L'auteur-entrepreneur : un auteur ou un chef de produit?
Aide toi, le ciel t’aidera. C’est la nouvelle devise de l’auteur indépendant. Car personne ne l’attend. Si l’édition n’est pas en pleine forme, c’est aussi que le public lit moins, et que le temps n’est pas extensible à merci. Alors auteur en détresse, lecteur sur-sollicité, auteurs indépendants en ordre de bataillon. Il y aura des blessés.
Auteurs indépendants, y-a-t ‘il une typologie ? Elizabeth Sutton (IDboox) recense une typologie d’auteurs indépendants. L’auteur solitaire :il se prend en charge seul, papier ou numérique, il conçoit sa couverture, créeson blog, fait sa couverture. Il avance seul dans l’univers du net, intégrant une plateforme communautaire comme espace d’accueil et d’échange. Avec l’explosion des services offerts sur le net, il fait appel parfois à des prestations particulières pour alléger sa tâche d’auteur. Il devient alors un auteur accompagné, il se fait assister dans la fabrication, la correction, le conseil éditorial, la couverture, voire la mise en ligne de son livre. Certains de ces auteurs recherchent une notoriété. Ils apprivoisent le lecteur, ils déposent alors leurs écrits sur une plateforme, le plus souvent gratuitement, et puisent des conseils dans leur interactivité avec les lecteurs. Leur écriture évolue, les échanges sont multiples. Ils publient, remanient, reprennent leurs écrits. Ce sont des auteurs en mouvement.
Enfin l’auteur cross-media se caractérise par la production de contenus enrichis. Si l'auteur fait sa communication et son marketing, il travaille aussi sur les formes de son contenu : sons, vidéos, interactivités, références visuelles. Un travail important qui doit s’exercer dans la maitrise : le livre a un sujet, et les multiples diversions peuvent faire perdre au lecteur le fil. C’est néanmoins un vrai pôle de développement de la littérature indépendante.
Dans l’Edition traditionnelle, vous n’êtes pas sauvé parce que vous êtes édité. ! Si vous n’êtes pas une star, déclare Laurent Bettoni, auteur et responsable des éditions Labourdonnaye, votre voie est loin d’être tracée ; Certes votre livre sera corrigé, mis en page, mis en place. Mais le problème reste entier : Comment toucher son lectorat ?
JB, Gendarme, dans Splendeurs et misères de l'aspirant écrivain, conte la solitude de l’écrivain édité. Dans les grandes maisons, on promeut les auteurs qui marchent, déclare-t’-il. Et grande est la solitude, de l’auteur qui attend derrière sa pile de livres dans les salons de Province sans rencontrer de lecteurs. Alors que Marc Levy quitte le salon après 1h de présence, son attachée de presse n’ayant prévu que 300 bouquins, mieux vaut avoir sa famille autour de soi, pour créer un semblant d’attroupement.
Les bons manuscrits trouvent le plus souvent un éditeur. Mais cela prend de plus en plus de temps, et avec des maisons d’édition de faible notoriété, et donc des moyens réduits. Selon JB Gendarme, un premier roman se vendait en moyenne à 1200 exemplaires en 2001, on avoisine les 400 en 2015. Les Maisons d’édition ont ouvert leur terrain de chasse sur les plateformes pour traquer l’auteur indépendant à succès. Cela prouve tout simplement qu’elles n’ont pas fait leur boulot. Ces auteurs n’auraient pas été pris dans d’autres circonstances. Pour preuve, Agnès Martin-Lugand, éliminée puis repêchée.
Les media ne font plus vendre, les libraires restent la clé du succès. Fini le temps ou les librairies réorganisaient leurs linéaires en fonction des invités de Pivot. Aujourd’hui un article dans Libé, dans le Monde des livres, dans le Figaro flatte les égos mais ne vend pas une copie. Pour JB Gendarme, c’est encore le libraire qui détient les clés du succès d’un livre. Le problème, c’est que ce sont des représentants qui vendent des livres, avec des gros classeurs, des stocks, des recommandations marketing. Peu en sont vraiment amoureux.
Contre exemple : Anna Galvada, dont les livres se vendaient étonnamment bien sans soutien : un phénomène hors norme. Laurent Ruquier, intéressé par le personnage, l’invite pour mieux comprendre cette mécanique du succès. Depuis l’auteur est une machine de guerre. Et fait de « la Dilettante » une Maison d’édition enviée.
Quels sont les outils de l’auteur indépendant : Outre créer son blog, le nourrir deux à trois fois par semaine, se répandre sur les réseaux sociaux : Facebook, tweeter, Pinterest, Google +.
La politique consiste en une véritable étude de marché des blogs, évaluer ceux qui sont puissants, jauger leur public, leur proposer un service de presse. Mais même eux sont sollicités par les grandes Maisons d’édition… Et peuvent rapidement eux aussi, faire la moue.
Construire son statut d’auteur prend du temps. Il ne faut pas être pressé, il faut apprivoiser ses lecteurs sans impatience.
Se poser les bonnes questions : Qui sont mes lecteurs et qui me relaiera? Pour qui j’écris ? à qui je m’adresse ?. Ce sont les premières questions préalables à tout action d’échange et de recrutement : Est ce des femmes au foyer, des étudiants, des universitaires ? Ou sont ils ou puis je les joindre ?
Stephanie Vecchione , qui conseille des auteurs sur la manière de gérer les réseaux, s’interroge et recommande une approche méthodique. En entrant en contact avec ses cibles, on doit faire son « personnal branding » : dire sa personnalité, décrire son univers d’expression, parler de son livre mais pas trop, s’intéresser à l’activité des autres. Dés lors, il faut se concentrer sur les réseaux pertinents et construire sa plateforme : un blog , une Newsletter. Repérer sa communauté pour faire en sorte qu'elle vous suive. Une plateforme, ce n’est ni plus ni moins qu’une liste d’e-mails, mais avec des interlocuteurs qui vous prêtent attention, qui ouvriront votre Newsletter, qui interviendront. Tout simplement parce que vous avez été capables de les séduire, mais aussi de vous préoccuper de leurs propres centres d’intérêts.
La prescription est la clé. Les lecteurs suivent les blogueurs. D’autant plus qu’ils sont hors des circuits d’argent : pas vendus, ni achetés. Ils ont la vertu de ne pas être "intéressés". Ils font cela par passion, donc sont crédibles. Aujourd’hui, les outils mis a la disposition des auteurs pour faire leur livre numérique sont immenses et variés. Et ceux-ci sont encore loin d’avoir conquis leur lectorat, et trouvé leur rythme de croisière. Mais le lecteur dans tout ça ?
On sait que les Maisons d’édition se portent mal, que le nombre de livres se multiplie, que les ventes faiblissent, que les auteurs indépendants s’organisent et se professionnalisent. On peut considérer que le temps volé aux éditeurs traditionnels profite aux auteurs auto édités, et vice versa. C’est donc une guerre qui s’annonce pas une coexistence pacifique, même si les positions ne changeront que doucement.
Article issu de la Table ronde : · Jean-Baptiste Gendarme, directeur de la revue littéraire Décapage, auteur de nombreux romans aux éditions Gallimard Laurent Bettoni, auteur « hybride » qui mise à la fois sur la publication via des maisons d’édition telles que Robert Laffont ou Hachette et sur l’autopublication. Stéphanie Vecchione, consultante en communication digitale spécialisée sur le marché du livre Nicolas Francannet, fondateur de StoryLab Éditions, éditeur 100% numérique,