seen from United States
seen from Italy

seen from United Kingdom

seen from Singapore
seen from Germany

seen from South Africa
seen from United States
seen from United States
seen from United States

seen from United States
seen from United States
seen from United States

seen from United States

seen from United States
@petitsriens
“You’ve got as many lives as you like, and more, even ones you don’t want."
George Harrison.
“One thing you have to give up is attaching importance to what people see in you.”
Jeanne Moreau.
Viva Victoria !
Non, ce n’est pas le film de l’année. Mais Victoria change les codes. La chimie du personnage féminin. ENFIN !
Déjà, le casting était prometteur. Depuis “20 ans d’écart”, le charme et l’efficacité de Virginie Efira pour ébouriffer la RomCom à la française ne sont plus à prouver. Vincent Lacoste, bien loin maintenant de son physique des “Beaux Gosses”, fait craquer par son naturel désarmant de Guy next door. Quant à Melvil Poupaud, parfait dans “Laurence Anyways”, il apporte une douce étrangeté et une jolie mélancolie à la comédie.
La surprise ? Elle vient de l’écriture, d’abord. Vive, cinglante, sans fioriture, sans peur des silences, même. Et surtout de l’écriture de ce personnage, Victoria.
Victoria n’est pas un archétype, ni même un “personnage” comme on en rencontre parfois, ces êtres tristement étriqués dans les codes de leur propre système. Victoria, c’est tout simplement une femme, pleine de paradoxes, qui essaie de se débrouiller dans une vie forcément compliquée. Avocate, mère célibataire, manager de nounou, profil Tinder, sujet d’un livre d’autofiction... Pas étonnant qu’elle demande régulièrement l’aide d’un psy pour recomposer les multiples facettes de son identité - et ce qu’elle peut en projeter. Car Victoria est dans la vie, dans le réel, elle fait front. Elle n’a pas la loose de Bridget Jones, et elle ne cherche pas son Mr Big. Surtout, contrairement à d’autres, elle n’a pas sa bande de copines qui fait office de distributeur automatique d’empathie ouvert à toute heure. Elle fait face, seule. Sans frénésie de shopping, sans boulimie, sans même un meilleur ami gay (!). Énorme avancée du cinéma face à la figure de la célibataire !
La fraîcheur de Victoria tient au portrait impressionniste qu’en fait Justine Triet. Un tableau concret, vivant, par touches et strates multiples, comme autant de raisons de s’enthousiasmer.
- Elle (par)donne tout... à ses amis
Avant, l’héroïne se faisait avoir plusieurs fois par le même bad boy. Maintenant, le bad boy est un ami (sage décision), et l’héroïne accepte en son âme et conscience de prendre un risque pour lui, à plusieurs reprises s’il le faut. Lui, c’est son meilleur ami, le prototype du parisien torturé et mal rasé aux amours toxiques tendance Christophe Honoré. Elle lui donne son temps, son écoute, son énergie... tout en s’avouant, lucide, de l’inutilité de l’exercice face à une personnalité d’une telle perversité. Belle preuve d’amitié !
Le plus : Elle ne pardonne pas... à son ex Un Woody du pauvre qui utilise leur histoire pour se lancer dans le roman d’autofiction. Légère hésitation, mais Victoria attaque vite pour diffamation. Non mais !
- Elle est avocate... avant tout
Oui, Victoria adore ses deux filles. Mais faire des crêpes et des montagnes de chantilly, c’est quand même beaucoup moins intellectuellement excitant que de défendre des malfrats. Victoria est avocate pénaliste, et après une longue période au foyer sans pouvoir exercer, elle formule une phrase délicieusement taboue : “Je ne peux pas rester comme ça, il faut que je me reconnecte à l’humanité”. Zéro culpabilité.
- Elle a une sexualité... sophistiquée
Parce qu’elle n’est plus à un paradoxe près, Victoria utilise sans vergogne son appli Tinder pour sa fonction première, tout en essayant de sublimer les moments. Par exemple en jouant un merveilleux morceau de piano (du Chilly Gonzales) en robe très Mireille Darc face à un parfait inconnu...
Le plus : Elle fait l’amour Ni ellipse, ni chorégraphie chez Justine Triet. Pas de caricature de femme libérée, juste une femme libre. Et bien filmée.
- Elle fait appel à son cerveau... plus qu’à ses émotions
Confesser à son psy qu’on le trompe avec une voyante, c’est quand même génial. Mais quel que soit le medium, Victoria ne perd jamais le contrôle - en tous cas intellectuellement. Voir cette avocate qui maîtrise les plaidoiries analyser rationnellement sa propre vie comme elle le ferait d’un énième dossier a quelque chose de très humain, de très tendre. Là où Bridget accompagnait ses bads de Ben & Jerry’s, Victoria préfère toucher le fond avec Nietzsche et Cioran. Autre style. “Je voudrais comprendre où ça a commencé à merder chimiquement dans ma vie”, elle dit. Et de chimie il est beaucoup question dans le film, puisque Victoria enchaîne crises d’angoisse, Lexos, alcool... et enfin rencontre imprévue qui, selon ses mots, “fonctionne chimiquement”.
Le plus : elle a un radar à hystériques Celles qui envoient trop de signaux : trop de couleurs, trop de bruits, trop d’émotions, c’est forcément suspect pour Victoria. Enfin une héroïne discrète.
Au final, Triet dresse un portrait de femme imparfaite et consciente de l’être. Victoria manque de temps pour penser, pour ranger ses idées, ordonner son ressenti. Il suffit de voir l’état de ses placards... Marie Kondo en ferait un AVC, et Instagram supprimerait son compte.
Victoria, c’est une femme pudique, digne, vraie. Le personnage de Vincent Lacoste a beau lui avouer qu’elle lui fait peur, il est fasciné, tout comme nous, par ce mélange que la réalisatrice qualifie de “ femme puissante et vulnérable”. Sans oxymore, merci. On faisait comment déjà sans elle ?
Bande originale du film, contenant le très beau “Without her” d’Harry Nilsson, à écouter ici.
“Peur de rien”, Les lettres libanaises
Dès les premières minutes de Peur de rien, la caméra de la réalisatrice Danielle Arbid tombe sous le charme magnétique de Lina, son personnage autobiographique, incarné par Manal Issa, diamant brut découvert lors d’un casting sauvage...
Sauvage, c’est le mot, tant Lina est opaque derrière ses grands yeux noirs. Mais si elle est timide, discrète, voire secrète, Lina n’en est pas moins déterminée. Elle a quitté sa famille au Liban pour venir étudier en France. Elle doit bientôt quitter les proches qui l’ont accueillie à Paris, à cause d’un oncle trop entreprenant. Céder à la petite délinquance ? Très peu pour elle. Droite dans ses bottes, Lina usera plutôt de sa débrouillardise et d’une chutzpah prodigieuse pour rencontrer toutes sortes de nouveaux amis...
C’est là que la magie opère : en même temps qu’un récit initiatique qui voit éclore une jeune fille au gré des apprentissages - l’histoire de l’art (enseignée par une Dominique Blanc épatante) et l’amour (auprès de Paul Hamy, dont la sublime scène du rétroviseur est si Nouvelle Vague), Danielle Arbid donne à voir en miroir toutes les facettes de la jeunesse française des 90′s. Royalistes, branchés, minets, punks, anarchistes... A travers chaque visage se redessine la question chère à Montesquieu : “Comment peut-on être Français ?”.
J’aime la force de cette fille, qui ne lâche rien, tombe et se relève sans hésitation, reprend le risque chaque jour de s’exposer à la vie, de faire des choix, de prendre des coups (bas). Une libido qui semble indéfectible. Et son bref retour au Liban nous prouve qu’elle puise son énergie dans une résilience exemplaire. Pour moi, Lina est apparue comme une parfaite incarnation de cette phrase de Christian Bobin : “Ce n'est pas sa beauté, sa force et son esprit que j'aime chez une personne, mais l'intelligence du lien qu'elle a su nouer avec la vie.”
Lina est instinctivement intelligente dans son rapport à la vie, parce qu’elle se bat, se débat sans jamais se tromper d’adversaire, et en se regardant toujours en face. Elle grandit, elle mûrit mais garde toute son authenticité, sa candeur, sa fragilité même. Le bonheur est un art. Et comme toute artiste, Lina a su gommer les efforts. Ne reste que la beauté du geste.
Bref, comme dirait Souchon, “elle est Dandy”.
“Et cette négligence, Dandy, Et cette nonchalance, Dandy, Cet air que rien n'a d'importance, C'est de l'élégance... “
Pas de Souchon ici, mais une bande son impeccable : du Niagara profond, Carte de Séjour en fil rouge, et bien sûr un Duel au soleil comme un bel hommage générationnel à Daho. En plein coeur.
Tout en sobriété, Arbid filme l’envol de Lina, et nous offre des sourires de plus en plus généreux, de plus en plus gratuits. C’est qu’à force de frapper à toutes les portes, l’audacieuse s’est trouvé des alliés : un professeur qui résout d’une main de fer ses problèmes administratifs, de nouveaux amis qui correspondent à ses valeurs, un amoureux bienveillant qui la fait rire (le touchant Vincent Lacoste en fils bobo)...
Quelques petites choses qui lui font penser qu’elle n’est pas là par hasard. Qu’elle n’a pas fui Beyrouth, mais qu’elle a choisi Paris.
4 raison de ne pas rater Peur de rien
1/ Loin, très loin des clichés des comédies dramatiques estampillées “film français”, Peur de rien évite l’hystérie, le pathos, et même les stéréotypes (ici se pose la question de l’immigration, jamais celle de la religion. Les raisons de cette immigration ? Davantage famille toxique que pays en guerre. Quant aux scènes d’amour, elles sont d’un érotisme réaliste.) Peur de rien, même pas de faire un film pudique.
2/ Pour les délicieuses madeleines d’étudiants : les inscriptions à la fac par minitel, les amphis en bois tenus par des enseignants passionnés, les trousses, stylos, feuilles à carreaux... et même les cabines téléphoniques !
3 / Parce que c’est un superbe film sur l’émancipation féminine. Quel que soit son point de départ, chaque femme mène ses propres combats face au “corset invisible”. La jeunesse et la personnalité de Lina font de cette cause quelque chose de viscéral, de fougueux, d’admirable. D’autant que s’ajoute pour elle la perte de repères qui accompagne la découverte d’une nouvelle culture. Lorsqu’on n’a pas les codes, comment trouver sa place ?
4 / Pour être présent au premier rendez-vous que donne la merveilleuse Manal Issa au cinéma français. L’esthète Bonello ne s’y est pas trompé, lui qui a inscrit ses grands yeux noirs au casting de son prochain long métrage.
Danielle Arbid, elle, travaille déjà à l’adaptation de “Passion simple”, d’Annie Ernaux.
Deux femmes aux valeurs communes :
Annie Ernaux : Faire des études, voilà la clé ! Je n’ai eu de cesse, tout au long de ma vie, de chercher le meilleur moyen de me sortir de situations inextricables. (...) Le désir est le plus puissant des moteurs pour investir pleinement sa vie.
Danielle Arbid : Le courage d’assumer ce désir aussi ! La facture peut être lourde à payer. Mais je pense que la libération n’a pas de prix et la création artistique devient un merveilleux vecteur d’expression pour apprécier le chemin parcouru."
Adopte un Lobster
Il n’y avait qu’un Grec pour nous livrer une telle vision du monde : allégorique, mythologique et hallucinatoire. Sous couvert de roman d’anticipation, Yorgos Lanthimos projette un univers à la fois clinique et caustique centré sur la notion de couple.
Pour vivre dans cette ville du futur proche, il vous faut donc être en couple. Et ne jamais sortir de chez vous sans votre certificat de liaison officielle. Célibataires, divorcés et veufs sont emmenés de force dans un hôtel où ils ont 45 jours pour trouver leur moitié. Faute de quoi, ils seront transformés en l’animal de leur choix.
L’idée maîtresse de cette cité est donc : qui n’est pas en couple ne mérite qu’une vie animale. Ceci expliquant et légitimant le traitement subi par les célibataires dans l’hôtel, dressés comme des chiens au bonheur conjugal. Leurs mains sont attachées et la masturbation, formellement interdite, sous peine d’atroces tortures. En fait, tout ici consiste à expliquer l’utilité de l’autre : sans homme à ses côtés, une femme se ferait évidemment violer en pleine rue. Sans femme avec qui dîner, qui donc empêcherait l’homme de s’étouffer à table ? Des scènes grinçantes dont le propos cynique et absurde reviendra, en filigrane, tout au long du film.
Par peur de devenir un homard (qui risque de se faire ébouillanter), notre héros kafkaien (Colin Farell, plus neurasthénique que jamais) se met en quête d’une compagne avec qui partager la solitude, puisque c’est bien de cela qu’il s’agit. Comme ses camarades, il est conscient de ses failles, et recherche avec une logique implacable celle qui les partagera. A moins que ce ne soit à lui d’adopter les défauts d’une femme ? "Etre un couple, c’est ne faire qu’un. Oui, mais lequel?" écrivait Oscar Wilde. Pour eux, la question ne se pose pas, il s’agira d’épouser les imperfections, les tares, voire les vices de leur “dulcinée” obligatoire. Se faire saigner du nez pour l’un, devenir un monstre sociopathe pour l’autre. Avec plus ou moins de succès.
Comme dans un jeu de société grandeur nature, les couples sont testés au sein de la communauté : ils ont des privilèges (accès exclusifs aux courts de tennis), et des obligations (partager leur chambre) et puis, cette épreuve passée, ils doivent se supporter deux semaines sur un yacht. Un enfant leur est prêté à l’occasion car il “facilite souvent les choses” (j’adore l’humour du scénariste). Si tout se passe bien, à l’issue du séjour, les participants ont le droit de regagner la ville et de s’y installer en famille. Comme de bons petits soldats. Plus tard, ils partiront en week-end dans les Cyclades ou à Positano pour entretenir la flamme (”départ ivre vers la mer”, ironisait déjà Solal dans Belle du Seigneur.)
Pour les autres, les jours se suivent et se ressemblent : accès à la piscine et au golf, soirées dansantes, et... frotti-frotta de la femme de chambre, juste histoire de vérifier que la libido dans son essence la plus pavlovienne subsiste... et stimule l’accouplement (en théorie).
Le reste du temps, les résidents de l’hôtel partent à la chasse à l’homme. Sur qui tirent-ils ? Ce n’est pas encore très clair, mais pour chaque personne touchée, ils gagnent une journée de délai pour conclure à l’hôtel. Alors on chasse...
Dans cet hôtel aux accents Shining très prononcés, notre anti-héros, architecte, s’asphyxie à partager le lit d’une femme sans coeur, au point d’avoir une soudaine montée de testostérone salvatrice. Après l’avoir enfermée en salle de transformation, il s’enfuit. Et sort enfin de la caverne et de ses ombres projetées pour y respirer la lumière de la réalité. Fin du premier chapitre.
Las, il n’a quitté un système de pensée que pour en subir un autre, celui des résistants aux couples, les “loners”. Dans cette communauté, le couple est formellement interdit, le flirt vous coûtera un ablation des lèvres, et pour éviter tout rapprochement, on ne danse que sur de la musique électro (idée géniale). Organisés en commandos, les “loners” quittent régulièrement leur forêt pour aller détruire quelques couples. Pour cela rien de plus simple, il suffit de montrer aux personnes qu’elles ne se connaissent pas si bien, qu’elles se sont menti par le passé, ou qu’elles réagissent de façon extrêmement égoïste face au danger. Bref, que les bases de l’édifice ne sont pas solides. Laissez ensuite la relation pourrir...
Une fois les deux mondes posés (deux tiers du film tout de même), la transgression peut enfin arriver, incarnée par la gracieuse Rachel - Finally - Weisz, qui arrive donc beaucoup trop tard dans le film. Une apparition de douceur et de féminité unique, à laquelle notre architecte un peu pataud ne va pas résister (bon, il vient de se faire salement larguer par sa femme après 12 ans de mariage, on lui pardonne presque de ne plus savoir s’y prendre avec les femmes). Il se met donc en quête du défaut qui ferait d’elle la femme de sa vie, l’idée est plutôt jolie quoique le dogme, par définition, manque de charme. Le croyant triture le réel jusqu’à le faire tenir dans son système, et il finit donc par trouver en Rachel l’indice de cette loi immuable qui réunit les êtres : ils sont tous les deux myopes ; forcément, ça rapproche (gnark gnark).
C’est le plus beau passage du film. Il faut les voir, ces deux-là, inventer un monde, un langage qui n’appartient qu’à eux. Revenir à la vie. Sourire. On le sait, ce sont les private jokes qui font le sel de l’amour, les rencontres sans détours entres les inconscients ; et sous l’oeil de Moscou, on ne peut que codifier l’interdit, gesticuler en secret des déclarations cryptées. Car la chef des loners, - Léa Seydoux, parfaite - veille au grain, et, consciente du petit manège, décide de séparer les vilains lovers. Hop, plus de myopie, plus de passion. A Rachel, elle n’offre pas une chirurgie laser mais un aller simple vers l’obscurité éternelle.
Et comme dans toute tragédie grecque qui se respecte, le plus aveugle est toujours le plus lucide, Rachel perd la vue mais prend ça plutôt bien, et continue d’aimer son myope sans se faire trop de bile. L’architecte, lui, se sent un peu seul dans son imperfection visuelle mais décide de dépasser ce déséquilibre et de rester fidèle à leur amour, car autre chose les lie : le projet de fuir la forêt, et de s’établir en ville, en tant que couple amoureux.
Arrivés en bordure de la ville, ils s’installent au restaurant, l’air grave. L’architecte a pris une grande décision. Pression sociale ? Loi internalisée ? Le déséquilibre, en tous cas, ne passe plus, et notre homme se voit obligé de rétablir l’ordre du monde en rejoignant sa bien-aimée de l’autre côté du miroir. Osera, osera pas, le film s’arrête là, le couteau face à l’oeil, et la référence à Bunuel ne restera qu’imaginée comme épilogue optionnel.
C’est presque du Lars Von Trier parodié, mais aussi de l’Unheimlich poisseux tendu en miroir, comme pour nous exhorter à refuser les deux cavernes, les deux tyrannies normatives. Les positions extrêmes sont renvoyées dos à dos, dans leur absurdité et leur totalitarisme, ne formant qu’une seule et même injonction culpabilisante à choisir son camp. Finalement de Tinder au Lobster, il n’y a qu’un pas. Dans les deux cas c’est match ou crève. Yorgos-Socrate élève le débat et nous invite au Thaumazein : pour accéder à l’amour, arrêtez de vous chercher en l’autre, et laissez-vous surprendre...
Prix du Jury au dernier Festival de Cannes, ce film conceptuel, dont ni le casting ni la réalisation n’égalent le génie du scénario, jouit d’un sens de l’humour féroce et d’une liberté délirante.Et la bande originale est parfaite. Quelle meilleure occasion de s’offrir deux heures de philosophie ?
Un an plus tard... (Part 1)
L’année a été riche, longue, complexe, avec des hauts et des bas qui m’ont coupé le souffle, le sifflet, qui m’ont fait penser que je ne pouvais pas en rajouter au monde, qu’écrire, que publier était futile comme jamais. Alors j’ai travaillé, voyagé, mangé, prié, aimé, chanté, et je suis allée au ciné. Pour changer.
Parce que je n’ai pas partagé avec vous ces tickets d’or, parce que ces images m’ont portée, souvent déconnectée, parfois clouée de vérité, je vous les livre avec un peu de retard. Mais néanmoins par ordre d’apparition à l’écran. Mon dernier post date de début octobre, je crois que je suis donc en train de vous faire un best of 5775, comprenne qui pourra.
- Bande de filles Peut-on être une femme, dans l’absolu ? C’est à dire sans être la fille de, la femme de, la mère de, la putain de. En 2015. En France. Dans une cité. Et dans une culture patriarcale, dans une structure phallocentrée. Passionnante et brûlante question posée par Céline Sciamma dans ce film. Pour l’incarner, on suit Marieme, ou plutôt Vic. Ses danses, ses tentatives, ses tentations, ses tâtonnements.
J’admire le combat de cette jeune fille qui trouve un salut dans sa bande de filles (on n’écoute plus jamais Rihanna de la même façon) et qui essaie d’exister par elle-même, hors de toute convention, fût-elle féminine. Car la loi peut être dictée par la mère, par le crew, et on peut vite rentrer dans la norme en y étant invitée par le gynécée. Ce n’est pas le projet du film, qui ouvre le champ des possibles aux femmes d’aujourd’hui, quel que soit leur background. Chaque femme peut redéfinir la féminité. A coeur vaillant rien d’impossible.
Le film a gagné : rien aux Césars, et c’est franchement un scandale. Nommé à Sundance, aussi.
- Still the Water Comment vous dire à quel point c’est sublime. Nous sommes au Japon, sur l’île d’Amami. Une jeune fille, Kyoko se rapproche de son camarade, Kaito. Ils sont timides, il n’échangent que quelques mots, mais réfléchissent à la vie, à la mort, à l’amour. Et les symboles sont forts, j’ai d’ailleurs longtemps pensé à ces traversées en vélo, lorsque le jeune garçon ramène l’héroïne chez elle, la portant littéralement dans cette épreuve traitée avec délicatesse, la maladie et la mort de sa maman.
Une ode à la nature, tantôt bienveillante et tantôt dangereuse, un poème sur les cycles de la vie, que Naomi Kawase polit avec toujours une telle douceur, une telle pudeur, qu’elle nous donne un accès privilégié aux merveilles les plus fugitives. J’en suis ressortie envoûtée, enchantée. Et bien sûr avec l’envie encore plus vivace d’aller écouter les âmes de la nature et le bruissement de la vie au Japon. Le film a gagné : rien, mais nommé 9 fois à Cannes, tout de même.
- Les Nouveaux Sauvages Une collection de courts-métrages sur le thème du pétage de plombs ? Vous auriez tort de dire non. C’est tellement drôle. Ici, tout est cartoonesque. Normal, le réal vient du monde magique de la publicité. La démesure est partout : dans les images, dans les dialogues, dans les psychologies des personnages.
Tout le monde craque. Dépression, crise de nerfs, burn out, il n’y a aucune limite. Damiàn Szifron, le réalisateur, rend un bel hommage à Almodovar, producteur du film à sketchs. Résultat : les huis clos sont aussi dangereux en avion que dans les salons de mariage juifs, les personnes bornées nous poussent en absurdie du sud et réveillent / révèlent les pulsions les plus violentes, les plus jouissives, les plus libératrices. Un ovni argentin féroce et jubilatoire. Avec le grand Ricardo Darin. Le film a gagné : le Goya 2015 du meilleur film étranger en langue espagnole. - Le Sel de la Terre La rencontre au sommet de deux titans de l’image : le réalisateur allemand Wim Wenders (Paris Texas, Buena Vista Social Club...) et le photographe brésilien Sebastiaõ Salgado. J’ai envie de dire BIM. C’est donc l’histoire de ce photographe qui nous est racontée, de la naissance de sa vocation à la création de sa fondation (il a déjà replanté 2,5 millions d’arbres dans sa région au Brésil).
Une oeuvre majeure retracée en noir et blanc et en couleurs, aux quatre coins du monde. Leçon de géographie, leçon d’histoire aussi : Sebastiaõ est de tous les combats, et il a suivi les exilés du Rwanda, les affamés du Sahel, les misérables du Nordeste...entre autres. Il a capturé leur détresse sans jamais être voyeur. Il a su rester témoin. Et on le sent tellement démuni face à ce qu’il voit. Que peut-il bien faire d’autre qu’informer, immortaliser l’insensé, fixer des vertiges ? Changer la vie -éminemment rimbaldien, ce Sebastiaõ - et militer pour l’écologie, avec sa fondation Instituto Terra. Optimiste, combatif, plein d’espoir et de photos sublimes. Bref, j’aime ce film.
Le film a gagné : 2 prix à Cannes en 2015 (Un Certain Regard, et le Prix du Jury Oecuménique, mention spéciale), mais aussi le César du meilleur documentaire, et le Prix du Public à San Sebastian.
Au prochain numéro, je vous parlerai de Irvin Yalom, La Thérapie du bonheur, de Mustang, et de Vice Versa.
Vous m’aviez manqué.
Mommy, sublimation des zones de turbulences de la vie
On en avait lu et entendu, sur Mommy. La standing ovation à Cannes, le Prix du Jury, la critique (unanimement) dithyrambique... Et le voilà. Enfin à portée de carte illimitée, mais par miracle, toujours nimbé de mystère et suscitant excitation et curiosité, notamment grâce à une bande-annonce qui a fait la part belle au discours de Xavier Dolan au Festival de Cannes. Une superbe idée, qui nous laisse découvrir ce chef-d'oeuvre en paix.
10 raisons de ne surtout pas rater cette pépite.
1 / Pour prendre une vraie leçon de cinéma, où tout effet, même poussé à son maximum, fonctionne Un film au format carré (mais pas tout à fait), pour rester les yeux dans les yeux avec les personnages, tant que le décor ne vient pas apporter d'indice. Beaucoup de musique, de ralentis, de flous. De la violence, de l'ambiguïté sexuelle, de la tendresse, du presque social - mais, bel exercice, rarement du pathos. Une lumière sublime, et même des clins œil cinématographiques (coucou Maccaulay Culkin ! ) ou simplement générationnels (Eminem). Xavier Dolan ose tout. Et bizarrement, tout fonctionne. Ce n'est jamais trop, et ça ne tombe jamais à côté. A ce niveau-là de maîtrise, c'est plus que du talent. On est forcément soufflés.
2 / Pour la justesse de la bande originale, toute entière dédiée à l'adolescence
Au départ, White Flag de Dido introduit le film, et puis ça continue avec Color Blind, et après une incursion chez la "fierté nationale", Céline, et son message connu de tous ("on ne change pas", scène culte), déboule un bon vieux Oasis joliment clippé, un peu cliché, mais si efficace... Si on ajoute les motifs classiques du skate (ou du long board), du vélo, du chewing-gum, et des dangers de la masturbation en milieu hostile... On obtient une couleur "teen movie", un récit clairement ancré dans cette période charnière où les émotions sont incontrôlables et poussées à l'extrême. Et puis cette BO nous plonge dans les 90's; ça tombe bien, c'est aussi la décennie de mon adolescence. Les musiques charrient alors davantage de souvenirs...
3 / Pour rencontrer 3 personnages très bien écrits, 3 psychologies fines et complexes, 3 évolutions
C'est l'histoire de trois personnes : la mère, la voisine, et le fils.
Diane, la mère extravertie, aime que ça brille : les jeans à paillettes, le nail art, les mèches, les tatoos. Comme tous ses accessoires, le personnage est haut en couleurs. Signe particulier : la dure à cuire a utilisé son humour décapant comme meilleure arme, sa "politesse du désespoir", si désespoir il y a.
Kyla, la voisine mystérieuse, douce, fragilisée (par quoi ? seul le décor le chuchotera) mais pas victime pour autant, joue un rôle de véritable relais maternel. Par sa patience et sa bienveillance, elle fait jaillir le meilleur du duo mère-fils. Attention quand même, il ne faut pas trop la chercher. Steve, enfin, c'est le fils brisé par la disparition de son père (et du même coup, la perte de ses re-pères), qui se laisse déborder par son mal-être et a envie de tout détruire, de se détruire. Il teste sans cesse les limites de ces deux femmes. Sonder l'Oedipe au plus profond sans jamais devenir glauque, c'est cela aussi le bon goût de Dolan.
En un peu plus de deux heures, la rencontre de ces trois personnages modifie le cours de leur vie (classique) et de la nôtre (magique).
4 / Pour découvrir (ou retrouver, après Laurence Anyways) des acteurs extraordinaires
Le plus beau monologue d'Anne Dorval est joué de dos, un pari totalement réussi. Et que de travail pour Suzanne Clément qui offre un tel degré de minimalisme dans l'incarnation de son personnage, dans sa délicatesse, dans son discret bégaiement, dans le charme de ses regards timides. Deux stradivarius, pour un film majeur.
5 / Pour réfléchir à l'amour maternel, au lien indéfectible et inconditionnel
Quels que soient les épreuves et les obstacles...
6 / Pour faire une discrète incursion du côté du mariage pour tous, et des familles monoparentales
Car justement, le moment où le cadre du film s'élargit et prend tout son espace, à l'instar du sourire de Steve, est celui du bonheur de l'ado turbulent entre ces deux femmes... Un cadre enfin à sa mesure.
7 / Pour voir un film sans rôle masculin prépondérant
Un récit où les hommes ne sont là que pour donner la réplique, et laisser briller les femmes, personnages et actrices, en miroir. Où les voisins ne trouvent pas leur place, qu'ils soient mariés ou célibataires, et où aucune trace paternelle, réelle ou de transfert, ne subsiste; en dehors d'une compilation de chansons, vestige d'un road-trip familial devenu le mythe fondateur de la famille. Un film dédié aux mères, à leur courage, à leur dignité, à leur foi en la vie. Et surtout à leur indépendance.
8 / Pour rire, pleurer, souffrir, bref, sympathiser au sens premier du terme, tout en en prenant plein les yeux et plein les oreilles
Pour vivre intensément quelques heures devant un film qui a une âme, en plus de porter une véritable vision. C'est si rare... Pour Truffaut, "le cinéma, c'est mieux que la vie". Pour Dolan, le cinéma, c'est la vie amplifiée, en plus fulgurant, en plus puissant, et en continu. Autant dire qu'après 2 heures et 18 minutes de film, on en veut encore...
9 / Pour la richesse de la langue
"Hostie", "Calice", "c'est correct", on connaissait. "l'affaire est ketchup", "ça va être kosher", voire même la conjugaison interrogative (en fait on ne dit pas seulement "tu penses-tu ? " mais aussi "il pense-tu"), et la conjugaison des insultes ("je m'en calice"), tout ça est plus nouveau, plus compliqué - non, je ne suis pas encore au point en québécois. D'où les sous-titres. Evidemment, cela participe du charme du film, qui n'aurait pas la même saveur sans l'accent chantant et les expressions fleuries. Authentique !
10 / Pour connaître le cinéma de Xavier Dolan avant qu'il ne gagne la Palme d'Or
Certes, obtenir le Prix du Jury à 25 ans, c'est déjà un bel exploit. Mais le Canadien a de l'ambition. Autant le rencontrer pendant qu'il est à l'image de ses personnages : généreux, enragé, électrique, encore au sommet de son espoir.
Thirsty
Her : l'ultra moderne solitude
Il FAUT avoir vu Her.
Pas parce que c'est un film de Spike Jonze, le brillant réalisateur de Dans la peau de John Malkovich, l'ex de Sofia Coppola et de Michelle Williams (oui, cet homme a décidément bon goût). Pas parce que Scarlett Johansson peut incarner le glamour ne serait-ce que par sa voix.
Pas parce que Joaquin Phoenix est troublant de tendresse, de fragilité même, tant les cicatrices dues à son divorce sont encore douloureuses.
Il faut avoir vu HER pour se laisser surprendre par cette histoire d'amour entre un homme et son système d'exploitation ; pour se laisser embarquer dans ce futurisme si proche de nous, si doux-amer, si palpable.
A fleur de peau dans cette jolie berceuse d'amoureux...
Her a reçu l'Oscar et le Golden Globe du meilleur scénario. Justifié.
Los Angeles, quelques années après nous... Theodore écrit des lettres manuscrites pour ses clients : vœux d'anniversaire, de félicitations, de soutien. Il rétablit le lien, le langage, et surtout l'écrit, le faux manuscrit, entre les personnes. Son bureau, son appartement sont de grands espaces, magnifiques et clairs, aux airs faussement nordiques et aux accents 70's.
Des espaces que seuls ses souvenirs et ses jeux habitent : sa grande histoire d'amour vient de se terminer, et rien ne le sauve mieux que le virtuel, l'immersif.
C'est là qu'il se décide à chercher un peu de compagnie. Ce sera celle de Samantha, un OS à l'intelligence artificielle pointue qui va vite prendre le rôle de joyeux coach dans sa vie : effacer les vieilles photos et les mails inutiles, le forcer à profiter de ces espaces hors buildings (fêtes foraines, plages), et tenter de rencontrer quelqu'un...
Evidemment, la réalité est bien plus complexe, tant une femme est moins intuitive et plus exigeante qu'un système informatique. La femme que Theodore date ce soir-là est sublime, mais tendue. Alors que tout le film berce Theodore au rythme de son désespoir, l'histoire s'accélère tout à coup : la conversation, les baisers réels, les attentes, les peurs, et les blessures de chacun... Alors que tout n'était que solitude et grands espaces, Moi et expansion du Moi, l'atmosphère se modifie à grande vitesse : l'espace se rétrécit dans ce restaurant aux formes organiques, l'espace se réduit encore entre les deux étrangers, et l'on peut sentir l'étouffement de Theodore. La panique dans les plans rapprochés.
Je regrette que ce personnage tende vers la caricature de la castration.
Mais peut-être que dans le futur de Spike Jonze, les femmes sont aussi directes, aussi contractuelles. Peut-être que cette vision ne fait que prendre le parti de la peur du réel. La peur de l'autre. Le choix de ne plus prendre le risque de l'amour, le risque de souffrir. L'ultra moderne renoncement aux déceptions.
Finalement plus personne ne se rencontre, dans HER. A chacun son OS, à chacun son histoire narcissique. Peu importe que l'Autre soit virtuel, sans fond, sans passé, il ME connaît si bien, il ME fait rire (peut-on programmer un système pour être drôle et avoir de la répartie ? Selon Spike Jonze, oui), il est disponible pour MOI.
Jusqu'à ce que... L'impossible arrive : si artificielle qu'elle soit, l'intelligence construite de toutes pièces éprouverait des sentiments, des envies, des désirs propres. Qui l'éloigne de l'utopie, de l'idéal (pour l'humain). De l'asservissement (pour elle). Alors, qu'y a-t-il de pire ? Rupture réelle ou virtuelle ?
Le souvenir visuel de Rooney Mara ou le souvenir sonore de Scarlett Johansson ?
// <![CDATA[ (function(i,s,o,g,r,a,m){i['GoogleAnalyticsObject']=r;i[r]=i[r]||function(){ (i[r].q=i[r].q||[]).push(arguments)},i[r].l=1*new Date();a=s.createElement(o), m=s.getElementsByTagName(o)[0];a.async=1;a.src=g;m.parentNode.insertBefore(a,m) })(window,document,'script','//www.google-analytics.com/analytics.js','ga'); ga('create', 'UA-23539901-1', 'tumblr.com'); ga('send', 'pageview'); // ]]>
Bienvenue au Grand Budapest Hotel
L'histoire se passe à Zubrowska. Et ça vous donne déjà un petit goût de ce qui peut y arriver...
Cette maison de poupées, c'est un palace thermal de la vieille Europe de l'Est, entre les deux guerres. Et c'est son client Jude Law qui, au fil de sa discussion avec le patron de l'hôtel, nous guide à travers l'histoire de ce monument imaginaire.
Un bâtiment haut en couleurs, peint avec une esthétique léchée tant dans les décors que dans les personnages. Du travail d'artiste. Un conte superbement colorié. Bref, du CINEMA. Dans ce qu'il a de meilleur. A la fois visuellement et textuellement.
La photographie, qui tient à la fois du dessin, de la peinture, et du monde des idées (un film "empirique", jolie expérience du maître Anderson), touche au sublime. Et l'on embarque avec une certaine ivresse dans le monde merveilleux de Zubrowka, emmenés par Monsieur Gustave (Ralph Fiennes), le directeur de l'hôtel, et Zéro, l'apprenti Groom (Tony Revolori).
Un duo burlesque qui fonctionne à merveille, de l'entretien de motivation à l'adoption du jeune apatride par la grande famille du Grand Hotel.
Une relation qui résiste à toutes les épreuves : la prison, les extrêmismes politiques (une satire drôlatique du nazisme)...
Face aux forces vives de l'amitié, de l'amour, de la gourmandise, même, (voir les pièces montées de la pâtisserie Mendl's), tentent de se dresser de ridicules forces obscures, incarnées à merveille par un Adrian Brody, possédé par sa cupidité.
Un casting au top pour un scénario plein de charmes, et surtout bourré d'humour...
Vous, je ne sais pas, mais moi, je suis prête à aller chercher cet hôtel, ancien grand magasin à la frontière de l'Allemagne, de la Pologne et de la République Tchèque... Et, plus simplement, à repartir à Zubrowka dès ce week-end, avec ma carte illimitée !
Le film a reçu l'Ours d'Argent à la Berlinale 2014, et ce n'est que le début de l'aventure...
D'autres images qui ne m'ont pas quittée depuis la projection.
Enjoy
// <![CDATA[ (function(i,s,o,g,r,a,m){i['GoogleAnalyticsObject']=r;i[r]=i[r]||function(){ (i[r].q=i[r].q||[]).push(arguments)},i[r].l=1*new Date();a=s.createElement(o), m=s.getElementsByTagName(o)[0];a.async=1;a.src=g;m.parentNode.insertBefore(a,m) })(window,document,'script','//www.google-analytics.com/analytics.js','ga'); ga('create', 'UA-23539901-1', 'tumblr.com'); ga('send', 'pageview'); // ]]>
La grande Roma
Golden Globe du meilleur film étranger, nommé aux Césars et aux Oscars... Si vous n'avez pas encore rencontré Jep, il n'est pas trop tard.
Jep Gambardella recherche "la grande bellezza". Il promène son élégance nonchalante et désabusée dans les ruelles de Rome, sa vieille maîtresse, sa compagne. Il est blasé, même de son appartement avec vue imprenable sur le Colisée. Il vit la nuit, en solitaire, s'anime au gré des rencontres nyctalopes et des fêtes comme seule Rome sait les faire.
Ce Mastroianni des temps modernes s'offre une dolce vita douce amère, celle d'un auteur qui a perdu l'inspiration, qui a perdu l'amour, et qui ne fait que profiter des petits plaisirs de la vie : interviewer une artiste contemporaine en la poussant dans ses retranchements (jubilatoire), partager un minestrone d'anthologie avec sa rédactrice en chef et amie, s'offrir une fête d'anniversaire ridiculeusement ostentatoire - offrant au passage une galerie de portraits qui rendent un hommage sans détour au grand Fellini - mais aussi dire ses quatre vérités à une amie embourgeoisée, poser des questions pièges à des cardinaux préférant parler cuisine que religion (hilarant)...
A Rome les apparences sont trompeuses, et Jep n'a plus l'âge de se laisser duper.
C'est parfois ce qui permet la surprise de l'amour, le beau, le grand, le merveilleux qui surgit sans prévenir, naissant dans un club de strip tease, s’enivrant de palais romains visités à la bougie, et poétisant les petits matins qui transforment le plafond en promesse de voyage au grand large.
C'est un clin d'oeil très appuyé à l'âge d'or de Cinecitta que ce voyage initiatique et immobile dans la plus belle ville du monde. Sorrentino y offre une critique amoureuse et mélancolique de l'italie moderne, de sa jeunesse creuse ou malade de sa lucidité, de son esthétique démesurée (qui permet les scènes les plus surréalistes), de sa décadence mercantile...
Toni Servillo y est génial en guide du romain mondain qui se mêle à la foule mais survole les vanités de son cynisme cinglant.
Un vrai dandy à l'italienne, une leçon de sprezzatura : plus qu'une apparente élégance, tout un état d'esprit.
Un sale gosse qu'on suivrait bien quelques heures de plus...
// <![CDATA[ (function(i,s,o,g,r,a,m){i['GoogleAnalyticsObject']=r;i[r]=i[r]||function(){ (i[r].q=i[r].q||[]).push(arguments)},i[r].l=1*new Date();a=s.createElement(o), m=s.getElementsByTagName(o)[0];a.async=1;a.src=g;m.parentNode.insertBefore(a,m) })(window,document,'script','//www.google-analytics.com/analytics.js','ga'); ga('create', 'UA-23539901-1', 'tumblr.com'); ga('send', 'pageview'); // ]]>
La réhabilitation de la connasse
Qu'elle prenne un n ou deux, la connasse, n'en déplaise à Larousse, n'est pas seulement "stupide, idiote". Sinon, c'est juste une conne. Non, la connasse, ce n'est pas seulement ça. La connasse a ce quelque chose en plus, ce supplément insupportable : elle n'a pas son ego dans sa poche.
Ce qui lui permet de penser à voix haute ; et d'ainsi éviter remise en question, doute, ressassement, adéquation aux règles de la bienséance, ulcère.
En terrasse, elle demande aux gens de parler moins fort, refuse de régler le serveur qui "termine son service" (c'est vrai que ce n'est pas notre problème), et, surtout, face à une chaise apparemment vide qu'une voisine de table souhaiterait lui emprunter, répond tout de go : "non, cette chaise n'est pas libre : c'est celle de mon sac."
Cette connasse-là a du génie. Elle a l'audace sans l'agressivité. Elle a la fausse naïveté machiavélique, et la désinvolture qui laisse pantois.
Une leçon de vie incarnée par Camille Cottin sur Canal+, dans le before du Grand Journal.
Précision à toutes fins utiles : "L’homme est une connasse comme les autres. Malgré son absence de sac à main." C'est Camille qui le dit dans le magazine Elle.
Veuillez installer Flash Player pour lire la vidéo
Connasse du 14/10 - La terrasse
Et tout ça donne envie. Laisser parler la connasse qui est en nous, résolution de la rentrée ?
Pas facile. Car si la connasse c'est moi, je est un autre. Une autre, même : cette femme parfaite qu'on ne sera jamais. Et dont on veut s'éloigner au plus vite.
C'est la vision, moins cynique, des soeurs Girard, qui nous souhaitent un lâcher prise moderne et léger. Car selon elles, le surmoi est une grosse connasse.
Pour la tuer une bonne fois pour toutes, et devenir "normale" (quelle horreur...) il suffit de suivre les conseils pratiques de ce guide vendu à plus de 200 000 exemplaires - tout de même.
La connasse, c'est cette fille qui tient sur des hauts talons toute la soirée, qui commande sa salade avec la sauce à part, et dont le vernis est toujours impeccable.
La fille normale, elle, n'a jamais compris l'expression "lundi en 8", ne sait pas appliquer un autobronzant, est adepte de la théorie du "foutu pour foutu" (exemple : je suis déjà à découvert, foutu pour foutu, j'irai faire un tour à cette vente presse), et surtout, la fille normale a fait texto deuxième langue : "Bises = Je veux mettre de la distance", "Bisous = un rapprochement est possible", "Big bisous = Je suis Carlos".
Une succession d'articles carriebradshawisant, dont le titre, au final, est l'élément le plus audacieux...
Et parce que la Sainte Patronne des Connasses est une femme qu'on n'oublie pas, un reminder incomparable :
La vie d'Adèle : les maux bleus (qu'on dit avec les yeux)
Forcément, depuis Cannes, on l'attend, cette vie d'Adèle.
Mon verdict : pas un chef d'oeuvre (trois heures, quelle prétention !), mais quelques moments de grâce, ça oui, indiscutablement.
Comme dans la BD qui a inspiré Kechiche, ici, le fil rouge, c'est le bleu. De l'apparition du désir (les cheveux d'Emma) au dernier face à face (la robe d'Adèle). Un joli travail à l'image pour rendre hommage à cette passion monochrome, cette "couleur chaude" consommée trop vite, trop goulûment, puis sublimée en oeuvre d'art, accrochée aux murs d'une galerie.
Le deuxième fil conducteur - très loin de l'histoire originale de Julie Maroh - c'est la bouche d'Adèle, qui revient sans cesse à l'écran. En gros plan. Celle d'une femme qui dévore la vie, à pleines dents, sans manières. Les spaghettis comme les huîtres. Les hommes comme les femmes. Qui tente de remplir un grand vide. Le vide d'Adèle.
Pas étonnant que les deux actrices aient reçu la Palme d'Or ! Adèle Exarchopoulos donne tout, la gouaille et l'oeil malicieux, et Léa Seydoux compose avec une force tranquille une Emma mystérieuse. Les filles se donnent entièrement à la caméra, avec une générosité admirable. On ne peut que saluer leur performance commune. Pourtant c'est long, très long... trop long ? Surtout les scènes de sexe, entre documentaire sur la sexualité lesbienne et voyeurisme hétéro. C'est certes esthétique, mais gênant, et pas indispensable.
Dérangeante aussi cette thèse finale d'endogamie : les artistes avec les artistes (enfin, ceux qui débattent sur des thèmes comme "Klimt est-il un artiste fleuri", ou qui lisent "L'existentialisme est un humanisme". Hum.). Les autres, les prolos, sont voués à l'hétérosexualité, à la carrière de prof, et aux spaghetti bolognaises.
Ce que je retiens de la vie d'Adèle ?
- Une nostalgie de ces années lycée, passées à se nourrir de rencontres amoureuses et de textes littéraires de haut niveau (Marivaux, Sartre)
- La fragilité et le trouble provoqués par un désir naissant, filmé à merveille
- Une forte envie d'offrir un mouchoir à Adèle, et un anti-cernes à Léa
- Une irrépressible envie de chanter "Just de two of us". La faute à sexy Siksou.
- Surtout, quelque chose de mitigé par rapport à la BD originale. Certes trop courte, nécessitant un SR de toute urgence (je ne vois pas pourquoi dans une BD on serait "paummée"), l'histoire d'Emma et Clémentine version papier est une véritable histoire d'amour, tourmentée, lente. Dans laquelle les deux jeunes femmes prennent le temps de se connaître, de se faire une place (que devient Sabine, la copine d'Emma, chez Kechiche ?). Dans laquelle le sexe est bien plus sérieux, donc bien plus problématique (contrairement à Adèle, Clémentine ne couche pas avec un garçon avant de rencontrer Emma , car elle n'y arrive même pas). Bizarrement, en trois heures, le film ne rend pas compte de la force de la relation, des doutes d'Adèle/Clémentine sur sa sexualité, de la peur d'Emma de se faire larguer par une jeune fille qui n'est pas sûre de préférer les femmes...
Tout ça, Kechiche a préféré couper.
Pour quoi ? Le positif : pour nous situer Adèle, sa vie, sa famille, ses études. Le négatif : pour nous présenter une Adèle nympho, et faire de cette histoire d'amour un ramassis de clichés. Pour présenter une initiation aux huîtres aussi grossière que le gros plan sur le bouton de rose, des dialogues pseudo culturels insipides, et une Emma très dure (elle s'exprime beaucoup moins que dans la BD), qui doute de la relation bien avant la trahison : elle ne conçoit pas qu'on puisse vivre sans créer. Par cette scène, Kechiche pose la vraie rupture. Forcément irrémédiable. Et fait de la vie d'Adèle une tragédie grecque scolaire plutôt q'une passion solaire. L'endogamie triompherait donc sur l'amour. Le social sur l'universel. Bof.
// <![CDATA[ (function(i,s,o,g,r,a,m){i['GoogleAnalyticsObject']=r;i[r]=i[r]||function(){ (i[r].q=i[r].q||[]).push(arguments)},i[r].l=1*new Date();a=s.createElement(o), m=s.getElementsByTagName(o)[0];a.async=1;a.src=g;m.parentNode.insertBefore(a,m) })(window,document,'script','//www.google-analytics.com/analytics.js','ga'); ga('create', 'UA-23539901-1', 'tumblr.com'); ga('send', 'pageview'); // ]]>
Blondes sur la ville
A l'écran en ce moment : 2 blondes sous verre, avec vue sur les buildings.
Chevelure de feu, glamour hollywoodien, robe longue, baies vitrées : Hugo Boss et Gucci partagent une même vision de la belle de nuit, ambitieuse et incandescente.
Blake, volume capillaire mythique et robe en lamé très Marilyn, nous joue la jeune première au balcon, un dernier regard posé sur la ville avant d'y fouler le tapis rouge.
Gwyneth, impeccable comme toujours, ose l'excentricité de l'asymétrique devant la ville illuminée. Un glamour plus wasp pour la quadra.
Reste à savoir si les deux fragrances sont aussi racées que leurs ambassadrices...
Et pour en prendre plein les yeux, ne manquez pas le petit tour d'ascenseur sur les collines de Los Angeles avec la flamboyante Miss Lively ...
(Réalisation Nicolas Winding Refn)
// <![CDATA[ (function(i,s,o,g,r,a,m){i['GoogleAnalyticsObject']=r;i[r]=i[r]||function(){ (i[r].q=i[r].q||[]).push(arguments)},i[r].l=1*new Date();a=s.createElement(o), m=s.getElementsByTagName(o)[0];a.async=1;a.src=g;m.parentNode.insertBefore(a,m) })(window,document,'script','//www.google-analytics.com/analytics.js','ga'); ga('create', 'UA-23539901-1', 'tumblr.com'); ga('send', 'pageview'); // ]]>
Les couleurs de Marrakech...
Les boutiques regorgent de trésors : musc, cannelle, ambre, eau de rose, huile d'argan, fleur d'oranger... et pigments naturels pour colorer les lèvres et les paupières des femmes berbères !
Côté mode, on craque pour un panier brodé ou pailleté, et des babouches pop aux couleurs lumineuses.
Du bleu mais pas que : on en prend plein les yeux aux jardins de Majorelle ou en découvrant les mosaïques multicolores de la Mamounia et du Mellah, le quartier juif historique de la ville. Une envie de sucré ? Dattes, figues, pistaches, miel... Impossible de résister devant les minutieuses pâtisseries marocaines, délices de produits de saison !
// <![CDATA[ (function(i,s,o,g,r,a,m){i['GoogleAnalyticsObject']=r;i[r]=i[r]||function(){ (i[r].q=i[r].q||[]).push(arguments)},i[r].l=1*new Date();a=s.createElement(o), m=s.getElementsByTagName(o)[0];a.async=1;a.src=g;m.parentNode.insertBefore(a,m) })(window,document,'script','//www.google-analytics.com/analytics.js','ga'); ga('create', 'UA-23539901-1', 'tumblr.com'); ga('send', 'pageview'); // ]]>
L’Écume des jours : Gondry face à l'insolence du roman
Parce que je suis très attachée au roman de Boris Vian qui cristallise presqu'à lui seul mes premiers émerveillements littéraires, j'ai accepté le challenge de Michel Gondry. A l'occasion de la sortie de son adaptation de L’Écume des jours, j'ai relu le texte, stylo au point, comme une khâgneuse forcenée. Et j'ai dégainé ma carte illimitée.
Fan d'Eternal Sunshine, de Be Kind Rewind, et même de l'expérimentale Science des Rêves, j'avais hâte de découvrir comment Gondry allait aborder la richesse d'un texte surréaliste, souvent potache, composite mais digeste. Qu'allait-il faire de l'innocence, du romantisme des héros, du symbole du nénuphar, de la réflexion sur l'argent, le travail... ?
Déception : Gondry fait du Gondry. A sa décharge, c'est une commande (ça se sent).
Il prend le prétexte du texte pour se livrer à son jeu favori, les collages, les machines bizarroïdes, tout l'univers et le rythme des clips des 90's. Mais les mots résistent, et le pianocktail de Colin perd de sa magie en apparaissant à l'écran, comme un produit fini.
Et lorsque Gondry prend des libertés avec le roman, cela n'a plus rien d'une licence poétique. Tout tombe à l'eau. Tristesse.
Le Minitel, déroutant...
La course au mariage, inexistante dans le roman
Je suis déçue mais ravie, car ici c'est le triomphe de la littérature sur le cinéma. La modernité d'un roman écrit en 1946 écrasant un film de 2013 désuet et sans charme.
Néanmoins, je garde pour Monsieur Michel une certaine tendresse : accepter de s'attaquer à un monument littéraire ancré dans le St Germain jazzy de Jean-Sol Partre, en essayant de rester fidèle à son texte, à son esprit, c'est touchant. D'ailleurs, la chorégraphie des dactylos en incipit et en rappel régulier dans le film, c'est Gondry respectant l'original, nous prévenant qu'il va faire de son mieux, en toute humilité...
Et parce que définitivement, je préfère le livre (et particulièrement l'édition de 1963 appartenant à ma maman), voici mes pépites Vianesques.
L'Ecume des Jours, c'est ça ! Quand le cinéma ne peut rien contre la force visuelle des mots :
"Il y a seulement deux choses : c'est l'amour, de toutes les façons, avec des jolies filles, et la musique de la Nouvelle-Orléans ou de Duke Ellington. Le reste devrait disparaître, car le reste est laid."
"Ma soeur a mal tourné, Monsieur, dit Nicolas. Elle a fait des études de Philosophie. Ce ne sont pas des choses dont on aime se vanter dans une famille fière de ses traditions."
"La porte claqua derrière lui avec le bruit d'une main nue sur une fesse nue... Ça le fit tressaillir..."
"Chloé avait les lèvres rouges, les cheveux bruns, l'air heureux et sa robe n'y était pour rien."
"Ils marchaient, suivant le premier trottoir venu. Un petit nuage rose descendait de l'air et s'approchait d'eux.(...) Et le nuage les enveloppa. A l'intérieur, il faisait chaud et ça sentait le sucre et la cannelle."
"Je compte demander à Alise et Isis d'être les demoiselles d'honneur, dit Colin, et aux frères Desmaret d'être les pédérastes d'honneur."
"Et Colin courait, courait, l'angle aigu de l'horizon, serré entre les maisons, se précipitait vers lui. Sous ses pas, il faisait nuit."
"Le plus clair de mon temps, dit Colin, je le passe à l'obscurcir."
"J'ai besoin d'argent, dit Colin. - Cela est fréquent, dit l'homme, mais le travail vous rend philosophe. Au bout de trois mois vous en aurez moins besoin."
Le Merveilleux, l'humour, la poésie, passés à la moulinette de Gondry, ont fané comme les fleurs au contact de Chloé. Consolons-nous : c'est le moment de revenir à l'imagination verbale foisonnante d'un grand classique... et de rêver à des scénarios originaux !
// <![CDATA[ (function(i,s,o,g,r,a,m){i['GoogleAnalyticsObject']=r;i[r]=i[r]||function(){ (i[r].q=i[r].q||[]).push(arguments)},i[r].l=1*new Date();a=s.createElement(o), m=s.getElementsByTagName(o)[0];a.async=1;a.src=g;m.parentNode.insertBefore(a,m) })(window,document,'script','//www.google-analytics.com/analytics.js','ga'); ga('create', 'UA-23539901-1', 'tumblr.com'); ga('send', 'pageview'); // ]]>
Rebel ;)
// <![CDATA[ (function(i,s,o,g,r,a,m){i['GoogleAnalyticsObject']=r;i[r]=i[r]||function(){ (i[r].q=i[r].q||[]).push(arguments)},i[r].l=1*new Date();a=s.createElement(o), m=s.getElementsByTagName(o)[0];a.async=1;a.src=g;m.parentNode.insertBefore(a,m) })(window,document,'script','//www.google-analytics.com/analytics.js','ga'); ga('create', 'UA-23539901-1', 'tumblr.com'); ga('send', 'pageview'); // ]]>