Tout est répétition, re-parcours, retour. En fait, même la première fois est une «seconde fois».
Cesare Pavese, Le Métier de vivre, Gallimard, 1958
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Tout est répétition, re-parcours, retour. En fait, même la première fois est une «seconde fois».
Cesare Pavese, Le Métier de vivre, Gallimard, 1958
Ce que j’aime dans les fins ce sont les commencements qu’elles contiennent.
Au téléphone, Laura cite un épisode du podcast Transfert dont les mots l’ont marquée. Ce soir, ils entrent en résonance avec son histoire et elles me les dit pour qu’ils me touchent moi aussi. Le confinement qui nous bloque tous chez nous, nous éloigne les uns des autres, nous prive de nos nombreux divertissements habituels, peut être autre chose qu’un temps mort, stérile, une pause durant laquelle ce que nous avons vécu jusqu’à présent resterait figé. Ce que nous découvrons ce soir (et j’adore le dire et le répéter “Nous découvrons quelque chose!” Nous, à notre échelle sommes les actrices et les créatrices de quelque chose d’important. Vivre une découverte! Encore mieux: La faire! Y a t-il chose plus grande?), c’est que nous pouvons faire de cette parenthèse l’occasion de mettre un terme à des histoires qui n’ont que trop duré, de boucler les dossiers en attente (plus de divertissement, obligation de se confronter au réel, heure du bilan) pour pouvoir enfin commencer à en écrire d’autres (parce qu’on ne conçoit pas la vie sans l’écriture), à (re)vivre ces choses qui nous font fantasmer: la connaissance de soi et de l’autre, l’amour, le désir, la passion, le don, le partage, l’accueil de la parole et des émotions.
Sortir du bois d'antan : Les opportunités les plus visibles Deviennent toujours très illisibles Elles piègent l'esprit critique Puis ses tentacules pètent les rotules Un piège se forme dans le présent cynique Un sentiment d'actes inachevés Les erreurs, la lâcheté, le temps perdu bien immolé Devoir tout recommencer Le pouvoir d'affronter le pénible. Les épaules plus larges pour porter du tangible. Dugast Clément (Nocto)
2/2 On recommence
Et après ça, on recommence
activité toute printanière des oiseaux qui trouvent le moyen de se cacher dans les arbres pourtant sans feuille, le long des routes et chemins, le long des rivières ; on les entend, ils sont là, mais rien ne les distingue à la vue, au loin, dans les sommets, leurs chants qui se multiplient ; comme si une transparence nouvelle les camouflait, une transparence qui venait d’éclore au matin formant un pré-feuillage invisible, d’un printemps avant le printemps ; et dans cette sensation tenace et mystérieuse je voulais croire que les prémices mêmes les plus infimes pouvaient initier à eux-seuls formes et couleurs d’une saison ; le retour des chants des oiseaux possède cette capacité inouïe de recomposer la nature, de la détailler, de la pressentir, de l’achever ; les pouvoirs des prémices repoussent les limites du réel
© Pierre Cressant
(vendredi 22 janvier 2010)
François Durif, Plis et confettis, Paris, 19.06.22
Il n’est jamais arrivé qu’un « mortel » ne meure point, échappe à la loi commune, accomplisse ce miracle de vivre toujours et de ne disparaître jamais, que la longévité, passant à la limite ou allant à l’infini, devienne éternité : car l’absolu est d’un tout autre ordre que la vie. Alors pourquoi la mort de quelqu’un est-elle toujours une sorte de scandale ? Pourquoi cet événement si normal éveille-t-il chez ceux qui en sont les témoins autant de curiosité et d’horreur ? Depuis qu’il y a des hommes, et qui meurent, comment le mortel n’est-il pas encore habitué à cet événement naturel et pourtant toujours accidentel ? Pourquoi est-il étonné chaque fois qu’un vivant disparaît, étonné comme si pareil événement arrivait pour la première fois ? Et de fait, « tout le monde est le premier à mourir », comme dit Ionesco. La toujours nouvelle banalité de chaque mort n’est pas sans analogie avec la très ancienne nouveauté de l’amour, avec la très vieille jeunesse de tout amour : l’amour est toujours neuf pour ceux qui le vivent, et qui prononcent en effet les mots mille fois ressassés de l’amour comme si personne ne les avait jamais dits avant eux, comme si c’était la première fois depuis la naissance du monde qu’un homme disait la parole d’amour à une femme, comme si ce printemps était le tout premier printemps et ce matin le tout premier matin ; l’amoureux est devant cette toute neuve matinée et cette toute neuve aurore comme un être inlassable devant une chose inépuisable. Ici tout imitateur est un inventeur et un initiateur, tout recréation une création, tout recommencement un commencement.
Jankélévitch, La Mort, Flammarion, 1977
La solitude de l’écrivain, cette condition qui est son risque, viendrait alors de ce qu’il appartient, dans l’œuvre, à ce qui est toujours avant l’œuvre. Par lui, l’œuvre arrive, est la fermeté du commencement, mais lui-même appartient à un temps où règne l’indécision du recommencement.
Maurice Blanchot, L’Espace littéraire, Gallimard, 1955