“[...] La neuvaine d’épouvante — pour paraphraser un titre de Jean Ray — qu’est Ravive explore des registres divers. On y retrouve des contes horrifiques (« Le Château »), voire gore (« Les Hommes-Soleil »), des histoires science-fictionnelles — le frankensteinien « Reborn », les dystopiques « Le Dernier homme » et « Anton » — ainsi que des nouvelles au fantastique tantôt onirique (« Donvor », « Ploumanac’h »), tantôt cauchemardesque (« L’Année sabbatique » et « Orcadi »). Au-delà de leur immédiate bigarrure, les neuf textes de Ravive sont étroitement liés les uns aux autres par des motifs spatiaux et thématiques récurrents. Le rivage semble former le lieu central de la géographie imaginaire de Romain Verger. S’il affiche une prédilection pour le littoral breton — théâtre de cinq de ses nouvelles —, l’écrivain emmène aussi ses lecteurs et lectrices sur les côtes de l’Atlantique nord et de l’Adriatique, ou bien encore au bord d’une rivière italienne ou d’un canal parisien. En ces rivages — des interfaces plutôt que des lignes de démarcation — où l’élément terrestre se redessine sous l’action des forces aquatiques, Ravive inscrit des protagonistes faisant l’expérience de la métamorphose. Éprouvant avec effroi ou fascination des sensations et des sentiments inédits — ou peut-être profondément refoulés, ainsi que le suggèrerait le titre du recueil —, les personnages de Romain Verger se découvrent autres qu’ils ne le croyaient. Pour évoquer ces processus de transformation au cœur des neuf nouvelles de Ravive, l’écrivain use d’une écriture extrêmement travaillée. Souvent longue, sa phrase explore des champs lexicaux rares et complexes. Sans doute Romain Verger cherche-t-il de la sorte à restituer au plus près les étranges mutations affectant ses héros, tout en conférant à ses évocations une dimension poétique. [...]”








