La gauche de la gauche, quand on lui demande en quoi consisterait la révolution, s'empresse de répondre : « mettre l'humain au centre ». Ce qu'elle ne réalise pas, cette gauche-là , c'est combien le monde est fatigué de l'humain, combien nous sommes fatigués de l'humanité -- cette espèce qui s'est crue le joyau de la création, qui s'est estimée en droit de tout ravager puisque tout lui revenait. « Mettre l'humain au centre », c'était le projet occidental. Il a mené où l'on sait. Le moment est venu de quitter le navire, de trahir l'espèce. Il n'y a pas de grande famille humaine qui existerait séparément de chacun des mondes, de chacun des univers familiers, de chacune des formes de vie qui parsèment la terre. Il n'y a pas d'humanité, il n'y a que des terriens et leurs ennemis, les Occidentaux de quelque couleur de peau qu'ils soient. Nous autres révolutionnaires, avec notre humanisme atavique ferions bien de nous aviser des soulèvements ininterrompus des peuples indigènes d'Amérique centrale et d'Amérique du Sude, ces vingt dernières années. Leur mot d'ordre pourrait être : « Mettre la terre au centre ». C'est une déclaration de guere à l'Homme. Lui déclarer la guerre, peut-être serait-ce la meilleure façon de le faire revenir sur terre, s'il ne faisait le sourd, comme toujours.