On se le demande tous les matins
mais la vérité
c'est que pas très bien

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@imprunelles
On se le demande tous les matins
mais la vérité
c'est que pas très bien
*
L'été était, tu sais
c'est normal d'avoir peur en octobre et de serrer son manteau contre soi
d'accélérer le pas et puis se dire qu'on a dû marcher trop vite,
noël est déjà là
Recuérdate
Car ta mémoire flanche pépé autant que ton dos se penche autant que ta vie s’épanche pépé et je suis de l’autre côté de la Manche
Je t’entends encore rouler les mots et je te vois de la couleur plein les doigts comme quand tu m’expliquais tes tableaux comme quand tu me disais « tu clois ? » Puis de déferler les odeurs de peinture à l’atelier et la boite aux trésors sous le canapé et les noisettes dans le cellier tu me manques pépé
à propos
à propos de ça de quand tes modèles se sont ternis de quand tes repères ont craqué et que tu t’es retournée pour voir ceux que tu suivais avant C’était juste le signal C’est à toi de faire mieux maintenant
Je crois rentrer à chaque fois, mais manquer c’est quoi ? moi j’attends qu’on m’attende Mais les murs se sont faits à mon absence Je finis toujours par attendre à la gare Et rentrer en bus
l’année passée
Je m’étais habituée aux allumettes bon marché celles qui s’allument parfois et se consument si vite, et ne sont que fumée ne font que passer. je m’y était tant accoutumée que je les grattais sans y penser. et par habitude, je me disais que ça prenait un tas de brindilles pour avoir un peu chaud et une odeur de souffre pour qu’on m’ait dans la peau
j’attends patiemment de dégivrer depuis que j’ai vu la buée au travers et la nuit commencer à perler il n’y aura plus il n’y aura plus de rosée le vieillard ne craindra plus les affres des premières gelées j’attends paisiblement de bouger depuis que j’ai rangé mes habits d’hiver mon temps s’adoucit et je me surprends à rêver que d’une certaine manière je suis peut-être arrivée en été
[Fernan Federici - morphogenesis of the non-living more on his Flickr page]
dis ?
Quel vœu tu fais aux étoiles ? Quand tu souffles tes bougies ? Ce que tu confies au silence loyal ton idée d’un idéal Dis, est-ce que j’y suis ? Et est-ce que vraiment, si un jour tu le dis il faudra prendre les voiles ?
Je suis venue pour disparaître
Je suis venue pour disparaître J’ai tout bien rangé par couleurs puis j’ai fermé la porte
Sur le chemin j’ai senti que je m’effaçais déjà
Un pas deux pas
Je perdais dans le vent des petits cubes de moi Tant de chemin encore Trop loin Trop Loin J’ai accéléré le pas en serrant ma veste contre moi J’ai fait ce que j’ai pu pour qu’il reste assez de moi Plus vite Plus vite Plus rien
Je voyais à travers ma main quand j’ai sonné à ta porte
J’ai attendu encore
Et le temps que tu descendes J’étais morte
c’est toi qui sais quand tu y penses, quand ça tourne à l’orage, quand tu sens venir la pluie tu as le droit d’être triste après ça tu iras mieux. et c’est toi c’est toi qui remarqueras qu’il ne pleut plus si souvent qu’il fait doux, plus longtemps. mais d’ici là, sache que tu n’as pas cueilli un tournesol je ne me montrerai pas qu’aux beaux jours je serai là aussi quand il fera gris [Photo : Rose-Lynn Fisher, Tears of ending and beginning. galery here ]
Janvier
je croyais que ça prendrait un océan pour me noyer vraiment éroder ma peau de métal laisser entrer l’eau je croyais. et voilà qu’elle vient d’en dedans la marée monte ça me cogne le cœur
ça n’a pris qu’un instant
Plions bagage
Je trimballe tellement de valises que je me demande comment ils m’acceptent encore
dans les aéroports
ou comment est-ce que ça peut tout rentrer dans vingt mètres carrés
moi et mes remords
je suis à bout de les porter de ne pas pouvoir les poser
de te les imposer
Si chacun traîne ses valises alors peut-être que les colis abandonnés
sont un peu de peine que quelqu’un a réussi à oublier
l'épaisseur infinie du miroir une parole laissée au seuil de ta respiration entre tes jambes la folie des papillons il est ton plus grand des hasards [ Klimt, Der Beethovenfries - extract : The Arts, Chorus of Paradise, Embrace - Vienna Secession Palace, Austria]
je te souhaite une salle comble
que l’on puisse t’écouter
je te souhaite la crème
de la crème
je te souhaite de le retrouver
que cette fois il ne parte pas
peu importe où tu l'as perdu
qu’il puisse rester avec toi
Ma belle cousine
F.
Je voulais que tu saches que je suis fière de toi tu penses te consumer vite dans les mémoires te noyer vite dans les couloirs, mais peu importait que les braises s’éteignent ou que l’eau soit froide, je ne t’ai jamais vu laisser disparaître l’horizon. je ne t’ai jamais vu laisser dire ce que tu ne tolérais pas par peur de faire des vagues. je ne t’ai jamais vu ployer face au retour de flamme. Je voulais que tu saches que je n’ai jamais vu quelqu’un briller autant que toi tenir autant à la fois, de l’océan et du feu de bois
iI y a les jours qui passent et le froid qui s’installe dans le canapé
je ne sais pas depuis combien de temps je n’ai pas frissonné
je ne sais pas depuis combien de temps je ne suis pas rentrée
il y a la confiance en soi qui titube et la femme en soi qui se lève
on ne m’avait jamais dit à quel point c’était pire de naître Eve
à quel point c’était dur de tenir la garde sans jamais de relève. [ photo : pochoir de rue de la street-artist Miss.Tic, à l’oeuvre poétique et engagée, aux femmes subtiles et ambigües http://missticinparis.com/ ]
ça m’est cruellement apparu : l’été
n’est plus
elle nous l’avait dit dans son nom pourtant
dés le début [Gustav Klimt - The Kiss (detail)]