L’étape qu’on saute le plus souvent quand on ouvre une relation
Article original de PolyamoryINC Polyamory: It’s Not Complicated
Vous avez passé des heures à discuter de ce à quoi votre relation allait ressembler ? Check !
Vous avez fait la liste de vos limites, de vos frontières, de vos règles et de vos attentes ? Check !
Vous vous êtes créé des profiles sur des sites de rencontre qui détaillent clairement ce que vous cherchez et qui exposent clairement votre relation existante ? Check !
Vous avez lu au moins 3 bouquins sur la non-monogamie ensemble ? Check !
Toi et ton⋅ta partenaire êtes abonnés et écoutez au moins trois podcast qui parlent de non-monogamie ? Check !
Vous êtes parés ! Vous ouvrez votre relation, vous avez vos premiers rencards… et BAM ! Disputes, doutes, jalousie, dissimulations, cris, pleurs, craquage… Un mois plus tard, on a l’impression de ne plus se connaître et on est prêt à faire une thérapie de couple, à divorcer, à oublier qu’on a un jour ouvert cette relation et tout ce qui à précédé.
Qu’est ce que c’est que ce bordel ?
Quand on vit dans le cocon d’une relation monogame on ne se rend pas compte du point auquel une relation monogame est un terrain fertile à la codépendance.
Vous me dites que vous n’en êtes pas au point de vous suivre au chiottes ? J’ai pas dit non plus que vous en étiez à un stade de codépendence psychotique.
Mais la monogamie génère la codépendence et fait bien souvent passer ça pour de la romance. Tu ne me crois pas ?
Tu te rappelle de l’histoire de ce couple qui n’a pas manqué un seul dîner ensemble à la table de la cuisine en 50 ans ?
Relis cette phrase, tu vas piger à quel point c’est flippant.
Et l’histoire de ce couple où le mari ou la femme meurt soit-disant de chagrin très peu de temps après la perte de son époux⋅se (Arrêtes avec le diabète et la crise cardiaque, tu saccages toute la romance de l’histoire!)
… encore une fois, c’est un peu flippant.
Ou bien celle de ce couple qui ne se dispute jamais, partage tous leurs hobbies, et deviennent amis avec tous les amis de l’autre… et bah du coup, ils partagent tous leur hobbies et tous leurs amis… tout le temps… toujours collés ensemble… il ne se quittent jamais sauf quand le boulot les y obligent.
Flippant, flippant, flippant.
La codépendence, c’est quand tu arrêtes d’être un individu à part entière et que vous vous fondez en une seule entité. Comme BrAngelina, JayOnce ou KimYe. Tu vois ces petits noms ? Flippant !
L’étape qu’on saute le plus souvent dans tout ce processus n’est même pas particulièrement propre au fait d’ouvrir une relation. Il s’agit simplement d’être certains qu’on reste bien deux individus distincts au sein de cette relation.
Bon, c’est quoi cette étape ?
Le dés-entremêlement, ça veut dire que tu mets en avant les individus que vous êtes, toi et ton⋅ta partenaire. Et plein de couples sont tellement nuls à ça qu’ils préfèrent envisager une relation ouverte codépendente.
« On va trouver quelqu’un qu’on peut partager ! »
« On va regarder les sites de rencontre ensemble ! »
« On va donner tous nos rencards à la maison comme ça on est sûrs que l’autre personne est présente ! »
Bin quoi ?! Tu sais, y a ce couple, là… Sur Facebook, ils jurent que ça a marché pour eux !
Quand je lis ces histoires, la première réaction que j’ai, moi qui ait ouvert quelques relations, c’est de deviner qui va craquer le premier. D’habitude, il semble que ce soit celui ou celle qui n’a pas le premier rencard ou qui peine à trouver d’autres partenaires… hmmm… imagine la scène.
Il ou elle parle à une nouvelle personne et laisse un détail de côté pendant plus de 30 minutes avant de te le dire ? MENTEUR ! Sale traître, espèce de vilaine menteuse !
Il ou elle a un premier rencard et tu n’as pas de ses nouvelles pendant plus d’une heure ? Je le savais ! C’était son plan depuis le début ! Je me suis fait niquer dans cette histoire de relation ouverte ! Ils se parlent depuis des mois en attendant de trouver un moyen de vivre leur histoire !
Il ou elle trouve immédiatement quelqu’un à qui parler (que tu crois)? Il - elle s’enfuit loin de moi aussi vite qu’il-elle peut avec cette personne !
Où est ce que tu as mis ton cerveau ?
Qui est ce⋅tte grand⋅e parano dans le miroir ?
Cet article n’est pas assez long pour t’expliquer toute la transformation qui s’opère et pourquoi tu associes sa nouvelle conquête à son plan secret de te pousser sous le bus de la douleur avec une grande satisfaction quant à ton cœur blessé.
Tout ça pour dire que vous avez sans doute loupé une étape, mes chéri⋅e⋅s.
Le dés-entremêlement t’évite 90 % de tout ça. Et c’est assez simple. Et on peut faire tout ça avant même de commencer à rencarder.
Choisis un soir, n’importe lequel, et casse-toi. Voilà, c’est ta soirée ! Si t’as choisi le mardi, va te faire des sushi dans ton japonais préféré.
L’autre choisi sa soirée aussi. Elle-il a choisi le Jeudi ? Allez hop, karaoké !
Tu peux voir tes potes, tu peux rester tout⋅e seul⋅e, mais IL EST HORS DE QUESTION d’être avec ton⋅ta copain⋅ine. Il-elle n’est pas obligé⋅e de rester à la maison mais il-elle ne peut pas venir avec toi.
Autre règle : Vous ne pouvez pas choisir le même soir. C’est bien essayé, mais vous devez prendre des soir différents. Ça aide à ce que plus tard, on s’évite des truc du genre « Non, tu ne peux pas avoir de rencard ce soir parce que moi je n’en ai pas, et qu’on ne peut rencarder que quand on en a tous les deux !» Ça, c’est un abîme de souffrance et de contrôle dans lequel personne n’a envie de sombrer.
Et pour pimenter le truc une fois que tu te serras fait la main, essaye de NE PAS lui demander où il-elle va et avec qui avant qu’elle-il ne soit rentré⋅e !
Voilà ! Toi aussi tu peux entraîner ce muscle en ayant des soirs où vous pouvez chacun affirmer votre singularité.
Rends le soir aléatoire. Vas-y, balance même un soir de week-end par-ci par-là.
Fais en sorte qu’aucun soir de la semaine ne soit à l’abri d’une chouette sortie. Mais oui, les parents, vous aussi vous pouvez le faire. Ça veut juste dire que ton binôme reste à la maison avec les gosses. Et par la même occasion, vous allez vous débarrasser de la codépendence parentale et apprendre à vos enfants qu’ils peuvent survivre à votre absence. Et t’inquiète pas qu’ils vont y arriver.
À ce point-ci, ton partenaire et toi, vous en êtes à une sortie par semaine pour rendre visite à des amis, aller au ciné, manger un bout. Mais… PAS DE RENCARD.
Entraînez vous à vous proposer des rencards l’un à l’autre.
Tout à coup, tu vas remarquer que ta partenaire et toi avez recommencé à planifier vos soirées indépendamment l’un de l’autre.
T’as entendu ce que j’ai dit, vieux couple fatigué ? Toi et ton partenaire, vous devez maintenant vous demander « Est-ce qu’on peut sortir ensemble samedi soir, aller manger un bout et peut-être aller au... »
Une fois que vous en serez à vous demander la permission de vous rencarder l’un l’autre, puisque maintenant il-elle ne peut plus présumer qu’il-elle dispose de tout ton temps libre, prenez le temps d’être vraiment à l’aise avec ça.
C’est une étape assez simple. Tu te rappelle comment rencarder, non ? T’imagines ? Ça va peut-être même marcher entre vous ! ;)
Maintenant, et maintenant seulement, vous pouvez commencer à rencarder d’autres personnes.
Allez-y très doucement et ne commencez pas tout de suite à faire de toutes vos sorties des rencards.
Essayez d’abord juste une fois par mois. Au bout de 4 mois vous serez prêts à le faire à chaque fois, si vous voulez.
Ensuite, au 5eme mois, essayez d’ajouter un petit bisou d’au revoir. Au 6eme mois, vous pouvez vous rouler des pelles, et ainsi de suite...
ATTENTION : Les gens sont nuls quand il s’agit de suivre un plan. Ce qui veut dire que ceci est juste une marche à suivre globale. Lors de vos rencard avec vos partenaires, rappelez-vous toujours que vous êtes humain. Ça veut dire que vous allez parfois être impulsif⋅ve et parfois idiot⋅e. Sachant cela, dites-vous que vous essayerez de ralentir quand vous vous rendrez compte que vous êtes allé⋅e un peu trop vite.
En sautant l’étape de dés-entremêlement, vous ne vous créez pas une image claire du fait que vous êtes un individu à part entière. Et du coup vous n’assimilez pas certaines idées de base, genre :
Même si il-elle passe du temps tout⋅te seul⋅e, il-elle m’aime toujours.
Je ne suis pas obligé⋅e de me rouler en boule et de me laisser crever parce que je suis tout⋅e seul⋅e.
Avoir des vies indépendantes fait de nous des personnes intéressantes, ce qui renforce notre relation.
Alors pour l’amour de Dear Abby et Dr Phil, prenez un moment pour ajouter cette étape à votre processus d’ouverture. Épargnerez le monde et vos voisins de l’agonie que c’est de soudainement déchirer ses émotions au lieu de les démêler doucement.