Il y à quelques semaines, j’ai passé un coup de fil à E.T. Comme beaucoup d’entre nous, j’étais très désireuse de le rencontrer, j’avais à peu près trois milliards de questions à lui poser et surtout, je rêvais de savoir si oui ou non, il accepterait de m’emmener faire un tour en bicyclette to the Moon.
J’ai pris mon vieux speak spell playschool (merci maman), mon parapluie turquoise à fleurs, un cintre, ma platine vinyle, une symphonie de John Williams, un tendeur, une boîte de conserve MJB 100% Colombian que j’ai retrouvé dans le garage (je ne savais pas si ça marcherait avec une autre alors j’ai préféré suivre les traces d’Elliott), deux paquets de Skittles, mon carnet et un stylo. Je me suis rendue dans le champ près de chez ma grand-mère. Il est à la lisière d’une forêt dense et surplombe la vallée. J’avais donc toutes les chances de réussir mon E.T phone call en ce lieu, qui, quoique Normand, s’apparente vivement à l’univers Los Angeletien, exploré par notre ami au début des années 80.
Je suis restée plusieurs heures sans avoir la moindre réponse. Les grésillements timides que je percevais témoignaient d’une activité spatiale calme, pour ne pas dire boring au possible. Deux, trois étoiles filantes animaient l’étendue lactée et je désespérais d’effectuer le moindre contact outre cimes-sapins. Pourtant j’étais sure d’avoir bien respecté la check-list que Steven m’avait filé. Pas de trousseau de clefs tintamarre, pas de voisin curieux, pas d’appareil photo, d’enregistreur ou autre appareil high tech, pas de chien très énervé et consciencieux et surtout, pas de certitude.
« You’ll never get to meet him if you’re too sure of yourself » m’avait lancé Stevee la semaine d’avant, tout émoustillé qu’il était de me donner quelques tips pour saluer son meilleur pote.
J’ai vu un truc bizarre dans la forêt et je me suis rappelée que j’avais laissé mon manuel des castors juniors à la maison. L’angoisse.
Je laisse le truc bizarre de la forêt et je me rapproche du Speak Spell qui se témousse sur les pâquerettes que j’ai écrasé avec.
BZZZZZ. BZZZZZZ. BZZZZZZZ !!!!
Je prends ma voix la plus claire possible et je me rends compte que je n’ai même pas révisé ma demande d’atterrissage. Génial. Du coup, j’improvise :
K to The Children of The Green Planet, do you copy ? Over
I repeat, K to The Children of The Green Planet, do you copy ? Over
Nada. Je ne sais pas trop si je dois re répéter ou si je dois courir partout en agitant mon cintre vers les étoiles pour provoquer le signal.
Et voilà. Je me mets à pleurer comme une nœud-nœud dans ma clairière et je me dis que maintenant, plus rien ne pourra jamais plus m’atteindre. Même pas les pass VIP du festival de Cannes que j’ai commandé pour prendre le thé avec Stevee.
Mon interlocuteur me répond dans un anglais approximatif qu’E.T. est très pris et qu’il ne revient sur Terre que très rarement maintenant. J’explique mon autorisation Amblin Entertainment et il me dit qu’une rencontre du 3ème type ne sera possible que sur les hauteurs de Culver City en Californie, entre 3 et 5AM le mercredi soir suivant.
Je hurle un OK guttural, plus proche d’un cri de Brachiosaure que d’autre chose et me dit qu’il va falloir faire péter la visa sans se poser trop de question.
Et paf, me voilà dans la banlieue de LA. J’ai ajouté à ma panoplie cinéphile un petit pommier empoté de Normandie et mon VTT décathlon ; je tenais absolument à emmener le mien, no way je vais dans la lune avec un rent bike. Du coup, je ride les longues avenues empalmées en écoutant mon walkman qui me passe le livre audio du script E.T (celui où c’est Michael Jackson qui joue au story teller of course).
Je suis arrivée à destination après quelques bifurcations et un stop over à la maison qui avait accueilli le tournage en 81. Deus, je n’étais même pas envisagée dans l’esprit de mes parents à cette époque.
Les résineux alentours assombrissent le décor et je me dis que, du haut de ses six ans, Drew Barrymore a du faire pipi dans sa culotte quand le vaisseau des petits cerveaux au cœur lumineux s’est pointé.
Je n’ai même pas eu le temps d’installer mon home made communicator que le souffle du vent m’a indiqué l’arrivée des children. J’ai foirfouillé le ciel au millimètre carré sans rien trouver de surnaturel jusqu’à ce que la petite boule de métal fasse son apparition. Son allure laboratoire ambulant réquisitionnée pour les besoins du tournage avait laissé place à une décoration plus estivale et j’étais bien contente de trouver une guirlande d’ampoules colorées brinquebalante sur cette surface d’acier flippante (oui parce que même si je n’arrêtais pas de me répéter que E.T était trop cool, j’avais quand même un peu la frousse hein).
Le vaisseau s’est posé à une dizaine de mètre du speak spell (pauvre vieux, j’ai bien cru qu’il allait explosé). Les machines se sont arrêtées dans un fracas très subtil et une fumée légère s’est échappée des sombres interstices qui jonchent la surface, fruit d’innombrables voyages au-delà du réel j’imagine.
Le temps d’admirer les détails de la soucoupe, ce qui s’apparente à la porte principale s’ouvre et j’aperçois une petite silhouette au long cou. Je ne distingue pas son visage, la lumière de la nacelle m’empêche d’effectuer une observation précise. Je me dandine d’impatience sur mon caillou sofa. Mieux vaut sans doute le laisser prendre le contrôle de la soirée. De toutes façons je suis bien trop stressée pour me lancer dans quoi que ce soit d’intelligent.
E.T. s’approche et je remarque que son option « go go gadget au doigt lumière » fonctionne toujours aussi bien. Son T-Shirt space invaders lui scié à ravir. Il se plante devant moi, remarque la boite MJB Colombian et me gratifie d’un sourire, tout ce qu’il y à de plus charmant. Je lui offre le petit pommier en guise de reconnaissance éternelle. Je crois que j’ai fait mouche parce qu’il se lance dans un monologue sur Blanche neige, le cidre et les pommes d’amour.
Bref, vous l’avez compris, on est loin de l’interview divan plan-plan ordinaire. Bon d’accord, je me suis un peu enflammée sur l’intro mais c’était pour donner l’ambiance générale hein ! J’aurai aussi bien pu vous dire de vous mater le DVD mercredi soir avec des copains et du pop corn mais ça aurait pas été pareil.
Pour plus de clarté, je me suis permis de traduire les réponses du ptit loup, j’ai en revanche gardé toute la fraicheur de son humour infiniment Terrien quoiqu’intergalactique.
Pourquoi as tu accepté de tourner un film avec un être humain et plus précisément : pourquoi Spielberg ?
E.T. relate simplement ce que Steven et moi avons vécu à la fin des années cinquante. Quand il m’est venu en aide, nous avons passé beaucoup de temps à jouer et à apprendre l’un de l’autre. Nous avons découvert de nombreux sentiments jusqu’alors inconnu pour lui parce qu’il était enfant, pour moi car je n’étais pas d’ici. Sa passion pour le cinéma l’a conduit à nous retranscrire sur la toile et j’ai accepté sans hésitation tant notre histoire était inédite, ou en tous cas sous silence, sur Terre. Mais l’Amérique que nous dépeignons dans le film est sensiblement différente de celle dans laquelle nous nous sommes rencontrés. Steven est né en Décembre 1946 en Ohio soit un an avant que l’affaire Roswell n’éclate dans la presse à scandale. Il a baigné dans un univers médiatisé où la course à l’espace était primordiale. C’est en partie de là qu’est venu sa fascination pour la vie extraterrestre.
Quel lien entretiens tu avec Steven aujourd’hui ?
Nous sommes très proches et notre union n’a jamais cessé. La meilleure preuve de ce que j’avance est ce film. Je suis certes reparti mais je n’ai pas disparu. Je suis revenu à plusieurs reprises. Naturellement pour les besoins du film et le bien être mental de l’humanité, nous ne pouvions pas divulguer mon existence d’ou le fait que le film se termine sur une note dramatique.
Est il vrai que tu as décliné l’offre de George Lucas pour tourner dans Star Wars à la fin des années 70 ?
Oui. Je n’étais pas prêt à tourner à ce moment là et puis Steven m’avait déjà parlé du projet E.T. J’ai préféré me concentrer sur ce rôle, mon rôle en fin de compte. Nous voulions mettre en exergue l’harmonie qui pouvait naître entre deux êtres diamétralement différents et Star Wars ne m’aurait permis que d’endosser un rôle secondaire d’extraterrestre lambda si je puis dire. Par ailleurs, comme a dit Steven récemment dans une interview à Amitabh Bachchan, les intentions et approches étaient différentes à la base : Lucas imaginait ses aliens dans un univers lointain ; Steven les voyait dans son jardin.
Ceci dit nous avons été très impressionné par le film à sa sortie ; par respect pour son travail, nous avons même décidé d’inclure dans le film plusieurs clins d’œil à George, notamment la présence de Yoda qui défile lors de la soirée d’Halloween.
Pourquoi rester du domaine de l’imagination ?
Il était impossible de révéler quoi que ce soit sur mon existence. Les gens auraient pris Steven pour un fou ce qui t’arrivera probablement d’ailleurs ! Nous y avons pensé pour le lancement du film. Ce coup marketing aurait probablement enflammé le box office dans un premier temps mais risquait de porter préjudice aux aspirations futures de Steven. Finalement, je crois qu’E.T est resté dans les esprits malgré l’absence de ce genre de promotion à scandale, ce qui est bien plus réussi.
Qui sur le plateau était à l’époque au courant de ta présence réelle ? Comment as tu envisagé l’utilisation de la marionnette animatronique ?
En dehors de Steven, peu de gens. Carlo Rambaldi a évidemment très vite été mis dans la confidence et la vraisemblance du personnage qu’il a confectionné, à la suite de notre rencontre, a incontestablement contribué à la réussite du film. Drew, Henry et Robert savaient également. Il nous est apparu comme une nécessité de travailler avec les enfants comme s’ils vivaient eux-mêmes cette rencontre. Qu’il s’agisse de Carlo ou des gamins, ils ne représentaient aucun danger pour mon espèce. Leurs révélations auraient été considérées comme le résultat d’un burn out dû à l’émotion du tournage. Carlo Rambaldi était déjà connu pour ses créations de monstres du futur puisqu’il avait réalisé l’Alien de Ridley Scott peu auparavant. On aurait pensé qu’il prenait ses rêves pour des réalités avec une histoire pareille, ce qui somme toute, était l’exacte vérité.
Ton meilleur souvenir du tournage ?
(silence, le regard d’E.T se perd dans les sapins brumeux) Je crois que c’est quand je cours après Drew dans le dressing et qu’elle s’enfuit en courant ! Nous avons beaucoup ri lors de cette scène ! Elle précède celle ou elle me déguise en fille, qui est aussi une scène très douce, attendrissante et tellement drôle ! Nous avons rajouté cette séquence à l’histoire originale ; Steven n’avait jamais voulu m’habiller en fillette ; mais quand Drew m’a vu, elle s’est mis en tête que j’étais une fille et que je devais moi aussi porter un costume pour le tournage, d’où le rajout de cette scène, qui je crois a fait rire beaucoup de gens.
Le film constitue t’il pour toi en premier lieu un hymne à l’enfance et à l’innocence ou une critique drastique du pouvoir et de l’autorité en général ?
L’un ne va pas sans l’autre (ah oui merde) mais si je devais répondre je dirais qu’il s’agit avant tout d’un film sur la possibilité de croire en quelque chose de jusqu’ici inenvisageable pour la majeur partie des êtres vivants.
En 2005, E.T. the extra-terrestrial s’inscrit en tête de liste des cinquante meilleurs films à voir avant quatorze ans selon le BFI (British Film Institute), devant le Magicien d’Oz de Victor Fleming, Le voyage de Chihiro du japonais Hayao Miyazaki, Toy Story des studios Pixar ou encore Romeo + Juliet de Baz Luhrmann. Mérité ou exagéré ?
Mérité bien sur ! Mais Roméo et Juliet, dans un tout autre registre et bien qu’il s’agisse d’une interprétation de Shakespeare, est aussi un très bon film, je dois le reconnaître. Moonwalker fait parti de cette liste j’espère ?
Je ne crois pas malheureusement…Si tu devais réapparaître à l’écran, avec qui voudrais tu travailler ?
Zut, voilà que je dois annoncer la pire nouvelle de cette dernière décennie à l’être le plus cool que j’ai rencontré jusqu’ici.
C’est que… Bambi nous a quitté il y a quelques années maintenant et euh…
Je me rappelle Steve et son pas de certitude
Je soupçonne mon interlocuteur de m’embrouiller l’esprit avec cette question et enchaîne sans transition.
J’ai découvert récemment, je sais, la honte, que William Kotzwinkle avait co-écrit avec Steven la suite de vos aventures terriennes. Le bouquin n’est plus édité, je ne l’ai donc pas encore lu vu que je l’ai trouvé sur Amazon et que ça met des milliards d’années à arriver jusqu’à mon patelin. Je crois qu’un des objectifs de cette suite est de nous faire mieux comprendre l’environnement d’où tu viens. En vrai, tu me dirais comment c’est sur ta planète, Brodo Asogi ?
Mmmmm. Ca ressemble un peu à ici en fait. Sauf qu’il y à plus d’arbres, de cabanes dans les arbres et de magnétoscopes. On est resté très 80’s dans l’âme. Si tu veux un visuel check la nébuleuse Wreath photographiée par la NASA.
Tu n’es pas sans savoir que Steven à été élu président du Jury Longs Métrages à Cannes en 2013, 31 ans après sa première participation au festival avec E.T justement. Etais tu présent à l’ouverture des festivités ?
Un coup de cœur cinématographique ou musical récemment ?
The We and the I de Michel Gondry. Voilà une façon d’aborder l’adolescence, que l’on perçoit dans le personnage de Mike pour E.T, tout aussi touchante et d’une extrême simplicité.
Tu m’emmènes faire une promenade en vélo ?
Attends moi. Je vais chercher mon casque.