La baie de Saint-Tropez – The bay of Saint-Tropez
aquarelle d’André Dunoyer de Segonzac
will byers stan first human second
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La baie de Saint-Tropez – The bay of Saint-Tropez
aquarelle d’André Dunoyer de Segonzac
Souris à toutes les jolies choses - Mouse to all pretty things
COLETTE : Tu pourrais faire de la télévision, toi aussi, je te vois bien. Tu aimais ça, il y a quelques années, le journalisme, la réalisation ?
SA FILLE, COLETTE DE JOUVENEL : Oui…
– Est-ce que tu te souviens ? À Saint-Tropez… Ou à Saint-Malo ? Non, à Saint-Tropez, tu étais déjà adolescente. Tu avais eu cette idée pour filmer la mer, la baie… Une idée de caméra sous l’eau, couplée avec d’autres caméras… en travelling circulaire face à la baie, des rails sur un kilomètre. Enfin, tout un dispositif.
– Oui, à Saint-Trop’, oui. Oh la honte !
– Pourquoi ?
– Je ne sais pas… C’était ridicule, non ?
– Mais non ! C’était passionnant ! Tu ne savais pas encore te servir d’une caméra, naturellement, mais c’était… c’était une vision esthétique. Une authentique vision d’artiste. À quatorze ans.
– Je voulais filmer de nuit, puis de jour, et mêler les séquences… J’avais calculé que le film devrait durer huit minutes trente-neuf secondes… trente-neuf secondes ! C’est fou de s’en rappeler, hein ? À cause du morceau de Debussy sur lequel je voulais le caler. Oh, c’était nul ! Non, ce qui était beau, c’est l’ambiance du chemin de côte une heure avant l’aube, la petite plage des Cannebiers presque sans vagues, comme un miroir…
– Ah… oui !
– Tu te souviens qu’un matin, plusieurs matins une année, tu nous as fait baigner en pyjamas vers six heures, au lever du jour ?
– Oui… Je ne sais pas si beaucoup de mères ont ce genre d’initiatives avec leur fille !
– Je ne sais pas… C’était bien ! Mais papa n’avait pas tellement aimé quand je lui ai raconté.
– Tu as raconté ça à ton père ?
– Oh, une fois, oui, comme ça…
– Tu ressembles beaucoup à ton père, chérie.
– Tu penses ?
– Oui. Au physique, et au moral. Il a été un journaliste envié, mais c’est la politique qui le tenait. Comme ton demi-frère. Un bon ministre, un grand ambassadeur… Il a surtout été un très bel homme, très amoureux… de la vie…
– Maman…
– Mon cœur ?
– Est-ce que tu as été heureuse ? Dans ta vie ?
– Pourquoi me demandes-tu cela ?
– Parce que… Je ne sais pas si j’y arriverai…
– À quoi ?
– À être heureuse.
À cet instant, je suis perdue. Que puis-je dire à ma fille unique ?
– Mon enfant… Ma fille, que j’admire tant. Tu es un si bel être humain…
Je caresse très doucement l’ovale de son visage. Sur sa joue non fardée, mon index recueille et essuie les larmes. Des joues que j’ai eu récemment l’occasion de caresser, celle de ma fille est de loin la plus chaude. Seule Pauline malade égala cette chaleur. Un feu vif anime ma petite Colette, la tourmente. Je le lui ai souvent connu. Ces larmes ne sont pas d’une femme démoralisée, au contraire, elles expriment une sorte de rage…
Que dois-je dire à mon enfant ?
Je refoule une mêlée de sentiments. L’envie, oui… J’envie sa vitalité jusque dans la détresse. Et puis, un chagrin. Un vieux, très inutile, très imbécile chagrin…
– Tu as perdu ton papa à vingt ans… C’est très jeune. Quand tu étais petite… oh, ma chérie, j’avais tellement besoin de travailler ! Tu ne pouvais pas le comprendre, bien sûr. Tu t’es sentie seule, n’est-ce pas ? Délaissée ?
– Maman…
– Mais aujourd’hui, regarde… cette vieille méchante qu’est ta mère… Aujourd’hui, ta vieille maman prend trop de place, même maigre comme tu la vois !
– Maman, tu n’es pas méchante, non, jamais. Tu vas reprendre des forces…
– Ma beauté, mon trésor, je vais partir. Et toi, tu vas vivre. Tu es si douée pour la vie ! Toi qui aimes tant le soleil, et la mer… Toi qui sais relever des murs éboulés, soigner un chevreuil blessé, faire rire les enfants… Je n’ai été qu’une originale, tu comprends… une personne…
– Maman, je t’aime tant, maman…
– Viens, viens contre moi. Mon heure est passée, mais j’en ai bien profité. À ton tour. Aime toujours. Souris à toutes les jolies choses, à toutes les belles personnes. Les personnes humaines, les petites personnes animales…
Colette continue à parler à la jeune Colette, à la bercer, à panser sa blessure. Mais nous ne l’entendons plus.
Extrait de ma novella Tout est bleu ce matin © Frédéric Le Roux, 2019.
Illustration : Saint-Tropez, aquarelle d’André Dunoyer de Segonzac.
EINSTEIN, LE SEXE ET MOI – EINSTEIN, SEX AND I
“ 1. Bienvenue dans mon monde
Je suis autiste Asperger. Ce n’est pas une maladie, je vous rassure. C’est une différence. Je préfère réaliser des activités seul plutôt qu’avec d’autres personnes. J’aime faire les choses de la même manière. Je prépare toujours les croque-monsieur avec le même Leerdammer. Je suis fréquemment si absorbé par une chose que je perds tout le reste de vue. Mon attention est souvent attirée par des bruits discrets que les autres ne perçoivent pas. Je suis attentif aux numéros de plaques d’immatriculation ou à tous types d’informations de ce genre. On m’a souvent fait remarquer que ce que je disais était impoli, même quand je pense que c’était poli. Quand je lis une histoire, j’ai du mal à imaginer à quoi les personnages pourraient ressembler. Je suis fasciné par les dates. Au sein d’un groupe, il m’est difficile de suivre les conversations de plusieurs personnes à la fois. Quand je parle, il n’est pas toujours facile de placer un mot. Je n’aime pas particulièrement lire des romans. Je trouve qu’il est compliqué de se faire de nouveaux amis. Je repère sans cesse les mêmes schémas dans les choses qui m’entourent. Je préfère aller au musée qu’au théâtre. Cela me dérange quand mes habitudes quotidiennes sont perturbées. J’aime beaucoup les calembours comme “J’ai mal occu, j’ai mal occu, j’ai mal occupé ma jeunesse.” Parfois je ne sais pas comment entretenir une conversation. Je trouve qu’il est difficile de lire entre les lignes lorsque quelqu’un me parle. Je note les petits changements dans l’apparence de quelqu’un. Je ne me rends pas toujours compte que mon interlocuteur s’ennuie. Il m’est extrêmement difficile de faire plus d’une chose à la fois. Parfois, au téléphone, je ne sais pas quand c’est mon tour de parler. (…) J’ai le même âge que Novak Djokovic et un an de moins que Rafael Nadal. Quand je regarde un film où un personnage fait des cupcakes, je passe tout le reste du film à me demander combien de cupcakes ont été cuisinés exactement. Je ne supporte pas de porter des jeans trop serrés. Une exposition à une source de lumière trop vive me plonge dans un état de panique. (…) J’aime beaucoup les lasagnes, le chocolat à l’orange, la Patagonie et les chansons de Leonard Cohen. Bienvenue dans mon monde.
PREMIÈRE PARTIE : LE NEUF POINTS GAGNANTS
2. Diên Bien Phu
(…) J’allais enregistrer les émissions de Questions pour un super champion, celles du dimanche où s’affrontent les vainqueurs de l’émission quotidienne. J’ai gagné trois fois la quotidienne au printemps ; j’ai perdu à la quatrième, heureusement, on m’a appelé pour participer aux prestigieuses Questions pour un super champion. On était le 15 août, jour de l’Assomption de la Vierge. J’avais mes écouteurs dans les oreilles avec la liste des batailles célèbres classées par date anniversaire dans l’année.
14 janvier 1797 : Rivoli. 8 février 1807 : Eylau. Du 13 mars au 7 mai 1954 : Diên Biên Phu.
Mon cœur cognait si fort que j’avais l’impression d’avoir un second cœur entre les yeux. J’avais une veine qui palpitait entre mes sourcils, le sang affluait à mes tempes – mon cerveau saignait à toute vitesse. Super Champion. J’ai fini par m’endormir vers quatre heures, épuisé. (…)
– Levez les bras.
L’assistante ne s’est pas présentée, elle prend un sèche-cheveux et commence à me sécher. Je transpire horriblement. Plus elle me sèche et plus je transpire, c’est beau et ironique comme un poème de Fernando Pessoa.
Au bout de vingt minutes, l’assistante laisse tomber. Elle ne m’a pas encore dit bonjour. J’ai l’impression que ma vie est en jeu, mais la production est concentrée sur mes aisselles.
Heureusement Marie-Victoire arrive. Je n’invente rien, Marie-Victoire s’appelle Marie-Victoire. C’est une femme adorable. Elle travaille à Questions pour un champion. Je l’ai rencontrée lors du tournage des émissions quotidiennes. Au sein de la production, elle est en charge des candidats.
– Bienvenue, Olivier. On va te préparer pour l’émission. Tu sais, ce n’était pas pressé, tu ne tournes qu’à dix-sept heures.
Marie-Victoire m’emmène à l’habillage
Elle regarde dans le grand sac de sport rouge que j’ai trimballé, où j’ai fourré en vrac les cinq tenues de rechange obligatoires exigées par l’émission. Tout est froissé et sale, et Marie-Victoire fait une moue de dégoût, de tendresse maternelle et de dépit. Elle se dirige vers un portant plein de chemises, farfouille dans les cintres et m’en tend une verte qui appartient à la production.
Une chemise verte ? Ma grand-mère Josefa m’a toujours dit que cette couleur porte malheur. Je refuse catégoriquement. C’est à cause d’une chemise verte que j’ai perdu aux émissions quotidiennes. Le pire souvenir de ma vie.
Je veux ma chemise rouge. C’est à prendre ou à laisser. Les négociations sont âpres.
Marie-Victoire abandonne et m’autorise à garder ma chemise rouge. Puis direction le maquillage. Difficile de me maquiller les paupières. Je n’aime pas trop qu’on me touche le visage, encore moins les yeux. Coiffure. Encore un coup de sèche-cheveux sous les aisselles.
Marie-Victoire me dit que c’est bon, je peux souffler :
– Tu veux un café ? ”
Olivier LIRON, EINSTEIN, LE SEXE ET MOI, Alma Éditeur, 2018. Extraits des pages 11 à 20.
Olivier
(via https://www.youtube.com/watch?v=7dgrMSTalZ0)
Tout est dans le titre !
Everything’s in the title!
Roses…
(via https://www.youtube.com/watch?v=5DIs7KQv8qU)
“ You will hear about him. Tribute to Michel Simon ”
Barbara a chanté, et écrit, beaucoup de chansons envoûtantes. On m’a appris qu’elle était méchante, que les fameux “hommes” dont elle était entourée, elle les battait… Mon meilleur ami ne peut plus l’écouter, il tourne le bouton quand elle passe à la radio… Pas moi. L’ambivalence de l’être humain, pire, celle du génie, me dérange, mais… je l’accepte ?
Je ne peux pas dire pourquoi j’écoute quatre fois par jour ce texte de Georges Moustaki, qui serait un hommage à Michel Simon 🥊 💎
La reverrons-nous ? L’injustement éliminée candidate de The Voice 2019, London Loko 🌺
London Loko est le tout premier Talent à se présenter devant les cocahs pour ce tout premier direct de la saison. London Loko a passé toutes les étapes de la compétition haut la main en se qualifiant aux auditions à l’aveugle avec « Love’s Divine » de Seal. Puis pour les KO, London Loko nous avait envoûté, ainsi que son coach Mika, avec « Coco » de Julien Doré. Et pour être sélectionnée pour les directs, London Loko était opposée à Albi face à leur coach Mika qui finalement les a gardés tous les deux. Ce soir, ce talent se présente devant les coachs avec une reprise de Clara Lucciani: « La Grenade ». Sa prestation en direct convaincra-t-elle son coach Mika qu’elle est un bon élément de son équipe ? Quel sera l’avis du public sur la voix de London Loko ? Extrait du REPLAY de The Voice – Direct 1 du samedi 18 mai 2019
Petite sœur de Nina Simone 🌈 Plus heureuse, on l’espère !
Un premier amour
Extrait de NINA SIMONE. UNE VIE par David Brun-Lambert
“Les Waymon avaient de nouveaux voisins : les Whiteside, une famille Cherokee. Et Eunice [Nina Simone] eut un coup de foudre pour Edney, le fils aîné. Elle le croisait souvent lorsqu’elle partait prendre ses leçons chez Mazzy. Un beau garçon – de jolis traits, un corps solide à la peau ambrée et des cheveux couleur de jais taillés courts. Lors de leur première rencontre, Edney était torse nu. Il aidait son père à couper les hautes herbes de leur jardin et à les rassembler avant de les brûler. Il était superbe dans le soleil déclinant. À la vue de son torse trempé de sueur, Eunice fut foudroyée. Elle accéléra le pas, espérant qu’il ne l’avait pas remarquée, mais le garçon planta sa fourche à ses pieds et lui souhaita le bonjour. Elle ressentit comme une secousse dans sa poitrine, lui rendit timidement la politesse, sentant aussitôt ses joues s’empourprer. Elle continua sa marche sans se retourner puis, une fois parvenue au sommet de la côte, comme saisie par une force inconnue, se retourna enfin et osa un coup d’œil vers le jardin des Whiteside. Le garçon était toujours là, qui la regardait. Dans un grand sourire, il lui fit un signe de la main. Eunice sentit son cœur exploser et se mit à courir.
“Ils se revirent. Par accident d’abord, puis ce furent les premiers rendez-vous. Chaque fin d’après-midi, Edney l’attendait, assis sur une motte de terre, jouant avec les herbes du jardin.”
Flammarion, 2005, p. 33-34. Grande bio 💎.
"Ne Me Quitte Pas" performed by Nina Simone. Recording session: 18 December 1971
C’est le matin, il est tôt… Vous prendrez bien une tasse de café bien fort ?
Bonjour la France ! Un bosquet de chênes, une chapelle, le coq gaulois… À droite, un bout de village, puis des champs de blé. En contrebas, la vallée de l’Eure. À gauche, une forêt. Quelques ânes dans une propriété. Quand j’ai un poids sur la poitrine, je viens le dissiper ici. Cette médecine n’a jamais échoué. Je n’en abuse pas. D’autres fois, je viens simplement pour le plaisir, je fume une (rare désormais) Marlboro Gold. J’ai appris avec amusement que ma cigarette préférée était aussi une des plus vendues. Je me trouve très conformiste ces derniers temps !