Man hat nur Angst, wenn man mit sich selber nicht einig ist.
Hermann Hesse - Demian (1919)
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Man hat nur Angst, wenn man mit sich selber nicht einig ist.
Hermann Hesse - Demian (1919)
Plus j’avance dans mes lectures et dans le développement du jeu et plus je me rends compte de l’importance de l’ouvrage d’Erich Auerbach, Mimésis: dans mes démarches, l’écriture et, plus particulièrement, la narration sont des miroirs tendus à la réalité.
L’objectif de ma recherche-action au sein du Collectif est d’utiliser l’écriture et la lecture collectives pour aborder les questions liées à la Cité et au sens de la citoyenneté.
En vue du procès (concernant le meurtre de Patrick), je réfléchissais à la manière dont la police judiciaire rassemblait les preuves — à partir de mes traces numériques.
Comment, à partir de ce « patchwork », les enquêteurs allaient établir mon emploi du temps le jour du meurtre, mes intentions. C’est que, formé à la génétique des textes, je savais que la tâche était pour eux loin d’être aisée. Aussi, décidé-je d’écrire un article à propos de ma méthode d’écriture et ce, afin de les aider.
Résumé
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(7.6.2021)
verschiedene pergamente vorgestellt in der vorlesung „erzähltheorie“ (7.1.2020)
Ausdünnung
Interessante Veranstaltungen in Philosophie – zur Kritischen Theorie. Die Gräzistik mit der Einführungsveranstaltung zu Philosophie, Rhetorik und Prosa. Leider nicht geöffnet für Gasthörer. Die Ausdünnung ist massiv. Was bleibt ist die Deutsche Philologie.
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Wer Germanistik oder eine andere Geisteswissenschaft studiert, steht unter ständigem Rechtfertigungsdruck. Das muss aufhören.
Sur la philologie et les sciences historiques.
Il est bien connu que la philologie a joué un rôle déterminant dans la culture allemande du XIX-ème siècle. Nombreux sont les auteurs qui ont travaillé sur le sujet et les exemples de l'héritage philologique ne manquent pas. Il suffit de mentionner, comme disait Michael Werner, que : « La philologie a été étroitement liée à l'émergence du modèle universitaire allemand, au point qu'elle passait, un temps, pour avoir constitué sa matrice fondatrice »[1] ou comme dirait Anthony Grafton : « En tant que champ de recherche, elle a suscité des vocations chez quelques-uns des intellectuels allemands les plus originaux … Cela donne à réfléchir de s'apercevoir que Marx, Nietzsche, Lagarde et Freud, s'ils s'étaient rencontrés, auraient pu tout aussi bien débattre en latin qu'en allemand. »[2]
Mais naturellement, nous pouvons nous demander : comment est-il possible qu'une discipline ait-elle joué un rôle si important au point d'être considérée la matrice fondatrice de tout un modèle éducatif et ait laissé une empreinte socio-culturelle si grande ? Pourquoi et comment a pu émerger ce phénomène philologique en Allemagne ? Et d'autre part, comment est-ce qu'il a été traité ce sujet du point de vue méthodologique par les historiens contemporains ?
Afin de répondre aux questions, dans un premier temps, nous allons considérer que la philologie classique qui a dominé le XIX-ème siècle allemand émerge à la fin du XVIII-ème siècle avant tout, comme un discours, que, tel comme le considère l'historien Robert S. Leventhal, rompe avec le siècle des lumières, pour après concentrer notre attention dans un analyse du développement de la philologie et de ses conséquences plus marquées à niveau institutionnel et son rapport avec l'évolution de la conception des sciences historiques.
Pour le faire et examiner avec détail, il est nécessaire de procéder à rappeler l'épistémè qui régnait dans l'Allemagne à la fin du XVIII-ème siècle. D'abord nous commencerons à remarquer le fait que avant l'éclatement du phénomène philologique et presque tout à long du siècle des lumières allemand, concernant les études du langage, la théorie de la représentation avait une place prédominante. C'est à dire que, l'assomption du langage comme un simple système arbitraire de signes en service de la représentation des idées était très répandue, ou autrement dit, il régnait la croyance de que l'expression est un simple signe extérieur de l'idée. Comme le disait Hobbes : « L’usage général de la parole est de transformer notre discours mental en discours verbal, et l’enchaînement de nos pensées en un enchaînement de mots ; et ceci en vue de deux avantages : d’abord d’enregistrer les consécutions[3] de nos pensées ; celles-ci, capables de glisser hors de notre souvenir et de nous imposer ainsi un nouveau travail, peuvent être rappelées par les mots qui ont servi à les noter ; le premier usage des dénominations est donc de servir de marques ou de notes en vue de la réminiscence. L’autre usage consiste, quand beaucoup se servent des mêmes mots, en ce que ces hommes se signifient l’un à l’autre, par la mise en relation et l’ordre de ces mots, ce qu’ils conçoivent ou pensent de chaque question, et aussi ce qu’ils désirent, ou qu’ils craignent, ou qui éveille en eux quelque autre passion. Dans cet usage, les mots sont appelés des signes.»[4] Tant que la langue avait été ainsi définie, il n'est pas frappant alors, considérer au langage comme un système de représentations.
Nous considérons alors, que ne sera pas seulement contre cette conception du langage qu'émergera la philologie comme une nouvelle discipline indépendante et professionnalisé tel comme se conçoit tout au long du XIX-ème siècle, sinon qu'il s'agit d'un phénomène que trouve ses origines dans une multiplicité de facteurs liés entre eux : culturels, socio-politiques et idéologiques, mais dont notamment le discours sur les nouvelles formes de conception philosophiques du langage sont au coeur de sa genèse.
La contribution de certains théoriciens de la fin du XVIII-ème siècle, comme Johann Gottfried (von) Herder (1744-1803) ou Georg Christoph Lichtenberg (1742-1799), qui ont commencé à questionner la division entre idée et signe ainsi comme à critiquer la vision du langage comme un simple outil pour la littérature et la science, comme nous allons voir, est de somme importance. Pour eux, le philologue ne serait plus un simple grammairien ou le langage un simple vêtement fait de mots pour la pensée, ni encore moins la philologie un simple outil en service de la représentation, sinon toute une « science générale de la connaissance du passé ». Il s'agit pour eux, de passer d'une théorie de la représentation à une théorie de l'interprétation, mais pas une interprétation qui fait partie de la logique, sinon d'une interprétation comme dirait l'historien A. Grafton : « ne plus considérée comme une entreprise épistémologique pour gagner connaissance des signes, mais plutôt comme l'entrée herméneutique dans un réseau historiquement étranger de formations culturelles, politiques et sociaux »[5].
Le but poursuivi par Herder dans sa conception du langage était celle de : « ... regarder le langage pas simplement comme un outil, mais comme un récipient et une incarnation ; en effet, comme une forme selon laquelle les sciences sont modelées. … [Le langage] est encore plus que ça : la forme des sciences, non simplement dans laquelle, mais aussi en fonction laquelle, la pensée est structurée »[6]. Ceci montre notamment, son intérêt pour questionner les liens entre idée, signe et objet afin de comprendre comment est-que le langage joue un rôle crucial dans la constitution et la délimitation des systèmes scientifiques et artistiques. La tâche d'un philologue, ainsi définie la langue, serait donc de clarifier l'obscurité des textes et de bien les interpréter pour arriver à avoir une connaissance plus intégral. En conséquence, l'herméneutique prendra un rôle central, car cette dernière introduira une rencontre entre les textes et l'histoire.
Mais naturellement, commencer à considérer la philologie comme une science générale de la connaissance du passé a eu comme conséquence qu'elle commence à se considérer aussi comme une science qui embrasse toutes les disciplines de sciences humaines, en particulier à la philosophie et l'histoire. Ainsi, certains personnages s'engageront dans l'élaboration des arguments pour justifier la primauté de la philologie et de les mettre en marche dans son enseignement. Un bon exemple est le cas de August Boeckh (1785-1867), pour lui : « alors que la philosophie est désignée comme la science de la connaissance, la philologie porte quant à elle sur la cognitio cogniti, la connaissance d'une connaissance déjà produite par le passé. »[7] Autrement dit, la philosophie donnerait les bases d'une connaissance ouverte tandis que la philologie serait, à ses yeux, une science plus générale car celle-ci serait une re-connaissance de la même connaissance. Ainsi la philosophie serait d'une certain façon incluse dans la philologie.
Quant au rapport entre l'histoire et la philologie, Michael Werner nous donne l'image suivante : « Elle le fait à deux niveaux : d'une part en introduisant ses propres questionnements relatifs à la critique textuelle dans la problématique du traitement des sources, légitimant ainsi la position critique de l'historien face à la tradition historiographique ; d'autre part, en généralisant le principe herméneutique propre à la philologie : de même que chaque détail textuel éclaire le texte dans son ensemble et qu'en retour la compréhension de l'ensemble est nécessaire à l'exégèse de chaque détail, de même, l'historien doit-il chercher à penser le rapport entre la particularité du « fait » historique et la généralité de l'époque ou de la question qu'il traite. La compréhension produite par l'histoire suit donc la figure du cercle herméneutique, inscrit au cœur de la démarche philologique.» [8] Autrement dit, on ne pourrait pas faire histoire sans philologie. Tant que l'herméneutique et la critique se présupposent mutuellement, la combinaison des ces deux principes produirait donc « la vérité historique ». De cette façon, la philologie justifierait sa prééminence.
Mais pour tracer comment est-que cette nouvelle conception de la philologie fut investie à point de faire surgir une transformation sur le plan des institutions, il faut sans doute poser aux principaux acteurs intellectuels. Certains auteurs, comme Grafton ou Michael Werner, nous renverront à Friedrich August Wolf (1759-1824), et d'autres à Christian Gottlob Heyne (1729-1812). Tel est le cas de Robert S. Leventhal : « Je suggère que la base de la théorie philologique, sa pratique, et institutions peuvent être liés directement à Heyne et le Séminaire Philologique à Göttingen »[9].
Pour examiner avec beaucoup plus de détail l'évolution des idées énoncées par Heyne ou de Wolf et l'influence dans les générations ultérieures, il faut surtout tenir en compte l'importance du contexte institutionnel, politique mais aussi pédagogique de l'époque. Remarquons d'abord le fait que l'université de Göttingen à ce moment là représentait : « le centre éducatif humaniste clé largement responsable du renouveau des universités allemandes dans le XVIII-ème siècle. »[10] et que le séminaire philologique, sous la direction de Heyne était le plus attirante de la fin du siècle des lumières allemand. Naturellement, une question que se nous présente à l'esprit est celle de savoir quel type de enseignement faisait ce séminaire si attirante. Anthony Grafton dans ce sens, nous donne une image très claire : « Les figures marquantes des séminaires de la fin du XVIII-ème siècle – Heyne à Göttingen, Wolf à Halle, Hermann à Leipzig – avaient pour principal objectif de former des professeurs (exactement comme les théologiens qu'ils imitaient avaient pour tâche de former des pasteurs). Dans ces séminaires, une dizaine d'étudiants se rencontraient une à deux fois par semaine pour apprendre à expliquer un texte comme ils le feraient dans une salle de cours »[11].
Parmi les centaines de « pasteurs » de Heyne, ce dernier loué par Herder, comme « den feinsten Forscher der griechischen Geschichte »[12], et qui ont pu assister aux lectures publiques ou aux cours privés sous sa direction, nous trouvons, ni plus ni moins, au même Friedrich August Wolf, August Boeckh (déjà mentionné antérieurement), les frères Schlegel, Wilhem von Humbdolt ou Samuel Coleridge, et soit dit en passant, le grand écrivain (et ami de Herder), Johann Wolfgang von Goethe, a même exprimé le souhait d'étudier philologie classique sous sa direction.[13]
Si bien il existent quelques controverses parmi les historiens contemporains quant à la continuité, discontinuité ou les similarités ou différences que nous pouvons trouver dans la théorie du langage tel comme apparaissent dans les textes de Heyne avec celles de Herder, Lichtenberg, Schlegel, Humboldt ou Wolf, nous essayerons de défendre une discontinuité.
Concernant les conceptions du langage défendues par Friedrich August Wolf, aux yeux de Michael Werner : « Tout en étant l'élève de Heyne à Göttingen, Friedrich August Wolf s'écarte de façon notable des conceptions du maître. Il vise pour la première fois explicitement une discipline synthétique, pour laquelle il préfère, d'ailleurs, le terme Altertumswimswissenschaft, de science de l'Antiquité »[14]. L'objectif de cette conception Wolfienne Altertumswimswissenschaft consistait à apporter : « la somme et l'essence (Inbegriff) des connaissances et données qui nous font comprendre les actes et la destinée historique des Grecs et de Romains, leur situation politique et domestique ainsi que l'état de leurs savoirs, leur culture, leurs langues, arts et sciences, leurs mœurs, religions, caractères nationaux et la nature de leur pensée »[15]. Conception que « diffère » supposément des propositions de Heyne.
Ce dernier, aux yeux de Werner, était encore « imbibé de l'érudition traditionnelle »[16]. Mais il ne faut pas laisser de coté qu'un facteur importante pour la création de cette « nouvelle conception » a été l'influence du discours qui régnai à l'époque et que, même s'il voulait se démarquer des idées de son maître, finalement, les ouvrages de Wolf sont encore imprégnés de ses méthodes philologiques.[17]
Il faut souligner aussi, le fait que le séminaire philologique dans lequel Wolf met en marche sa conception de Altertumswimswissenschaft tant à Halle en 1787 comme à Berlin vers 1810 a été directement lié au plan que Humboldt a dérivé de celui de Götingen[18], et que à la fois Heyne a été aussi une énorme influence pour W. Humboldt[19]. Finalement, remarquons que Heyne connaissait bien et admirait les travaux de Herder, qu'il a même analysé ses ouvrages et suivi son nouveau model interprétatif des études philologiques,[20]ou le fait que F. Schlegel, un connaisseur (et critique) des travaux de Herder et Lichtenberg (aussi élève de Heyne), a été une des autres figures clé de la philologique du XIX-ème siècle.
Ainsi, à nos yeux, affirmer que tout ce bouleversement autour de la philologie aurait été impossible sans la critique du langage comme simple représentation des idées n'est pas sans fondement. Il s'agit, comme nous pouvons voir, d'une rupture que trace ses origines dans la dissolution, dans les dernières années du XVIII-ème siècle, du champ des représentations, qui fait apparaître cette nouvelle forme de penser le langage et qui donne lieu à cette conception de la philologie. Dissolution qu'aurait été impossible, sans la conscience de toutes les figures mentionnées antérieurement, qui se voyaient eux-mêmes comme les initiateurs d'une nouvelle époque dans l'histoire des recherches historiques et du langage.
Mais ce discours philologique n'a pas eu seulement la fonction de créer les fondements pour la création d'une discipline indépendante et privilégié, sinon aussi, d'une point de vue socio-culturel, cette nouvelle discipline et la nouvelle considération interprétative du langage ont ouvert d'une certaine façon les formes politiques de la Réforme universitaire et d'enseignement (que soit dit en passant, les Réformes prussiennes en général ont été conséquence de la crise politique en Allemagne occasionné par l'assujettissement de Napoléon), pour former la base du programme éducatif néo-humaniste Bildung, le programme d'éducation préconisé par Humboldt et qui a servi comme moteur pour mettre en marche à niveau institutionnel le discours philologique tout en faisant partie de la reconstruction nationale.
Leventhal, poussant un peu plus loin l’analyse, a bien montré que la pratique du séminaire de Heyne est un bon exemple de l'interdépendance des considérations de la fonction des études du langage dans les formes politiques de la Réforme. Les exemples qu'il nous présente pour rendre compte de cela sont nombreux. Pour mentionner quelques-uns, nous avons la critique de Heyne envers un auteur qui sous-estimaient le rôle d'une éducation philologique. Heyne disait : « L'auteur oublie, par exemple, la tâche souvent mal comprise de ce qu'on appelle philologie, la capacité de comprendre et d'exprimer bien nos pensées »[21]. Ou le support qu'il avait envers les travaux établies par Johann Bernhard Basedow, un des réformistes du système scolaire : « La transformation complète des études et des écoles, dans la mesure où la constitution actuelle est défectueuse dans ses fondements, est maintenue depuis les temps du barbarisme, désavantageux pour le système éducatif entier, à la vertu et du bonheur publique »[22] Remarquons aussi, que pour Heyne : « [La philologie] raffine nos dispositions et nos émotions et apporte une délicatesse dans le cœur qui éloigne les citoyens de toute sauvagerie et brutalité et qui sont déterminés pour une interaction pacifique et de sérénité. »[23] Ce qui montre l'engagement de sa part pour montrer l'importance de la praxis philologique dans les formes éducationnelles et de son intérêt de fonder une l'interaction de l'une sur l'autre.
Le programme philologique de Heyne, tel comme affirme Leventhal, est allé plus loin que celui de Kant pour les Lumières car il a même crée le cadre institutionnel nécessaire pour le mettre en marche. Cette Réforme de l'enseignement a été mise en marche en Prusse et dans d'autres parties de l'Allemagne dès la fin du XVIII-ème siècle, donnant la naissance du modèle Gymnasium Humanistisches, qu'équivaudrait au lycée classique et dans lequel se renforce la formation sur les langues classiques, surtout le grec et le latin.
Il faut sans doute mentionner que l'étude de langues anciennes avant cette Réforme appartenait au domaine des théologiens et que la formation des enseignants était presque exclusivement assuré par les matières de théologie, ainsi comme le fait qu'à l'époque, les facultés étaient divisées en deux classes. Kant le dirait mieux avec ses propres mots dans son dernier texte publié : « Selon l’usage en vigueur, on divise les facultés en deux classes : celle des trois Facultés supérieures et celle de la Faculté inférieure. On voit bien que, pour cette division et cette dénomination, ce n’est pas la corporation des savants, mais le gouvernement qui a été consulté. Car parmi les Facultés supérieures, on compte seulement celles au sujet desquelles le gouvernement a intérêt à se demander si leur enseignement doit être de telle ou telle nature ou bien exposé publiquement ; au contraire celle qui n’a qu’à veiller à l’intérêt de la science est appelée inférieure, car elle peut en user avec ses propositions comme il lui plaît. Ce qui importe le plus au gouvernement, c’est ce par quoi il se procure l’influence la plus forte et la plus durable sur le peuple et les objets des Facultés supérieures sont de cette nature. C’est pourquoi il se réserve le droit de sanctionner lui-même l’enseignement des Facultés supérieures ; quant à celui de la Faculté inférieure, il l’abandonne à la raison propre du peuple savant. »[24].
L'image donné par Kant du cadre académique avant la Réforme montre les enjeux du conflit des facultés, qui divisant le champ universitaire, nous renvoie aux rapports et jeux sociaux, que finalement, à nos yeux, sont aussi rapports de pouvoir. Conflit que finira par se diluer grâce à la sécularisation, à la Réforme et aux efforts des philologues pour établir sa discipline comme une discipline indépendante et englobante comme nous l'avons décrit antérieurement, et que donneront lieu à la création des nouvelles institutions.
Ainsi, l'étude des langues anciennes, n'étant plus dans le domaine des théologiens est devenue surtout un moyen pour former professeurs du grec et du latin. Professeurs qui devaient être les porteurs de la Réforme de l'enseignement et d'incarner les valeurs éthiques de la pédagogie néo-humaniste, c'est à dire former à l'individu comme membre d'une société fondée sur la Bildung. Cet idéal académique de la Bildung trouve donc ses origines grâce aux changements sociaux et politiques mais surtout grâce au fond discursif qui régnait à l'époque qui s’est faite sur la base d’un certain idéal philosophique de la science et de la philologie, car il faut remarquer que Humboldt, auteur de cette conception académique idéaliste, a utilisé Göttingen et le séminaire de Heyne comme modèle pour définir les universités modernes, notamment pour la fondation de l'université de Berlin en 1810.
Il est important mentionner que pour Humboldt le but de la Réforme était celui de promouvoir la « véritable connaissance de l'homme », dont notamment la philologie et l'étude des Grecs sont au centre de l'entreprise, car, à ses yeux, l'activité intellectuelle ainsi comme le processus d'apprentissage et de la compréhension du monde grec serait le fondement et l'apport authentique pour la formation des étudiants. Le monde grec pour Humboldt était une sorte d'idéal. Friedrich August Wolf, sous l'influence de Humboldt, est un des premiers philologues allemands à avoir revendiqué la primauté des Grecs dans la forme d'un helléno-centrisme exacerbé. Á ses yeux, la civilisation grecque était supérieure, car elle appartenait, comme dirait Werner en paraphrasant Wolf : « à la sphère de la véritable culture supérieure de l'esprit, alors que les Egyptiens, Hébreux et Perses ne se sont guère élevés au-dessus du niveau où l'humanité était encore occupée principalement par la construction des ordres politiques et l'amélioration du confort matériel »[25], ce que Wolf appelle la Zivilization.
Cette idéalisation de la Grèce devient donc un facteur principal pour la construction de l'identité et unification nationale allemande, dans laquelle, comme nous avons déjà mentionné, la philologie est au centre du processus. L'exemple plus remarquable de cet investissement pour la reconstruction nationale à travers la philologie est la création en 1837 de l'association des philologues allemands. Cette dernière, Michel Werner souligne : « deviendra l'un des foyers du mouvement national »[26]. Dans cette association annuelle (chaque année dans un endroit différent de l'Allemagne) s'organisaient réunions avec les enseignants et les universitaires dont se mettait l'accent du rôle essentiel de la philologie pour le projet nationale. À cause de ce contexte il n'est donc pas étonnant trouver plus tard quelques ouvrages helléno-centristes de la part de la communauté des philologues-historiens.
Tout au cours du XIX-ème siècle, la philologie est traversée par quelques tensions qui ont fini par diluer sa position dominante. Nous avons mentionné plus haut le fait que la philologie justifierai sa prééminence face au champ de l'histoire, grâce au fait que l'herméneutique et la critique se présupposaient mutuellement et puisque la combinaison des ces deux principes, dont la philologie occupe un rôle central, produirait la vérité historique, mais naturellement, comme nous pouvons nous y attendre, les philologues ont commencé à avoir tendances et préférer soit l'approche critique ou soit l'approche herméneutique. Comme exemple de cette tension existante entre l'orientation critique et l'orientation herméneutique sont les querelles tenues entre Gottfried Hermann et August Boeckh.
Mais finalement la position dominante de la philologie classique commencera à s'évanouir au cours de la seconde moitié du XIX-ème siècle à cause de la séparation et la diffusion d'autres disciplines qui finalement arriveront à gagner un peu plus d'autonomie. À titre d'exemple, nous pouvons mentionner la philologie orientale qui s'est subdivisé en deux branches, à savoir, la sémitique et asiatique, ou les philologies classiques européennes, qui se sont dirigé vers les sujets liés surtout à l'émergence du concept de littérature national, comme les philologues germanistes qui se sont engagés surtout dans l'ouvre de l'unification nationale.
Dans ce sens, pour conclure, nous pouvons dire que la philologie et les philologues modernes d'une certain façon, ont réagi conforme aux terrains idéologiques et politiques qui traversait son époque et que finalement, l'émergence et l'évolution de la philologie et des sciences historiques reflètent la transformation progressive de tout un nouveau modèle culturel.
REFERENCES:
[1] Michael Werner, Le moment philologique des sciences historiques allemandes. Jean Boutier, Jean-Claude Passeron et Jacques Revel, Qu’est-ce qu’une discipline, 2006, p. 171.
[2] Anthony Grafton, De polyhistor en philologue. Actes de la recherche en sciences sociales, 2000, vol. 135, no 1, p. 25.
[3] Les enchaînements.
[4] Thomas Hobbes, Léviathan, trad. F. Tricaud, Paris, Sirey, 1971, p. 28.
[5] Anthony Grafton, Op. cit., p. 247
[6] Ibid, p. 250
[7] Voir A. Boeckh, Encyclopädie und Methodologie der philologischen Wissenschaften, Leipzig, Teubner, 1877 (ed. Établie par son élève E. Bratuscheck), cité dans Michael Werner, Le moment philologique des sciences historiques allemandes. Jean Boutier, Jean-Claude Passeron et Jacques Revel, Qu’est-ce qu’une discipline, 2006, p. 177.
[8] Michael Werner, Op. cit., p. 178.
[9] Robert S. Leventhal, The emergence of philological discourse in the German states, 1770-1810. Isis, 1986, vol. 77, no 2, p. 243.
[10] Charles E. McClelland, State, Societv, ond University in Germany, 1700-1914 (Cambridge: Cambridge Univ. Press, 1980), pp. 111-113; Notker Hammerstein, "Zur Geschichte der deutschen Universitat im Zeitalter der Aufklarung," dans Universitit lind Gelehrtenstand 1400-1800, ed. Hans Rossler and Georg Franz (Limburg: Starke Verlag, 1970), pp. 145-182; et R. S. Turner, "University Reformers and Professorial Scholarship in Germany 1760-1806," dans The University in Society, ed. Lawrence Stone, 2 vols. (Princeton: Princeton Univ. Press, 1974), Vol. II, pp. 435-491
[11] Anthony Grafton. De polyhistor en philologue. Actes de la recherche en sciences sociales, 2000, vol. 135, no 1, p. 27.
[12] « Le meilleur scientifique de l'histoire grecque », cité dans LEVENTHAL, Robert S. The emergence of philological discourse in the German states, 1770-1810. Isis, 1986, p. 244.
[13] Johann Gottfried Herder, Sirntliche Werke, ed. B. Suphan, 33 vols. (Berlin: Weidmannsche Buchhandlung, 1877), Vol. XIV, p. 97; Johann Wolfgang von Goethe, Dichtlung lund Wahrheit, in Werke, ed. Erich Trunz, 14 vols. (Hamburg: Christian Wegner Verlag, 1955), Vol. IX, p. 241.
[14] Michael Werner, op. cit., p. 176.
[15]F. A. Wolf, Darstellung der Altertumswimswissenschaft nach Begriff, Umfang, Zweck und Werth, Berlin, Realschulbuchhandlung, 1807, p. 87.
[16] Michael Werner, op. cit., p. 176.
[17] Robert S. Leventhal, The emergence of philological discourse in the German states, 1770-1810. Isis, 1986, p. 247-248
[18]Wilhelm von Humboldt, "Antrag auf Errichtung der Universitat Berlin," in Werke in flinf (Stuttgart: J. G. Cotta, 1960), Vol. I, p. 116.
[19] Clemens Menze, Wilhem von Humboldt and C. G. Heyne, Dusseldorf: A. Henn Verlag, 1966, pp. 13-20.
[20] Robert S. Leventhal, Op. cit., p.256
[21]Christian Gottlob Heyne, review of Johann David Michaelis, Raisonnements uber die protestantischen Universitaten in Deutschland, (Frankfurt, 1768), Gottingsche Anzeige, 1768, No. 122; p.1009-1010, cité dans Robert S. Leventhal, Op. cit., p.253.
[22]Ibid, p. 253.
[23]Ibid, p. 253.
[24] Kant, Emmanuel. Le conflit des facultés (1798). Opuscules sur l'histoire, 1988, p. 13.
[25] Michael Werner, Op. cit., p. 177.
[26] Michael Werner, Op. cit., p. 179