Debout, brille avec éclat, ta lumière arrive!
Debout, brille avec éclat, ta lumière arrive!
Prédication par Andrew Rossiter pour la Fête de l'Épiphanie à Castelmoron le 7 janvier 2024.
Esaïe 60.1-6, Matthieu 2.1-12
Si vous avez lu les livres «Harry Potter», ou vu les films, vous vous souviendrez de la cérémonie au début de chaque année scolaire à Poudlard (l’école de sorcellerie dans les livres de J.K. Rowlings). La cérémonie consiste à placer sur la tête de chaque nouvel élève un chapeau («choixpeau») qui, après un temps d’interrogation et reflexion, va déclarer la maison dans laquelle l’élève va faire sa scolarité.
La scène est basé sur les testes d’aptitude que beaucoup d’entreprises et autres utilisent pour discerner les talents, parfois cachés ou insoupçonnés, et ainsi orienter la personne vers son job le plus adapté. Il y a quelques années j’ai fait le test à l’ANPE (de l’époque) je n’étais pas du tout destiné à être pasteur!
Chacun de nous, je pense, apprécie que ses dons et talents soient reconnus et affirmés. Bien sûr, il y a une part de notre ego dans certains de ces besoins, mais il y a aussi une dimension plus profonde: ce désir ardent d'être reconnu et affirmé. En chacun de nous, dans notre cœur, nous savons que Dieu a établi sa demeure et qu'Il a apporté des dons, des talents et des compétences particuliers qui ont pris racine et qui aspirent à être arrosés et à se développer. En chacun de nous, la lumière a été implantée. Une seule et même lumière, déclinée en de nombreuses et magnifiques nuances.
Ce qui fait écho de cette prière que nous avons partagée dimanche dernier à Clairac… et pour celles et ceux qui n’étaient pas présent, la voici:
Seigneur, tu m'offres cette année nouvelle comme un vitrail à rassembler
avec les 365 morceaux de toutes les couleurs
qui représentent les jours de ma vie.
J'y mettrai le rouge de mon amour et de mon enthousiasme.
Le mauve de mes peines et de mes deuils.
Le vert de mes espoirs et le rose de mes rêves.
Le bleu ou le gris de mes engagements ou de mes luttes.
Le jaune et l'or de mes moissons...
Je réserverai le blanc pour les jours ordinaires...
et le noir pour ceux où tu me sembleras absent!
Je cimenterai tout par la prière de ma foi
et par ma confiance sereine en toi.
Seigneur, je te demande simplement d'illuminer de l'intérieur
ce vitrail de ma vie.
Ainsi, par transparence, ceux que je rencontrerai cette année,
y découvrirons peut-être le visage de ton Fils Bien-aimé,
Jésus le Christ, notre Seigneur. Amen.
Après tout, il n'y a qu'une seule lumière. Jean en témoigne dans son Évangile dans ce que nous appelons le Prologue : «En Jésus était la vie, et cette vie était la lumière de tous». Chaque être humain, et même toute la création porte en lui cette lumière divine du Christ. Oui, même la personne à laquelle vous pensez en ce moment !
La lumière du Christ continue de couler de la Source pour se reposer en chacun de nous, dans ce lieu mystérieux qu'on appelle notre cœur, ou notre âme. C'est ce cœur éclairé que nous sommes appelés à nourrir par notre pratique spirituelle. Nous avons désespérément besoin de prêter attention à nos âmes, à ce qui les nourrit et à ce qui les affame.
Si nous prêtons attention à cette lumière, que nous la nourrissons, que nous entretenons cette flamme sacrée dans notre âme, nous commencerons à reconnaître que la lumière en nous est attirée vers la source qui lui a donné naissance. Comme une boussole qui tourne vers le nord, nos cœurs sont attirés vers Dieu, non pas parce que Dieu est absent, mais parce que nos âmes aspirent à sa plénitude, en se tournant vers la Source qui leur donne vie. C'est ce que notre tradition appelle le «salut».
En ce matin nous célébrons la fête de l’Épiphanie. Nous ne sommes pas beaucoup portés, nous les protestants français, à célébrer les fêtes de l’Église. Nos réformateurs y voyaient souvent une excuse pour l’Église à faire de l’argent sur les superstitions des fidèles. Mais il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. L’Épiphanie marque la manifestation de la lumière divine dans le monde. Le mot Épiphanie veut dire la compréhension soudaine de l'essence ou de la signification de quelque chose. Et c’est une fête bien plus ancienne que Noël dans l’histoire de l’Église.
J'aime penser que l'Épiphanie est une façon de prier où notre foi aspire à aller plus loin que la mentalité de consommation de Noël. Elle suscite en nous à réfléchir aux images de la naissance du Christ, à sa venue dans notre vie de tous les jours. En fin de compte, notre pratique de la foi nous invite à incarner le Christ dans nos vies - à être des porteurs de Dieu.
L'Épiphanie est comme la poésie qui se cache derrière les images de Noël. C'est un regard intense et concentré sur la lumière elle-même qui, en fin de compte, est silencieuse et imprègne toute la vie en l'attirant vers la plénitude.
Comme Esaïe nous dit: Debout, brille avec éclat: en effet ta lumière arrive, la gloire du Seigneur se lève sur toi.
Nous voyons cette Épiphanie incarnée dans les mages. Ces gens mystérieux, dont nous ne savons pas combien ils étaient, Matthieu nous dit seulement qu'ils ont donné de l'or, de l'encens et de la myrrhe. J'imagine qu'ils ont été nombreux à faire ce «road trip» sacré.
La Lumière dans le ciel résonnait avec un désir profond en eux, elle les a entraînés hors de leur zone de confort, loin de leurs schémas habituels, dans des espaces de risque. Pourquoi ont-ils fait cela?
Pour aller vers la source. La boussole de leurs vies était orientée vers cette lumière. Une fois arrivés, ils ont fait la chose la plus naturelle et évidente. Par la dévotion de leur cœur ils ont offert des cadeaux à celui qui donne la vie et la lumière à tous les peuples.
Voila nous arrivons vers la fin de cette prédication et une question se pose: Et alors, qu’est-ce que tout cela à faire avec moi?
Notre culte, notre tradition et la façon que nous pratiquons notre spiritualité sont importants parce que par là nous honorons la présence de Dieu dans chaque personne que nous rencontrons. Certains peuvent entendre parler de lumière, de pratique de la prière, d'être porteur de Dieu, de vivre en résonance avec son cœur, etc. et penser que tout cela n'est que du vent. Certains voudront peut-être rejeter tout cela comme un style de vie alternatif. Mais, lorsque je suis tenté de le rejeter (et je le suis), ce n'est pas parce qu'il ne demande pas beaucoup, mais parce qu'il exige bien trop.
Il suffit de regarder le monde pour voir ce qui se passe lorsque nous ignorons cette vérité ou nous la rejetons au profit de la cupidité, de l'arrogance et d'un pouvoir déformé. C'est ce qui arrive lorsque nous libérons notre ego et vivons en fonction de notre ombre plutôt que de la lumière.
Cherchons donc la lumière.
Gardons nos yeux ouverts pour la voir et nos cœurs ouverts pour la suivre.
Prenons le risque d'aller vers de nouveaux horizons et d'être ramenés à la Source d'où nous venons tous.
Partageons les dons que Dieu nous a offerts avec la communauté et le monde.
Rendons hommage à Celui dont tout vient et auquel tout retourne.
Et ne perdons jamais espoir, car Dieu continuera d'appeler les âmes volontaires sur les chemins de ce monde pour suivre son étoile.