Ce n'est pas la conscience qui détermine la vie, c'est la vie qui détermine la conscience" écrivent-ils. Autrement dit: les idées que nous croyons avoir tout seuls nous sont, en réalité, dictées par notre situation dans le monde et les rapports de force auxquels nous sommes exposés. Nos idées sont inséparables de nos conditions d'existence. Qu'on pense en bourgeois ou qu'on pense en ouvrier, le raisonnement que nous tenons est indissociable du lieu d'où nous parlons. En termes marxistes, la "production des idées" est l'émanation directe de nos "comportements matériels". A "l'idéologie", qui impose d'en haut des catégories abstraites où l'immobilisme et la bonne conscience s'entendent comme larrons en foire, Marx et Engels opposent la réalité des antagonismes sociaux: notre libre-arbitre n'est qu'une illusion qui recouvre un chaos traversé par des rapports de force. Bref, nous ne sommes pas libres, mais on gagne en liberté quand on sait qu'on ne l'est pas. Prendre conscience des forces qui nous font penser (et nous donnent, en plus, l'illusion que nous sommes l'origine de nos idées) est une façon de s'en libérer. Comme le jour où on s'aperçoit que la volonté ne choisit rien, mais qu'elle est toujours déjà orientée par des conditions qui la précèdent.