Léo Ferré - La vendetta (Léo Ferré) - Ludwig, L’Imaginaire, Le Bateau ivre LA VENDETTA de LÉO FERRÉ C'est un tracteur pensant qui crache de l'avoine C'est la cadence de l'usine à l'Élysée C'est un cri de mouette au-dessus de la douane C'est l'illettré qui va corriger ta dictée C'est le chemin de croix dans une discothèque C'est la flagellation qui descend de ta croix C'est le champignon de Paris qui fait du grec C'est le pouvoir jaloux qui part aux syndicats C'est une contredanse à l'encre sympathique C'est la Constitution en bande dessinée C'est un chagrin organisé qui tient boutique C'est une clef des champs qui exige un ticket C'est le béton qui fait du gringue à Michel-Ange C'est la boussole qui se perd dans un flipper C'est le vin rouge au syndicat de la vendange C'est le parfum au syndicat des balayeurs C'est un paravent triste où se pare Venise C'est la chanson du vent qui rocke avec Mozart C'est le pétrole en trop qui fuit de ta valise C'est l'impair qui se prend pour deux fois deux trop tard C'est la fourrure qui regagne ses pénates C'est la panthère qui s'éclate à l'Opéra C'est un lièvre tranquille un revolver aux pattes C'est la neuvième fois et c'est toujours la Joie C'est l'addition qui se soustrait de ta machine C'est le quartz de ta montre où règne le hasard C'est la vivacité qui prend de la patine C'est l'orgueil de ta race en bas de ce trottoir C'est la Raison qui parie pour la Démesure C'est le ventre affamé qui écoute les sourds C'est la terreur au syndicat de la parure C'est le missile missionnaire au fond des cours C'est un marteau-piqueur qui fait de la dentelle C'est un ciseau gelé qui coupe les idées C'est une clef perdue au bord d'une pucelle C'est le jour qui se lève avec les yeux cernés C'est le sel qui se prend pour la mer en allée C'est le vent qui gémit dans ton aspirateur C'est l'étang qui attend la prochaine marée C'est l'infarctus bruyant du fusil-mitrailleur C'est l'automne transi qui règne sur Manille C'est le vendredi saint avec les percussions C'est le nazi au pas de l'oie sur des béquilles C'est ersatz de l'oubli aux souvenirs des cons C'est un papier perdu qui se souvient d'Homère C'est la géographie qui change à Stalingrad C'est un noeud de cravate au cou de la misère C'est le rouge qui prend de l'âge Camarades! Ferré - La vendetta Ludwig, l'Imaginaire, Le Bateau Ivre - Léo Ferré | Songs, Reviews … Léo Ferré, l'écrivain qui chantait – RFI Musique Marc Bubert, Léo Ferré et le démon de l’antithèse, revue LES COPAINS D’LA NEUILLE n°34, p5 : …Dans l’ode intitulée “La Vendetta”, Ferré présente une succession d’objets, de matériaux, d’êtres vivants et de concepts sous la forme d’un groupe nominal étendu antithétique ; un poème-liste de quarante-huit antithèses dans la veine d’un Mathurin Régnier ou d’un Michel Butor, dans “Mobile” !… Les copains d'la neuille « Mobile » de Michel Butor | La précarité du sage Michel Butor à propos de Mobile - Vidéo Ina.fr Mobile - L'Imaginaire - GALLIMARD - Site Gallimard : Étude pour une représentation des États-Unis «Respirez l'air de 50 États ! De ville en ville, de frontière en frontière, de la côte Atlantique à la côte Pacifique ! Des centaines de fleuves, des centaines d'oiseaux, des centaines de voix ! Les Européens, les Noirs, les Indiens ! Vivez aujourd'hui avec votre famille la rigolade, l'aventure, le drame du passé, du présent et du futur de l'Amérique ! […] Mobile ! Une orgie de surprise et de frissons !». Marc Bubert, LÉO FERRÉ ET LE DÉMON DE L’ANTITHÈSE, revue Les Copains d’la neuille n°34, p5 : …Dans sa poésie, inspirée du surréalisme, l’antithèse, c’est la chair du vers, sa substance, et non pas seulement son embellissement, son apparence. Ferré construit “La Vendetta” comme Hiéronymus Bosch structure un tableau. Il ne s’agit pas de l’accumulation chaotique d’éléments disparates, mais d’une “chaosmose” (: terme emprunté par Pierre Sterckx à Félix Guattari pour désigner la création d’un monde organisé par le désordre, dans “Jérôme Bosch ou la Fourmilière éventrée”), une cosmogénèse du chaos. Jérôme Bosch ou la fourmillère éventrée - Livre Histoire de l'Art - Cultura : La peinture de Jérôme Bosch fascine tous les publics. Née autour de 1500, à la confluence d'un Moyen Age moribond et d'une Renaissance exubérante, elle n'a pas épuisé aujourd'hui la puissance de son imagerie fantastique. L'auteur tente une cartographie du “cas” Bosch selon son immersion dans le chaos et par le biais de son rapport à une certaine conception de la schizophrénie. Comment ce peintre a t il réussi à orchestrer une logique, des structures et une harmonie au sein d'un univers foncièrement chaotique ? La métaphore de la “fourmilière éventrée”, d'où fuit le temps incertain et les êtres qu'il engendre, renvoie ainsi autant à une tératologie qu'à une cosmogonie qui restent encore largement à explorer. Félix Guattari Chaosmose PRÉSENTATION « Dans les brumes et les miasmes qui obscurcissent notre fin de millénaire, la question de la subjectivité revient désormais comme un leitmotiv. Pas plus que l’air et l’eau, elle n’est une donnée naturelle. Comment la produire, la capter, l’enrichir, la réinventer en permanence de façon à la rendre compatible avec des Univers de valeur mutants ? Comment travailler à sa libération, c’est-à-dire à sa re-singularisation ? La psychanalyse, l’analyse institutionnelle, le film, la littérature, la poésie, des pédagogies innovantes, des urbanismes et des architectures créateurs… toutes les disciplines auront à conjoindre leur créativité pour conjurer les épreuves de la barbarie, d’implosion mentale, de spasme chaosmique, qui se profilent à l’horizon et pour les transformer en richesses et en jouissances imprévisibles, dont les promesses, au demeurant, sont tout aussi tangibles. » F. G. Chaosmose - Editions Galilée












