Un peu de temps s’est écoulé depuis la dernière visite ici : la faute sans doute à un agenda un peu trop noirci et hélas pas nécessairement par des activités culturelles. Pour autant, il ne s’est pas totalement rien passé non plus, alors allons-y pour un récap, possiblement non exhaustif. (Cela dit, j’en suis au stade où je suis déjà content de me rappeler de ce qui suit.)
Mon premier souvenir est un échec. Celui d’avoir manqué le passage de Laurent aka Undress en ouverture de L’Effondras à l’Espace B. J’avais pourtant été vraiment enthousiasmé par ce que j’avais vu et surtout entendu au Buzz quelques mois avant, mais je suis arrivé une heure trop tard. On m’a rapporté que c’était excellent. Je n’en doute pas, mais j’aurais préféré m’en assurer par moi-même.
L’Effondras a pris place juste après pour une musique aux vagues relents post-rock teintés d’Americana ou quelque chose dans le genre. De prime abord, dit comme ça, on peut sortir l’oreiller et reboucher le tube de somnifère, alors qu’en fait, il y a largement assez d’action pour maintenir l’attention tout au long du set. Par ailleurs, la qualité du son proposée par la formation (deux guitares et une batterie si ma mémoire est correcte) est tout bonnement excellente. Le jeu est parfaitement maîtrisé, les volumes et fréquences sont calibrées au millimètre et permettent de véhiculer au mieux l’intensité des compositions.
Enfin, c’est Choir qui finit de consumer l’affiche. A vue de nez, ça semblait un peu mou, Choir. Je ne vais pas m’étaler là-dessus, mais il est vrai qu’il faut un peu lutter pour y être, dans Choir. Trop haut niveau pour moi et mes pairs, Choir ? Au final, j’ai laissé Choir avant la fin de leur set.
Je ne pouvais pas manquer le premier concert solo officiel de Guillaume aka Yone, quand bien même j’avais déjà vu la première sortie officieuse. Assisté par une boîte à rythme qui vient s’ajouter à la pléthore d’effets, le guitariste propose un set façon ascenseur émotionnel, un peu différent et un poil plus abouti que lors du coup de semonce. Sans surprise, le demi-Térébenthine opte pour le tout instrumental, des couches qui se superposent et s’entrechoquent, avec ce qu’il faut de maîtrise pour éviter les moments de solitude, de recherche pour éviter l’ennui et d’humour pour aider à digérer des compositions quand même assez alambiquées. Il restera à gérer le relief sonore, pour accroître l’impact et transformer l’ascenseur en montagnes russes.
La formation qui lui succède, Ours, est composée de deux batteurs se faisant face et d’un joueur de vielle à roue au centre. Oui-oui, une vielle à roue, comme au moyen-âge, que j’estime légèrement customisée quand même, bien que je ne sois pas expert dans le domaine. A formation atypique, musique plutôt atypique également, avec un versant noise assez prononcé et un côté lancinant propre à l’instrument vedette. J’admettrai que les compositions ne m’ont pas excessivement marqué mais j’ai le souvenir que ça tenait plutôt bien la route, voire très bien et que ma seule frustration concernait les passages plus intenses réclamant une masse de son que la vielle seule ne semblait pas apte à fournir.
Pour finir, on retrouve la bonne vieille vielle dans le dernier groupe à se produire ce soir-là, Artus. Sur ce coup, il y a aussi du chant, un autre instrument bizarroïde de type folklorique, une basse, peut-être un clavier, je ne sais plus trop. Au niveau du registre, je pense que je peux évoquer sans sourciller le terme de world music à la Tri Muvrini tant je n’aurais pas été surpris d’écouter ça dans un festival subventionné du pays d’Oc, avec une galette-saucisse à la main. Tout cela m’a semblé pavé de bonnes intentions.
En l’espace de quelques années, Eric, que ce soit avec En veux-tu ? En v’là ! ou avec Nisaraleta, s’est imposé comme une figure incontournable des soirées parisiennes. En tout cas, des miennes, et pas que, au vu du nombre de personnes rassemblées pour ses 40 ans au Cirque électrique.
Naturellement, dans ces circonstances, la programmation passe un peu au second plan mais il faut reconnaître que c’était encore bien vu sur toute la ligne. Ouverture avec le protagoniste de la soirée himself derrière la batterie. Comme je suis affreusement régulier dans mon absence de ponctualité, je l’ai évidemment manqué, mais sur le principe, c’est inattaquable.
En fait, j’ai débarqué au beau milieu de la performance de Casse Gueule. C’est punk et nihiliste à souhait, marrant, festif. Sur le papier, rien qui me débecte franchement, mais pas non plus grand-chose pour m’exciter. Pour l’occasion, c’est raccord, et sincèrement le show est excellent.
NoHayBanda joue sur un autre registre, mais à y réfléchir, on est toujours dans le thème. C’est dansant. On dénombre un batteur survolté et un gars qui a réussi à bricoler une installation lui permettant de jouer simultanément basse, guitare et clavier pour un set électrique, éclectique et surtout, épileptique. Ça n’invite pas franchement à la méditation mais ça a le mérite d’être efficace.
Enfin, je ne sais plus si j’ai déjà parlé du Singe Blanc par ici, pour les avoir vus il y a bien longtemps à la Miroiterie. Je la fais très courte avec un raccourci outrancier, mais dans la série wannabe Mr Bungle, ça ne m’avait pas réellement convaincu, et hélas pas davantage cette fois-ci. Néanmoins, je ne peux que concéder que l’aspect foutraque et bohème de l’ensemble était tout à fait idoine.
Et puis l’essentiel est ailleurs : merci Eric.
J’avais été autrement impatient d’assister au concert des Suisses de YC-CY, dont je ne me lasse pas d’écouter la courte discographie. A tel point que je suis arrivé suffisamment tôt pour m’enfiler les 3 sets de la soirée. On ne pourra pas dire qu’il y ait eu foule, mais les présents étaient de toute évidence motivés.
Le trio local Feller Buncher a ouvert la soirée avec un métal stoner (ou stoner métal, comme on veut) somme toute assez convenu. Très propre, très bien exécuté, à la limite de la virtuosité par moment, seule la voix pourrait apparaître comme la petite faiblesse technique de l’ensemble, et encore. A côté de ça, en terme d’inspiration, c’est a minima questionable. Je ne peux pas dire que j’ai passé un mauvais moment, mais honnêtement, je crois que c’est essentiellement parce que j’ai fini par l’écourter pour aller boire une pinte dehors. Je ne saurais même pas leur suggérer sur quoi travailler car je soupçonne que ces gars sonnent très exactement comme ils le souhaitent. Je propose qu’on reste amis.
Le trio punk noise instrumental Max Lampin m’a nettement plus emballé. Ça va vite et ça envoie sans laisser beaucoup de répit pour respirer. Côté audience, il commence à y avoir pas mal de mouvement autour des lascars qui jouent au niveau de la fosse, si l’on peut parler d’une fosse à l’Espace B. Je mentirais si je disais avoir un souvenir très précis des compositions, mais je n’ai clairement pas senti le temps passer, et il n’est pas tout à fait exclu que ça reste plutôt intéressant en version enregistrée. J’essaierai de m’en rappeler.
Et enfin, nos amis d’outre-Jura ont clos les festivités devant un public qui, pour le coup, n’a ménagé ni son enthousiasme ni sa sueur. Je savais les compositions répétitives, noise, froides, dans une veine modernisée du post-punk et dont j’appréciais déjà le fait qu’elles ne ressemblent réellement à rien de connu. Et pourtant, c’est encore plus désarmant de simplicité que ce qu’on pourrait imaginer de prime abord. A mon avis, si t’enlèves sa whammy au gratteux, tu te retrouves avec une énième bande de corbeaux aux t-shirts sans manche. Sauf que là, la magie opère. Rien à jeter, tout fonctionne à merveille et on se retrouve avec 4 gars, peut-être eux-mêmes sincèrement surpris de susciter une telle décharge. A défaut d’avoir le nez creux quant aux chances de succès des uns et des autres, je leur souhaite en tout cas de mieux remplir la salle la prochaine fois. Et j’espère que j’en serai.