Ces adultes, ces ponts qui nous séparent
C’est bizarre, tout est vide.
Ma tête, mes organes, mon corps, mon coeur, cette pièce.
Cette cuisine est vide d’amour, la seule chose assez puissante pouvant être ressentie est la colère et le mépris de l’ancienne génération envers nous.
Tout en visant ma soupe avec des yeux sans vie, je ne penses à rien et me contente d’écouter mon père juger ma soeur. Je finis par fermer les yeux, les voix deviennent floues mais les mots qui font mal demeurent net. Il n’accepte pas ma soeur parce qu’elle a des écarteurs et des dreadlocks. Parce qu’elle fume du cannabis. Il pourrait lui expliquer sa réaction autrement. Mais il préfère la facilité poussée par la fierté, se moquer, mépriser, tourner en ridicule et attaquer avec des arguments assez pauvres et heurtants. Je ne suis pas visée, mais j’ai tout de même mal. Mal de cette génération qui n’a pas eu d’autres échappatoires possibles que l’éducation ferme qu’on lui a imposée, cette génération qui pense que toute personne s’écartant de la norme n’est pas bonne et digne d’être respectée, cette génération qui n’accepte rien et qui ne veut rien comprendre, parce que “c’est comme ça”.
(Concevez un monde où les adultes penseraient que tous les Hommes doivent être traités de la même manière, avec le même respect, peut importe leurs convictions. Imaginez que tous les humains puissent s’accepter tels qu’ils sont, et s’ils ne s’acceptent pas, qu’ils s’ignorent mais ne se haïssent pas. Si seulement il pouvait y avoir plus d’amour. Si seulement les gens pouvaient réfléchir et agir en prenant compte de l’interêt général et non pas seulement selon leur propre interêt personnel et égoïste, si seulement. Mais voilà où la facilité mène, à l’erreur. Lorsqu’on est pris par les émotions, l’information n’a pas le temps de parcourir le bon cortex pour remettre en question un désir d’agir avant de passer à l’action, donc on agit, sans réfléchir. Tout va plus vite, parce que c’est plus simple, mais ça fait mal.)
J’ouvre les yeux, le dégoût dans l’âme et le mal au coeur qui me colle, mon père et sa haine sont toujours là. À guetter le moindre mouvement de l’individu sensible afin de l’attaquer aussi vite que possible, dans le but de satisfaire la fierté de l’ego, pensant faire bien. Vivement que les adultes se rendent compte de leur mauvais comportement, de ces sentiments répugnants de la race humaine, ces ponts qui nous séparent.















