Vive la commune d’Hochelag’ Respir (Contribution de irresolu.)
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Vive la commune d’Hochelag’ Respir (Contribution de irresolu.)
Mercredi 14 septembre 2016 -
035- Les familles combattent le fascisme, Jacob Wren, Le Quartanier, Coll. Nova #10, 2013, 49p., 9$. Acheté le 14 juin 2015, pour 4,50$ à la Librairie L'Échange. -
Mise en contexte: Nous y voici enfin, le dixième et pénultième récit de la collection Nova, sortie en 2013 pour les dix ans de la maison d’édition Le Quartanier. S’il existait sur le marché le coffret contenant les dix volumes, il est maintenant objet de luxe, sa disparition étant d’une éminence sans précédent! Encore aujourd’hui, je me demande ce qui s’est passé entre Raymond Bock et l’éditeur pour qu’il soit si difficile de trouver ses œuvres dans leur forme d’origine (trouver Atavismes chez Boréal, ya rien là, mais cherchez sa parution chez Quartanier - Polygraphe pis vous allez rusher en esti. Pareil pour Rosemont de profil)... Bref, l’idée était de célébrer la maison avec dix récits originaux d’auteurs déjà publiés (ou en cours de publication) afin de montrer le potentiel, côté novella. Un peu comme fait Le Quartanier avec les albums jeunesse depuis un an, et peut-être même de la bande dessinée! Sur ce, j’entame la dernière avec Jacob Wren, auteur de La famille se crée en copulant, qui nous sert ici un drame sur fond de théorie du complot.
L’histoire: Un individu suspect demande refuge chez une famille (le père, la mère, la fille). Avec la guerre en Irak, les suites logiques au 11 septembre 2001 (bon 15e anniversaire, by the way), notre ‘dividu nourrit l’esprit de la famille avec ses théories comme quoi tout est relié à la CIA, ou d’une source similaire. Tout ça pour, on suppose, une bonne période de temps. Si la famille est amusée par moments, et terrifiée en d’autres circonstances, la finalité reste la même: l’homme disparaît, du jour au lendemain. Trois ans passent. L’homme appelle au beau milieu de la nuit. C’est le père qui répond, un peu agacé, mais non moins intrigué. L’homme parle d’une fourgonnette blanche qui le suit constamment. Qu’il se sent malade, lorsqu’elle est proche. Le père veut le rassurer, mais son désir de dormir est plus important. Sa fille prend le relai sur la ligne. L’homme parle d’une fourgonnette blanche... Des années plus tard, la fille, maintenant devenue femme, admet avoir eu un certain intérêt pour cette personne, et que ses “enseignements” ne sont jamais tombés dans l’oreille d’une sourde, elle-même tentant de combattre le système en place, en voulant l’infiltrer avec ses études partout dans les grandes écoles, de Berlin à Paris. L’homme est encore suivit par la fourgonnette... Saura-t-il l’approcher, l’étudier? Ou va-t-il mourir des émanations radioactives qui en ressort?
C’est tellement stupide. Sur le siège avant de la fourgonnette, il y a deux hommes à lunettes fumées. Comme dans le pire film hollywoodien qu’on puisse imaginer.
Critique: De toute la collection, c’est le Nova qu’on lit le plus vite! Non seulement parce que, sur 49 pages, 15 pages sont à double interligne avec de très brèves répliques, mais aussi parce que le ton exagéré et pourtant sérieux donne lieu à une simili improvisation réglée comme une horloge suisse qui se lit à merveille. On rigole tout en gardant notre intérêt, sans même douter des convictions des personnages. Le fait aussi d’avoir un récit à plusieurs voix permet une faune distincte, et bien saisie; la voix du narrateur/auteur au début est comme ça, celle du ‘dividu est comme ça, pis pareil pour le pére, la mére, pis ‘a fille. Tous se partagent le micro du radio-roman, on dirait! Dans un certain sens, c’est aussi le talon d’Achille du livre, étant donné qu’on ne rentre jamais très profondément dans l’histoire, le tout reste souvent en surface. On croit à une suite logique avec la fille qui veut changer le monde, mais le format nous empêche de nous attacher au personnage, ou même de croire à une possible fin digne du début.
Je recommande: à ceux qui ont eu à lire All families are psychotics, au cégep (vous allez reconnaître le style); aux amateurs de mauvais films policiers qui pouvaient jouer le mardi après-midi à TQS; à toi qui aime le suspens et le doute, pour qui les crimes de l’État sont sources d’intérêt de haute qualité. --
Perso: J’attendais avec impatience de tous les lire, ces Nova, de tous les critiquer, partager le bonheur de ces petites lectures pas moins anodines pour autant. Mais là, un texte par jour, j’ai pas juste ça à faire non plus. Ça demande la relecture, l’annotation, de ressasser des fois de vieilles affaires qu’il vaut mieux laisser au placard. Bref, je me donne un break, pas trop longtemps, mais juste pour pas avoir à rusher mes lectures, ni de m’empêcher de passer du temps avec ma copine. Dorénavant, j’essaierai de faire une critique par semaine, deux si je me sens en forme. Ce que je fais, ce n’est pas pour m’attirer des fleurs, ni une critique de dix mots pour le journal Métro (que j’adore, btw). C’est du travail que je fais gratis (je ne reçois pas de livres, je n’en demande pas non plus. Un part du plaisir vient des librairies où je fais mes trouvailles), en espérant peut-être un jour faire partie d’une équipe tripante comme Le Fil Rouge, ou Les Populaires. Je me compte déjà chanceux d’avoir plus de 100 abonnés sur Face de Bouc, je ne comprends pas pourquoi la page m’envoie des signes d’alerte comme quoi ma critique d’hier a fait 55% de moins d’intérêt qu’il y a 7 jours. Ciboire, à 200 personnes atteintes, je capote et sors le champagne. Je suis vraiment content de vous savoir là, et ce n’est pas une bizeness que j’essaie de rouler (on s’en fout que les chiffres ne montent pas constamment, comme on essaie de faire, en vain, dans un commerce au détail). Alors, profitez-en, amusez-vous. Le blog est là pour partager mes amours, mes moins amours, et pour aider mes collègues libraires à conseiller des livres dont personne n’a parlés, ou qui n’ont pas la couverture qu’ils méritent. Peut-être même qu’un jour, Tumblr va tellement devenir dégueux que je devrais à nouveau de changer de plateforme (Blogspot est rendu vivable, ou sinon, j’irai voir directement les publications sérieuses citées plus haut). Mais une chose est sure: il y aura toujours une vague de libraires pour vous! La prochaine batch, ce sera les Polygraphes, et ensuite.... LES ÉDITIONS DE TA MÈRE! (J’ai hâte.)
Mardi 13 septembre 2016 -
034- La raison vient à Carolus, David Turgeon, Le Quartanier, Coll. Nova #9, 2013, 59p., 9$. Acheté le 27 juin 2015, à la Librairie Pantoute, à Québec. -
Mise en contexte: Le plus grand livre sur l'amitié qui m'ait été donné à lire sera très certainement Le Grand Meaulnes jusqu'à la fin de ma vie. Narré par un François Seurel timide, voire même effacé, le roman raconte les aventures mystérieuses d'un enfant différent qui ne partage sa vie avec personne, avec une brève exception pour son ami François, qu'il porte en estime. Dans Rosemont de profil, on avait une semblable histoire d'amitié, mais plus axé sur les vies qui divergent que sur le mystère. Avec La raison vient à Carolus, on trouve cette tangente qui, on s'en rend compte après coup, est peut-être plus dérangeante qu’attrayante.
L’histoire: Le narrateur anonyme (on va l'appeler Daniel), embêté par un dégât d'eau dans son appartement, attend le plombier qui doit colmater la fuite. Sa première action est de sortir les boîtes de carton en danger, celles sur lesquelles sont écrit le nom "Carolus", moins par attachement que par dépit. On apprend que le Carolus en question produisait des quantités de livres, tous écrits à la mains, à l'aide de cahiers Canada ou de feuilles mobiles pliées en quatre; des livres qui, une fois rassemblés, devaient créer une phrase codée, une hypothèse... Mais tout est épars, rien ne fait vraiment de sens dans l'esprit de l'enfant qu'était Carolus, pris par une envie de rapidité, d'en venir au point, et donc de sauter parfois des étapes. Daniel ressasse dans ces documents une enfance qu'on peut croire assez solitaire et mystérieuse.
Le cul-de-sac était notre quartier général, la maison de Carolus faisait partie de cette périphérie qui délimitait notre monde et où nous n'allions jamais; j'étais seul à m'y hasarder, parfois, éprouvant la frayeur de celui qui s'aventure au-delà des bornes du monde connu.
Critique: Je mentionnais Le Grand Meaulnes au début pour marquer la similarité du thème, ce narrateur qui parle d'un ami lointain, une enfance légèrement trouble, ce mystère qui l'entoure, mais il y a aussi le vocabulaire soutenu de l'auteur qui s'apparente à celui d'Alain-Fournier. J'ai noté par ci, par là, des subjonctifs (à mon avis abusifs), des mots qui portent une certaine prétention (come on, qui utilise vraiment les mots "ostensible" et "crânerie"? Et "revue coquine" pour parler de magazines porno, c'est comme écrire "des croustilles" pour parler de chips!), tout pour confirmer que le narrateur a une éducation qui le pousse à bien "perler", même lorsqu'il s'agit d'une soliloque. À moins que ce soit l'auteur qui ait plus de misère à percer l'esprit de son personnage, qu'il n'arrive pas à nous transmettre ses idées directement, qu'il doive passer par son filtre à beaux mots... Quoi qu'il en soit, le récit, bien qu'intrigant, nous laisse relativement pantois. Pourquoi Daniel a-t-il tous les cahiers de cet ancien ami en sa possession? Qu'en est-il du message crypté? Doit-on se sentir proche du narrateur par son incompréhension de Carolus? Si l'intérêt du récit se trouve dans le fait d'avoir l’œuvre intégrale (aussi incomplète à la base soit-elle), pour pouvoir comprendre le personnage, pourquoi est-ce moins intrigant que le récit du Grand Meaulnes, où tout ne tient que dans les mémoires de Seurel?
Mention intéressante, ceci dit, à un cahier complètement à part des autres volumes: un début de récit concernant un soldat en fuite, qui se réfugie chez un vieil homme, celui-ci cédant déjà une partie de son grenier à un jeune couple. La ressemblance avec le style d'histoires de J.D. Salinger me fait saliver à tout coup! Mais encore là, Turgeon coupe court à l'affaire, écrivant qu'une "tête de chapitre, marquée du chiffre deux, gît toute seule sur la page suivante, autrement blanche".
Je recommande: ceux qui aime les théories, les mystères; à ceux qui ont déjà créés des livres artisanaux; aux anciens pensionnaires d'internat; aux auteurs en herbes; à ceux à qui la nostalgie fait bien; pour la lecture une journée de pluie, ou de bruine. C'est pas obligatoire, mais ça met dans le mood!
Perso: En lisant la liste des cahiers produits par le Carolus en question, il me revenait en mémoire tous les récits que j'ai toujours voulu faire, enfant, ou même ado... Ou même encore maintenant. Mais manque de motivation, tout ça est resté dans ma tête. Si j'ai quelques cahiers de notes, rassemblés au cours des vingt dernières années, ce sera beau si j'ai dix pages au total! #LaFlemme
Lundi 12 septembre 2016 -
033- Les singes de Gandhi, Patrick Roy, Le Quartanier, Coll. Nova #8, 2013, 69p., 9$. Acheté le 14 juin 2015, pour 4,50$ à la Librairie L'Échange. -
Mise en contexte: Quand j'ai connue ma copine, elle devait partir l'année suivante en Australie pour un projet social. Le projet a changé de cap, elle s'est réajustée, mais m'a aussi demandé de PARTIR AVEC ELLE dans cette aventure. Pour l'Inde, c'est similaire. Ya toujours une certitude dans son oeil qu'on va y aller. Alors, moi, avec mon attitude de chicken fini, quand j'ai lu Les singes, j'ai ri, mais ri! Si vous ne nous connaissez pas, en lisant ça, vous allez nous voir sous nos plus belles et nos plus moches coutures! La Libraire aussi s'est sentie interpellée. À tel point qu'on devait vous faire une critique double. Un genre de dolby surround littéraire. Mais La Libraire, elle étudie, pis elle travaille, pis elle lit genre dix livres par semaine. Bref, on va lui laisser son break. =^D Ok GO!
L’histoire: Pascale devait aller en Inde pour ses 30 ans, mais avec un chum qui vient d'arriver, ça retarde un peu les plans, mais pas assez pour les annuler. Les deux partent, la peur au ventre, mais l'extase du trip en tête. Mais l'Inde, l'image qu'en fait Hollywood avec Wes Anderson, et le son des Beatles, ce n'est qu'une belle parure, un voile bien shiny sur une civilisation qui peine encore à guérir les plaies du colonialisme, la pauvreté, les rues où circulent les voitures avec une furie assumée. L’auteur (qui ne se cache sous aucun personnage) nous ouvre le récit de voyage sur les saveurs et les odeurs, autant exquises que revêches, en se gardant bien de se définir comme un local, bien trop conscient de sa blanchitude, de son américanisation.
Extrait: Le style poétique
Douze millions d'habitants deviennent muets dans le cou de Pascale, dérisoires sur son ventre, se volatilisent le long de ses hanches.Momentanément, notre premier namasté aux dieux locaux abolit la sensation d'étrangeté. La faim nous chatouillait à peine tantôt, l'amour nous a ouvert l'appétit.
Le langage qui me perd:
Nous déchantons vite. Le cinéma n'est pas le fait du Mandovi Express. Les préposés qui sillonnent l'allée semblent en avoir bien assez pour mettre du biryani sur la table. [...] L'air est à ce point vicié que Pascale couvre sa bouche avec son foulard. Tout est brun, des rideaux au sol en passant par les draps défraîchis et humides. [...] Le train avance. Le marchand crie chai, chai. Le paysage, lui, est abject, si nous nous fions à notre fenêtre opaque, striée de poussière et de boue.
Le langage qui me séduit:
GOA est l'autre nom de l'Éden. Les Portugais y ont laissé leur empreinte, et il y flotte une manière d'être, un rapport au temps qui nous paraissent d'abord comme des anomalies. C'est le plus petit État du pays, le quatrième moins peuplé, un rêve balnéaire. [...] La nourriture est exquise, l’endroit, peu fréquenté puisque nous sommes en basse saison. Les conditions sont réunies pour nous faire accepter la farniente.
Critique: C'est un texte drôle et attachant, qui fait découvrir autant le côté doré que brun de ce pays quasiment mythique. Comme pour Ristigouche, l’auteur opte pour un franc parler, un ton simple et naïf à la limite, mais jamais alambiqué. Dans le fond, c’est comme écouter un ami de longue date qui nous parle de son voyage. Et pourtant, en lisant ça, je me sentais tout petit. “Jamais j’arriverais à écrire aussi bien notre voyage en Europe...” Définitivement, on sent que Patrick Roy est en parfait contrôle de son véhicule littéraire!
Je recommande: aux amateurs de voyage en back-pack; aux jeunes surtout, ceux qui n'ont pas peur de partir à l'aventure sans le luxe bien occidental; à ceux qui ont des projets de grandeurs dans la vie, et qui ont peur de les perdre ou de ne pas les accomplir correctement; à ceux à qui appartient le choix de vivre en titi!
Perso: Ça confirme mes craintes quant à la destination! Haha Mais en même temps, ça peut nous servir, à ma copine et moi, de guide de voyage, SI (je dis bien SI) elle réussit à me convaincre d’y aller!
Dimanche 11 septembre 2016 -
032- Ristigouche, Éric Plamondon, Le Quartanier, Coll. Nova #7, 2013, 53p., 9$. Acheté le 3 juillet 2015, au RB St-Denis Champigny. -
Mise en contexte:
Cette femme couchée là, dans ce lit froid, dans ces draps marqués CHU partout, n'a eu de plus grande joie que de peinturer sa galerie au printemps, de s'occuper de son jardin l'été, de goudronner sa cour, de fendre du bois, de prendre soin des autres, et de prier le bon Dieu. C'était ça, sa vie normale. Ce n'est pas de se retrouver dans un asile de fous à ne plus se rappeler son nom et celui de son propre fils.
L’histoire: Pierre Lhéger voit sa mère s'éteindre à petit feu. Pour le bonhomme, boucher de quartier à Québec depuis plus de vingt ans, divorcé depuis un certain nombre d'années, il est temps d'aller à la Ristigouche et de pêcher le saumon. Sur la berge, il aperçoit un béluga gisant, captif de son égarement, pris dans la marée boueuse. Seul devant la créature, il tente du mieux qu'il peut de la garder hydratée jusqu'au coucher du soleil, jusqu'à la montée des marées. En parallèle, 400 ans plus tôt, Kanon Lhéger, marin un peu gauche, est appelé en renfort, comme près de 200 autres marins et soldats, pour défendre le territoire français contre les Anglais. Kanon survit au triste destin de son vaisseau, le Machault, dans la Baie des Chaleurs, et croise le chemin d'une squaw, celle qui appelle les poissons blancs.
Veux-tu bien me dire ce que tu fais icitte? Tu devrais être dans le Saint-Laurent, dans l'eau bien profonde de l'embouchure du Saguenay à te faire prendre en photo par les touristes. Qu'est-ce que tu es venu faire là? Tu t'es pris pour un saumon, ou quoi? Tu es du genre à ne pas avoir le sens de l'orientation, peut-être? On ne t'a pas appris à lire une carte? Tu croyais être au nord de Gaspé alors que tu es en plein sud?
Critique: Le récit est impeccable. Les trois trames narratives (la vie de la mère, l'anecdote du béluga, et l'histoire de la dernière défense française au Québec) s'enchaînent dans un rythme immuable, on suit sans que l'auteur n'aie à faire un changement de chapitre ou même une séparation de paragraphe. Les personnages sont reconnaissables, sensibles, et semblent être le portrait craché des générations qu'ils représentent. Pour ce qui est des notions historiques, j'en viens à me demander (comme pour tout ce qu'écrit Chuck Palahniuk) si ce que Plamondon nous raconte est bel et bien vrai, avec un enthousiasme incomparable. Il s'agit de l'Histoire, celle des pauvres, ou de ceux qui se sont faits battre, l'Histoire que l'on n'enseigne jamais, mais qui fait tellement de sens. Quand on pense à Dollard Des Ormaux, avec son baril de poudre à canon renvoyé en pleine gueule, on peut mettre "Québécois" et "idiot" dans la même phrase sans perdre son sérieux. C'est un peu à ça à quoi nous avons droit dans Ristigouche. Et on n'en perd pas moins notre sourire!
Je recommande: à ceux qui dévorent les récits historiques; aux amateurs de pêche; à ceux qui sont familiers (ou qui désirent le devenir) avec le Québec des années 1900-1950; à nos amateurs de la poésie de la nature (quand on parle de mammifères marins, et d'indiens, c'est souvent ben poétique); aux jeunes comme aux vieux; à ceux qui aiment leur môman!
Perso: Ce Nova, avec Les singes de Gandhi, est celui qui a le plus de coins de page pliés, de petits indicatifs dans les marges. Ça fait 53 pages, sur lesquelles il y 50 pages à retenir, à citer. Un vrai bijou "bien de cheu nous"!
Samedi 10 septembre 2016 -
031- Royauté, Alexis Morin, Le Quartanier, Coll. Nova #6, 2013, 71p., 9$. Acheté le 9 juin 2015, pour 4,50$ à la Librairie L'Échange. -
Mise en contexte: En 1985, Bret Easton Ellis publie son premier roman, Less than zero. Le roman donne un coup d'envoi à la nouvelle génération, celle gazée par MTV, dopée au Xanax, qui couche à gauche et à droite, garçons et filles confondus, et émerveillée (si elle peut encore l'être) par le flash des paparazzi. Plusieurs années ont passé, et pourtant, le style est toujours aussi attirant, et Royauté n'en fait pas exception.
L’histoire: Dominique est un fan plus qu'obsessif du "célèbre" David McCabe. Il a tous ses films sur son ordinateurs, en plus de plusieurs photos de lui. Son jour arrive lorsqu'il le rencontre enfin.
Il a redemandé: dis-moi ce que tu veux, je vais le faire pour que tu me laisses tranquille. Il y a eu un temps mort. J'ai avoué: je t'adore, j'ai tout regardé de toi sur internet, et je suis amoureux, je veux tout te donner, je veux te servir, je veux que tu m'anéantisses, n'importe quoi. Je peux supporter n'importe quoi, tout ce que tu veux. Il a répondu relaxe, bébé, on marche, là.
Par chance, le Dave en question aime bien Dominique. Soit par envie d'être admiré 24h sur 24, soit par pitié pour le gars. La situation vire mal quand la vedette a envie d'espace.
Quand j'ai pleuré, mes yeux sont bleus comme l'eau de piscine. Je les regarde dans le miroir. Ce sont eux qui me donnent l'air d'une fille. Il suffit d'un peu de mascara brun pâle et je fais une fille très crédible. Un peu de rouge à lèvres et tout le monde est confondu. Une perruque en vrais cheveux et je suis bonne pour le catwalk. J'ai le corps.
Critique: L'excentricité, faut prendre ça avec modération. Je sais que vous allez trouver cette phrase contradictoire, mais comprenez-moi bien, les personnages excentriques, gais ou non, d'Easton Ellis sont tout à fait capable d'agir avec classe, avec logique. Là, on nous balance un gars qui veut se faire exploser l'anus à coup de pénis, d'esclavage à vie pour le bonheur de sa "Royauté"... J'veux dire, calm the fuck down. La manière d'écrire reste soignée, on sent que l'auteur a une belle plume, mais comme pour le cas d'Amy dans Le ciel de Bay City, c'est le personnage complètement pathétique qui ruine l'histoire.
Je recommande: à ceux qui aiment la littérature homo-érotique trash, mais pas trop trash.
Perso: À peine un mois après ma lecture, j'allais voir la pièce Disparaître Ici, qui mettait en scène des personnages directement calqués de l'univers Ellisien, sans s'en cacher. Mettons qu'après, j'avais eu ma dose de monde plein de fric qui baise partout pis qui se fout de tout.
Vendredi 9 septembre 2016 -
030- L'été 95, Sophie Létourneau, Le Quartanier, Coll. Nova #5, 2013, 50p., 9$. Acheté le 20 juin 2015, au Archambault Berri. -
Mise en contexte: L'été 1995, c'est donc pendant la période préparatoire au second référendum. Les Anglais sont frileux, mais les Québécois le sont encore plus. Autour de la frénésie de partisans, on se dit “Partira-tu, partira-tu pas? Quossé m'a fére, si j'perds mes belles Rocheuses”. Beaucoup de familles ont quitté le Québec, soit pour l'Ontario, soit pour leur pays d'origine, dans la peur de perdre les avantages sociaux du Canada, et d'avoir à payer pour des dettes d'un nouveau pays qui ne les intéressait pas. En 2012, la classe étudiante occupe les rues de la province, militant pour le droit à une scolarité gratuite, ou du moins pour un gel des frais scolaires. Le conflit étudiant fait tant de bruit qu'il est couvert de partout dans le monde. Le carré rouge en feutre venait de passer à l'histoire.
L’histoire: Sara, trente-quatre ans, part du Japon pour se rendre à sa ville natale, Québec, où elle retrouve les vestiges de son adolescence rebelle avec sa meilleure amie, depuis bien longtemps disparue. À travers les ruelles et divers lieux mythiques, certains encore flamboyants, d'autres avec une nouvelle vocation, ou même simplement rasés, Sara évoque les cigarettes, le premier rave, le Dagobert, les films sur VHS, les lunchs pourris à la cafétéria. Tout ça, avec un filtre mauve, dont on ne sait s'il est poison, ou s'il est séduction. En arrière-plan, elle et son caméraman, Tetsuo (salut, Akira), prennent des images de la ville et couvre le conflit étudiant de 2012.
On a tété des bières autour de feux de camp sans incendier la forêt. On a défoncé l'année dans un chalet avec des gars qui portaient des casquettes de la NFL en bucant du Clamato Mott’s. On a fait du pouce la nuit sans se faire violer. On a pris de l'acide sans devenir psychotique. Une fois, tu as pris de la PCP. Moi, j'étais trop chicken. Mais j'ai veillé sur toi, tout comme tu resterais près de moi lorsque je vomirais un litre de vodka tonic, la tête dans la cuvette, ta main sur mon épaule. Derrière la porte, des gars aux cheveux frisés spéculaient sur l'imminence de l'arrivée du livreur de poutine.
Critique: C'est doux, du début à la fin, malgré la sensation que nos deux hôtes aient été fortement écorchées par leurs expériences. Comme s'il pleuvait toujours, sur Québec, mais jamais à grosses gouttes, plutôt en bruine. Si la première lecture m'avait peut-être laissé perplexe, la seconde m'a davantage ravi. Est-ce parce que, depuis, j'ai lu La déesse des mouches à feu, et que la violence et “L'ENFÉRE DE LA DROYE” me semblent maintenant plus tendres, dans les yeux de ces enfants? Peut-être, c'est bien possible. Il doit y avoir une part très judéo-chrétienne aussi, dans la finalité de cette jeune fille qui ne survit pas à son train de vie, à l'instar de notre protagoniste, déménagée de Québec avec sa famille, probablement juste avant le référendum, pour retourner au Japon.
Je recommande: aux jeunes, aux plus vieux; aux amateurs de prose douce et amère; aux friands de nostalgie; aux amoureux de la Vieille Ville.
Perso: C'était la journée juste avant de partir en vacances à La Baie, et je me suis dit: “Tant qu'à être chez Archie, j'vais m'essayer à payer à rabais avec ma carte d'étudiant qui date d'avant le conflit étudiant”. Le jeune à la caisse, avec les yeux rougis par les 7h de travail monotones, et peut-être par un manque de désir de vivre aussi, serait celui qui ne verrait pas la date d'expiration! Hélas, sa collègue (pensez à Angela dans The Office) le remplaçait au moment où je posais mes livres avec ma carte passée date dessus. Oups.
Jeudi 8 septembre 2016 -
029- À la morte-saison, David Leblanc, Le Quartanier, Coll. Nova #4, 2013, 38p., 9$. Acheté le 11 juillet 2015, à la librairie L'Écume des Jours. -
Mise en contexte: C'est LE Nova que j'ai cherché le plus avant de le trouver, l'air un peu perdu, sur une tablette de l'Écume des Jours. Avec une couverture simple, un bleu bien assumé, ça m'a... induit en erreur.
L’histoire: Un homme scrape sa voiture dans un fossé à quelques lieues de la ville, et hallucine pendant son retour. J'pense.
"Une roulade dans la boue, un visage dans la poussière, une tache qui en remplace une autre. Hiéroglyphes électriques dans l'obscurité, dans l'air du temps, impossible d'échapper à l'éternel, implacable retour à la réalité. Il le sait, alors il s'enferme de l'autre côté, cancer maboul et troubadour, dans la poussière impossible, la bouche..."
Critique: C'est comme ça à partir de la deuxième page, jusqu'à probablement la fin. J'ai tenté de le relire, pour m'en souvenir, mais après 10 pages, soit j'arrêtais la lecture et passais mon chemin, soit je noyais des bébés lapins pour purger l'humanité de cette chose. J’ai choisi d’épargner les créatures de la forêt sans défense.
Je recommande: aux amateurs de poésie, de récits non conventionnels, de trip d’acide dans le désert avec Jim Morrison. Pour TOUS LES AUTRES, prière de s’abstenir.
Perso: J’ai vraiment, vraiment, essayé de le lire au complet, pour la critique. Mais y’avait rien à faire, ma vision glidait tout l’temps vers l’ailleurs.