Je suis sans mots. Visiblement pour Emma “Un certain regard” c’est ne voir que certains problèmes et nier des réalités.

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Je suis sans mots. Visiblement pour Emma “Un certain regard” c’est ne voir que certains problèmes et nier des réalités.
La collection inspirée de ROKHAYA DIALLO Découvrez ces prochains jours notre sériée de produits dédiée à Rokhaya Diallo, journaliste, écrivain, activiste/militante, fan de mangas. STRONGER TOGETHER : Notre talentueuse illustratrice Cessdy revient avec une nouvelle version du concept Stronger Together. Les bénéfices réc
Un grand merci à Rokhaya Diallo, aux modèles et à l’illustration Cessdy pour cette merveilleuse collection de tote bags et Tshirts dont une partie des fonds nous est reversée : Nous sommes très reconnaissantes !!
Angry is the new Black (2/2)
“On se calme pourquoi ?”
Les afro-féministes du collectif Mwasi s’étaient donné rendez-vous à 13h30 au 4 place de la Nation à Paris. Le cortège se mettrait en branle dès 14h et, pour ne pas le louper, je devais partir de la maison à midi. J’ai plié ma pancarte en deux pour la ranger dans mon sac à dos en tissu ouest-africain orange. Avec mes vêtements noirs et ce sac à dos, je respectais le dresscode de Mwasi. Tonton passait la serpillère au salon, unique tâche ménagère à laquelle il s’adonne pour les grandes occasions. Tata et lui recevaient de la famille ce dimanche midi et voilà deux jours qu’elle était aux fourneaux. Tonton m’a vue me dépêcher :
– Tu pars où ?
– La Marche des fiertés, ai-je répondu dans ma précipitation.
– La quoi ?
Je n’étais pas bien sûre de ce que je venais de dire : avais-je dit « fierté » ou « dignité » ?
– Je vais à la Marche pour la dignité ! La manif contre le racisme systémique… les violences policières… Adama, Théo…
Tonton a secoué la tête, comme pour dire : « T’as vraiment rien d’autre à faire de ta vie ? » Je lui ai demandé :
– Tu as vu le film The Butler ? Le Majordome !
– Hein ? Non…
– Tu sais, le film sur un esclave affranchi qui devient le premier majordome Noir à la Maison Blanche !
– Ah oui !
– Dans ce film, son fils avait rejoint le mouvement des Black Panthers. Il s’habillait en noir, il allait manifester pour les Civil Rights auprès de Martin Luther King, et il se faisait arrêter, tabasser, emprisonner… Et ses parents lui disaient : « Mais tu es fou ? Mais arrêtez ! Et arrêtez de vous plaindre ! Arrêtez de faire du désordre ! L’esclavage est aboli, vous n’avez même pas connu ça ! Nous sommes enfin libres ! Montrons-leur qu’on le mérite ! » Les parents qui ont connu pire se disent que ça y est… ils sont arrivés… qu’il n’y a plus d’injustice à rectifier. Mais heureusement, les jeunes sont têtus, ils ont un idéal qu’ils savent atteignable, et ils vont manifester pour l’atteindre. Je serai rentrée vers 19h30.
Mon petit discours m’avait mise en retard, et pour ne pas rater le RER de 12h15, je devais courir comme s’il en allait de ma vie.
J’ai pris place, hors d’haleine, à l’étage supérieur du RER de 12h15. J’ai retiré mon sac à dos et deux couches de vêtements noirs. À travers le col entrouvert de mon sac, je voyais un bout de ma pancarte. Elle était mon secret et j’étais fière de l’avoir. Je la voyais comme une arme que je pouvais dégainer à tout moment et qui ne laisserait personne indifférent. Sa présence me donnait un sentiment de puissance mais aussi de danger, comme un revolver au fond de ma poche, un stimulateur clitoridien au fond du tiroir.
En gare de Juvisy, mon wagon fut soudain noir de monde. Il s’est rempli d’Afro-descendants qui se ruaient vers les dernières places assises ou s’agglutinaient devant les portes. Une échauffourée qui avait sans doute éclaté sur le quai, a poursuivi son cours dans l’entassement des passagers devant les portes du RER. Un homme Noir, dont je n’ai pu situer l’accent, rugissait devant une Camerounaise qui ne se laissait pas faire. L’homme aurait mis des claques à un enfant devant tout le monde, et ça mettait la Camerounaise hors d’elle :
– Non, vous ne frappez pas votre enfant comme ça, en public, je suis désolée ! Vous n’humiliez pas votre enfant en public, je suis désolée ! Vous attendez d’être à la maison pour régler vos comptes, si vous voulez ! Mais vous ne pouvez pas me demander de ne rien dire quand je vois un enfant se faire frapper en public, même si c’est par son père.
– Madame, fermez votre bouche, vous n’avez aucune autorité ! La manière dont j’éduque mon enfant ne vous a jamais regardée. Savez-vous seulement qui je suis ? On m’appelle Carter, je viens du Wisconsin, madame !
L’homme semblait un peu ivre. Je me suis retournée pour les voir. La Camerounaise se décapait la peau et portait une casquette Burberry ; Carter, plus jeune qu’elle, ressemblait à Lil Wayne, mais sans les locks. Ses dents n’étaient pas en or, juste jaunes. L’altercation verbale était violente dans son ton, mais dépourvue des injures qui auraient sans doute fusé si les deux protagonistes avaient grandi en France. Je trouvais cette dispute entre Africains très noble. Néanmoins, j’étais irritée par les propos de l’homme qui haussait la voix sur la femme pour lui demander de se calmer, alors que lui ne le faisait pas. Pourquoi était-ce à elle de baisser d’un ton quand il était le premier à tempêter ? Elle lui répondait :
– Non, je ne me tais pas, je sais très bien ce que je dis.
Et il essayait de la faire passer pour une folle. Moi, voyant, le train bondé d’autant de Noir∙e∙s (il y avait à tout casser trois blancs à l’étage de mon wagon), j’étais fortement tentée de me lever pour faire un discours mobilisateur et convier ce beau monde à me suivre à la Marche pour la Dignité. Mais l’homme s’en prenait violemment à la femme, et je m’en voulais de ne rien pouvoir faire. Une quadragénaire Noire, en tailleur noir, assise non loin de moi, a gueulé :
– Oh, ça suffit là ! Vous allez vous calmer, oui ? On aimerait voyager en silence !
Et la Camerounaise de rétorquer :
– On se calme pourquoi ? C’est le train de ton père ?
Et tout le wagon s’est mis à rire, y compris Carter, et la dispute a continué, cette fois de façon plus plaisante.
Je m’étais attendue à ce que la femme en tailleur prenne la défense de la Camerounaise, et que dans un élan de solidarité afro-féminine, nous fassions taire Mr. Carter. En fait, non, elle s’est retournée vers le blanc le plus proche pour présenter ses excuses au nom du continent africain :
– Ils véhiculent une mauvaise image de l’Afrique. Excusez-les, nous ne sommes pas tous comme ça !
Ce n’était pas le train de son père, c’était le train des trois Blancs présents là, qui avaient vraisemblablement plus de légitimité que nous autres négroïdes pour s’asseoir sur ces sièges. C’était la quiétude de ces blancs que nous, représentés par la Camerounaise et par Carter du Wisconsin, interrompions. Nous nous devions d’être sages dans ces trains de France dans lesquels on avait bien voulu nous laisser monter. Comment reconnait-on deux Français blancs dans le métro de New-York ou de Tokyo ? Ce sont ceux qu’on entend gueuler en français comme s’ils étaient dans leur salon. Et personne ne dira : « Ils ternissent l’image des Européens… Excusez-les, nous ne sommes pas tous comme ça ! » Et puis, je ne voyais pas ce que cette dispute dans mon RER avait de particulièrement africaine pour qu’elle véhicule une mauvaise image de l’Afrique. Il n’y avait aucune vulgarité, personne ne crachait « nique ta mère et ta grand-mère si elle est toujours en vie », c’était un point de gagné pour tout le continent ! Une femme qui prend la défense d’une personne agressée physiquement par son père, ça n’a rien de honteux : un autre point pour le continent ! Mais au lieu d’être fier∙e∙s de ces démonstrations de respect et d’humanité, nous (en la personne de la dame en tailleur) nous confondions en excuses devant les trois blancs qui ne nous calculaient même pas.
Avec le temps, la dispute devenait divertissante, la Camerounaise et Carter semblaient eux-mêmes s’en amuser. L’intervention de la femme en tailleur les avait bel et bien rapprochés. Le RER est arrivé à Bibliothèque François Mitterrand, je descendais là, presque tout le monde descendait là. J’ai perdu la Camerounaise de vue, j’aurais aimé lui dire merci.
J’ai pris le métro pour me rapprocher de la station Nation, qui était « fermée en raison d’une manifestation sur la voie publique ». Je posais la main sur mon sac à dos en bandoulière devant moi, pour sentir la forme de ma pancarte. Je n’en pouvais plus de la cacher, je l’ai sortie et tenue en main. À Nation, j’ai tout de suite cherché une boulangerie où m’acheter un sandwich et prendre des forces pour la Marche. J’en ai trouvé une, un couple de quinquagénaires blancs me précédait dans la file d’attente. L’homme ressemblait à Renaud, la femme à Martine Aubry, et ils prenaient un temps fou à se décider :
– J’vous prendrai… un sandwich thon-crudités… mais avec du fromage à la place du thon. Vous avez quoi comme fromage ?
– Et moi, je veux un dessert. Tu prends un menu, toi ? Moi, ça dépend de la taille du sandwich. Hein ? Je veux un dessert léger, moi. Léger, mais gros.
– Madame, excusez-nous, on prend un peu de temps, a dit l’homme souriant, en se retournant vers moi.
J’ai répondu :
– Non, ça va !
Ça n’allait pas du tout, j’allais rater le départ du cortège. L’homme a vu que je tenais une pancarte. Moi, j’ai vu le pin’s anarchiste sur son vieux blouson jeans, un signe d’appartenance religieuse, politique ou philosophique qui ne lui causait, à mon avis, aucun trouble au quotidien.
– Vous manifestez dans quel cortège ? m’a-t-il demandé.
– Mwasi ! Un collectif afro-féministe.
Il a paru un peu embêté :
– Afro-féministe… Vous savez… C’est pas méchant ce que je dis, mais…
Oh, oh…
– C’est pas toujours bien d’être communautariste comme cela…
J’ai répondu :
– Mais les blancs, ici, se réunissent entre eux tout le temps et personne ne leur reproche d’être communautaristes.
Il a sursauté, son trouble était palpable. J’avais dit « blancs », le nouveau N-Word ! J’ai essayé de me rattraper :
– C’est pas parce qu’il y a des divisions qu’on crée des groupes… Non. Si. Non. C’est parce qu’il y a des groupes qu’on crée… Attends. C’est pas parce qu’il… Tsiup.
Renaud et Martine Aubry me regardaient en clignant des yeux.
JOUR 103 - Le féminisme en sept slogans et citations, Anne-Charlotte Husson et Tomas Mathieu
D’Olympe de Gouges à Adrienne Rich en passant par Simone de Beauvoir, Bell Hooks, Gisèle Halimi, Gayle Robin, Chimamanda Ngozi Adichie, Benoîte Groult, Judith Butler, Monique Wittig… Du constructivisme à l’intersectionnalité en passant par le Black Feminism ; si les noms de ces théoriciennes et militantes majeures du féminisme, ou encore ces concepts ne vous évoquent rien qu’une vision floue, démarrez par ce livre ! Vous trouverez ici des premières pistes de réponse claires présentées d’une manière ludique, et des indications bibliographiques qui permettront d’aller plus loin.
Ouvrage pédagogique bref, dense et bien fait pour remettre en place les grandes lignes de l’histoire du - ou plutôt des féminismes - au travers de “sept slogans et citations” tels que “Le privé est politique” ; “On ne naît pas femme, on le devient” ; “White woman listen!” ou encore “Nos désirs font désordre”.
En entremêlant événements, citations d’ouvrages influents et concepts théoriques, il dresse une chronologie et un tableau clairs des enjeux des féminismes dans l’Histoire et aujourd’hui. En une à deux heures de lecture, ce livre offre une sélection d’éclairages importants et ouvre de nombreuses pistes d’approfondissements.
C’est précieux, je trouve, que l’histoire de ces idées s’écrive d’une manière accessible au-delà des formations spécialisées ou des ouvrages d’expert.es. Je me dis que c’est un livre que j’offrirais volontiers à des personnes qui commencent à s’intéresser à ces sujets sans savoir par où démarrer : je me dis que si on le lit tôt, ça peut ouvrir des portes de réflexion plus vite. De mon côté, il contribue à mon envie de me faire une pile à lire « les ouvrages majeurs de la théorie féministe » à lire de manière un peu plus systématique en toile de fond de ce Tumblr.
G.C.
Le féminisme en sept slogans et citations, Anne-Charlotte Husson et Tomas Mathieu. Les éditions du Lombard, Bruxelles, 2016.
Anne-Charlotte Husson est doctorante en sciences du langage et enseigne à l’Université Paris 13, avec pour spécialité l’analyse du discours lié au genre et au féminisme. Blogueuse passionnée par la large diffusion des connaissances universitaires, elle anime depuis 2011 le blog « Genre ! »
Thomas Mathieu s’est fait connaître des milieux féministes et du grand public avec son blog Projet Crocodiles qui met en BD des témoignages réels liés au sexisme ordinaire et au harcèlement de rue.
Qu'est-ce que vous aimeriez qu'une asso féministe étudiante fasse ?
Dans ma fac on est en train de créer une asso féministe inclusive et on réfléchit à ce qu'on pourrait faire (pédagogie dans et à l'extérieur de la fac, actions, prises de positions, conférences...). Vous, qu'est-ce que vous aimeriez qu'une asso étudiante féministe fasse ?
(si vous avez des idées de noms cools je suis preneuse aussi héhé)
Mais pourquoi nous faudrait-il choisir entre différents combats menés contre différentes modalités de la domination ? Si ce que nous sommes se situe à l’intersection de plusieurs déterminations collectives, et donc de plusieurs « identités », de plusieurs modalités de l’assujettissement, pourquoi faudrait-il instituer l’une plutôt que l’autre comme foyer central de la préoccupation politique, même si l’on sait que tout mouvement a tendance à imposer comme primordiaux et prioritaires ses principes spécifiques de division du monde social ? Et si ce sont les discours et les théories qui nous fabriquent comme sujets de la politique, ne nous incombe-t-il pas de bâtir des discours et des théories qui nous permettent de ne jamais négliger tel ou tel aspect, de ne laisser hors du champs de la perception ou hors du champ de l’action aucun domaine de l’oppression, aucun registre de la domination, aucune assignation à l’infériorité, aucune honte liée à l’interpellation injurieuse…? Des théories qui nous permettent aussi d’être prêts à accueillir tout mouvement nouveau qui voudra porter sur la scène politique des problèmes nouveaux et des paroles qu’on n’y entendait ou qu’on n’y attendait pas ?
Retour à Reims - Didier Eribon (p.245)
Écrit par Elawan - "Depuis le début de ma conscientisation, je me suis toujours dite féministe. Ce qui fait déjà une bonne dizaine d’années. Sans être pour autant dans un organisme ou dans un collectif, j’ai peu à peu commencé à militer, surtout sur les réseaux sociaux. Mais ce n’est que très récemment que j’ai commencé à me revendiquer afroféministe. Et quelques fois, on me demande pourquoi parler d’afroféminisme ? Pourquoi créer une division dans un combat qui doit être universaliste ? (oui, on l’entend souvent…)"
#INFOGRAPHIE Les #cyberviolences à l'encontre des femmes, qui ont tendance à les silencier et à les pousser hors des espaces numériques, ne sont pas aléatoires, elles sont nourries par un substrat bien installé : une société profondément sexiste et inégalitaire qui opprime les femmes, et ce d'autant plus si elles sont racisées, lesbiennes, bi, trans, handicapées, en situation de précarité, ou qu'elles ne correspondent pas aux normes dominantes de genre, d'apparence physique ou neurologiques.
Ce socle inégalitaire engendre une culture du viol et de l'érotisation des violences faites aux femmes qui fait que l'on culpabilise les victimes tout en aménageant l'impunité des agresseurs, une volonté de contrôle du corps et des activités des femmes — qu'elle soit implicite et omniprésente via la publicité, la presse féminine et la grande majorité des productions culturelles et médiatiques, ou qu'elle prenne la forme d'un rappel à l'ordre spécifique (injonction à s'épiler, à ne pas trop montrer son corps ou au contraire à le montrer plus, surveillance par les partenaires, etc.) —, et un déficit de représentation des femmes dans les secteurs technologiques liés à l'informatique, au web et aux nouvelles technologies de l'information et de la communication.
Voilà ainsi réunies des dispositions qui, non seulement rendent les cyberviolences possibles, mais sont également à l'origine de leur minimisation et de l'impunité dont bénéficient la majorité de leurs auteurs.
➥ Les cyberviolences qui touchent les femmes et les minorités sont le fruit d'une société inégalitaire, tout comme les autres violences, elles ne pourront être endiguées qu'en s'attaquant à la base du problème, à la partie immergée de l'iceberg, bref en changeant la société en profondeur afin d'éradiquer les rapports de domination qui la traversent et la fondent.