LAVEZZI / CAVANI : LA CHARGE DE REVANCHE
Ils seront certainement les acolytes d’attaque de Zlatan Ibrahimovic ce soir au Parc des Princes. Lavezzi et Cavani ont tout à gagner ou à perdre face à Chelsea. Souvent pointés du doigt pour le mauvais plutôt que pour le bon, réduits à ne pas valoir le montant de leur transfert, l’occasion se présente pour Edinson et Ezequiel de mettre les ponts sur les « i » de leur nom de famille.
Revanchards, l’adjectif sied à merveille à l’état d’esprit qui doit en ce moment habiter les joueurs et le staff du PSG. Encore plus après le scénario impensable de ce weekend en Ligue 1, où ils ont laissé échapper 2 points contre Caen. Lâchés par les muscles de 4 de ses membres, et contraints ainsi de finir à 9, les Parisiens voient s’accumuler les nuages noirs au moment de négocier un virage extrêmement serré sur le parcours de cette saison. Passé si près de la qualification en demies l’an passé après un match aller qui les mettait dans d’excellentes dispositions, ils avaient craqué sous la pression d’un événement que Mourinho et son escouade avaient au contraire très bien maîtrisé mentalement. Cette année rebelote donc, mais en 1/8ème cette fois-ci, histoire de corser un peu les choses et leurs conséquences si Paris passe à la trappe. Histoire aussi de mieux faire regretter aux hommes de Laurent Blanc cette première moitié de saison poussive, sans imagination et parfois même à la limite du foutage de gueule. C’est aussi ça qu'ils chercheront à faire partiellement oublier au terme des 2 affrontements. Un rendez-vous que la logique actuelle des événements voudrait voir tourner en faveur de Chelsea. Le PSG s’apprête à aborder une revanche avec moins d’atouts que la saison dernière, la faute aux blessures mais aussi aux méformes. Dont celles permanentes aux yeux de certains de Lavezzi et Cavani.
Limites de la critique
Alors que les 2 Sud-Americains avaient réussi un très bon exercice 2013/2014, la tendance 2014/2015 est à la déprime où au ras-le-bol, conséquences d'abord d’une gestion pas toujours fine de la part de Lolo Blanc. Souvent remplacé l’un par l’autre, laissant le champ à Zlatan évidemment mais aussi à Lucas, les deux anciens compères d’attaque napolitains ont fini par ne plus comprendre comment leurs prestations étaient jugées. Un état d’esprit né aussi d’un manque de considération générale de la part du public et des médias, qui aiment à fustiger une certaine maladresse, réduisant bien souvent leurs qualités à la quantité de leurs retours défensifs. Quand ils ne tapent pas gratuitement dessus comme adore le faire Pierre Menes et ses vannes destinées à servir sa notoriété sans se préoccuper des répercutions dans l’inconscient collectif. Avaleurs d’espaces, Lavezzi et Cavani sont pourtant bien plus que de simples « chiens fous » malhabiles. Et s’il est vrai qu’ils ont su aussi donner le bâton pour se faire battre, il faudrait savoir reconsidérer les prismes par lesquels ils sont systématiquement observés : à savoir le gigantisme de Zlatan et le montant de leur transfert. Comprendre que face à la proéminence des stats du Z et aux quelques 100 millions déboursés par le Qatar pour recruter les 2 joueurs, leurs prestations ne sont en fait jamais assez bonnes. Il n’y a pas assez de dribbles et trop de déchets. Ils reviennent défendre mais ils ont le malheur de ne pas marquer à chacune de leur action. Ils libèrent des espaces, multipliant le plus souvent les appels de balles en profondeur, histoire de varier le jeu parfois stéréotypé du PSG. Mais ils ne sont que trop peu servis par leurs partenaires, et trop peu vus par les « observateurs ». Et quand bien même pour Cavani les stats tutoient celles de Zlatan en terme de buts inscrits, il n’est tout simplement « pas assez bon » parce qu’il a coûté 64 patates. Tandis qu’ils devraient démarrer ce soir pour la première confrontation avec Chelsea, certains regrettent déjà Lucas et Pastore alors que l’an passé ils étaient prêts à les jeter à la poubelle. Symbole d’une opinion si versatile qu’il est devenu difficile pour ces joueurs qui marchent tellement à l’affectif de se sentir à l’aise. Lavezzi et Cavani sont de ceux-la. Mais ils sont aussi de la catégorie des orgueilleux, qui savent que s’ils ont leurs imperfections, ils ont aussi et surtout des couilles et un état d’esprit de guerrier sur lesquels aucun grand club européen ne cracherait. Demandez à Simeone ou Mourinho si ce type de joueurs n’a pas sa place dans les plus grandes réussites et vous comprendrez que souligner les manques plutôt que les qualités en permanence n’aide pas à un discernement fiable. Pas un hasard que Diego Costa soit devenu un attaquant de niveau mondial sous la houlette successive du Cholo et du Mou. Il est à parier que l’ispano-brésilien ne serait jamais devenu ce qu’il est chez nous, où Trezeguet tarde à être reconnu comme l’un des plus grands de l’histoire de notre football.
Un défi insurmontable ?
Reste tout de même en suspens la question de leur niveau pour terrasser un adversaire tel que Chelsea. Car s’ils méritent d’être défendus face à une critique qui ne prend souvent pas toutes les perspectives nécessaires, ils n’en sont pas moins des joueurs qui ont régressé par rapport à l'an passé. D’ailleurs, si Cavani serait évalué aujourd’hui à 38 millions d’euros d’après l’Observatoire du Football du Centre International de l’Etude du Sport* (joueur le plus cher de l’effectif parisien ndlr), cela reste nettement moins que son prix d’achat. Alors évidemment il faut comprendre qu’être une mauvaise affaire ne veut pas dire être un mauvais joueur, mais cela reste un élément significatif d’une trajectoire. Les raisons de ce nivellement ne sont pas uniquement intrinsèques, comme elles ne sont pas non plus seulement du fait d’une mauvaise presse. Lavezzi s’est blessé assez longuement, et Cavani a du gérer les conséquences d’un divorce et d’un positionnement sur le côté qu’il ne chéri guère. Ainsi, si l’on pouvait inverser les ailiers de deux équipes, tous les Parisiens accepteraient sans hésiter, et à juste titre. Car il ne faudra pas faire face à Maxwell et Van Der Wield, mais bien à Ivanovic, l’un des meilleurs arrières latéraux du monde, et à Felipe Luis ou Azpilicueta, points faibles très relatifs des Blues. Le défi pour les 2 attaquants qui auront la tache d’épauler Zlatan devant et les autres derrière parait difficile à surmonter. La meilleure des solutions restera donc de faire fi de tout cela et de tout donner comme savent si bien le faire ceux qui enchantaient le San Paolo de Naples il n’y pas si longtemps. Personne n’a oublié que c’est avec le coeur que Paris avait battu Chelsea l’an passé, et que c’est avec la tête que la capitale avait du s’incliner. Et surement pas Lavezzi et Cavani, qui après avoir gagné 2 fois le match aller 3-1 contre Chelsea (une fois avec Naples en 2012, et avec le PSG l’an passé ndlr) ont 2 fois laissé passer leur chance de poursuivre leur aventure en Ligue des Champions à l'issue du match retour.
Si les 3 derniers mois de la saison seront très certainement les derniers d’Ezequiel et Edinson au PSG, les voila sur une route qui pourrait les amener à fermer quelques bouches en même temps que de prendre plus d’une revanche. Une sur eux-même, coupables d’avoir accordé finalement trop d’importance aux nombreux reproches qu’ils ont pu entendre. Une autre sur ceux qui leur adressaient ces reproches. Et enfin une sur Chelsea.
Joachim Gettler
* http://www.football-observatory.com/valeur-transfert
















