Je vais mourir dans un peu plus d'un mois. Tu peux m'écrire un petit quelque chose que je lirais avant de mourir ? Un truc qui vient du font de tes tripes.
Je n’y arrive pas. Je te réponds honnêtement, je n’y arrive pas. Cela fait des semaines que je pense à ton message et le temps s’écoule sans que je puisse l’arrêter. Crois-moi, j’aurais aimé pouvoir l’arrêter pour toi. Peu importe qui tu es.
J’ai toujours imaginé la mort comme une sieste dans laquelle on plonge soudainement, sans même s’en rendre compte. Notre âme s’éteint d’une seconde à l’autre alors que nos pensées s’entremêlent, je pense alors que l’assoupissement n’est que le résultat d’un chaos de la réflexion nocturne. En l’occurrence, ton corps s’éteindra également. Je t’interdis d’avoir peur.
J’aurais aimé te connaître pour t’écrire les plus beaux mots, te tatouer l’âme avec des paroles pour apaiser ta douleur et te tenir la main quand tu t’en iras.
Puis, merde. C’est injuste. Je ne sais pas, tu n’as encore rien vécu. Tu vas rater les flocons de neige. Tu vas rater la chaleur qui brûle la peau, les cigarettes, les joints, les rires, la musique. Les baisers, les nuits blanches. Toutes ces conneries qui nous rattachent à la vie parce que n’importe qui rêve de sa mort à un moment ou à un autre. Mais on n’est jamais sérieux et toi on te la fout sous la face comme si ta naissance avait été un contrat. Un contrat qui s’achève à présent. Tout ça, pourquoi?
Ma jolie, mon beau, qui que tu sois.
J’aimerais vomir, me révolter, frapper, courir en brisant les préceptes, modifier la gravité, les lois naturelles, cracher sur les tombes, sur les nouveau-nés pour modifier le cours de ta vie, si seulement je le pouvais. Si seulement c’était possible. Bat-toi. Produis, laisse une trace, laisse ton art. Peu importe ce que c’est, bat-toi putain. On t’enlève, mais crache toi aussi. Prouve que t’étais bien là, chie sur le monde, fous-toi de tout, dis je t’aime, dis je te hais, sauve-toi.
Putain, mais bat-toi je te dis. Autant que tu peux, frappe les visages, frappe les murs, frappe le papier blanc, frappe les toiles de peinture, frappe le sol. Frappe la vie, frappe la mort.
Je passerai un coup de fil à Jésus pour que ta réincarnation se fasse dans de bonnes conditions. Qui sait, peut-être que tu seras mon enfant.
Et même si, je ferai de mon mieux pour que mes prières soient exaucées. Plus personne ne te fera de mal.
C’est un sourire éternel qu’il y aura sur ton visage.
Je t’embrasse avec tout l’amour du monde.
Repose en paix, Je penserai à toi. Ewelina.