Si Invisible Man est une réussite, c'est avant tout celle de la société Blumhouse, qui trouve peut-être ici l'apothéose de son système avec ce film pô cher, reprenant avec une certaine pertinence un motif plus que rebattu et interprété par une comédienne dont on ne se lasse pas de vanter les mérites années après années, et ce, quelque soit les projets qu'elle choisit d'incarner. Car c'est en voyant Elisabeth Moss en train de se rouler par terre se battant corps et âme contre des molécules d'air qu'on se dit que, d'abord, une actrice comme ça, on en croise pas des dizaines au cours d'une génération, et ensuite qu'une interprétation de cet acabit, si intense qu'elle balaie d'un revers de la main (gantée) toute suspicion de ridicule, ça vaut bien des millions de dollars en effets spéciaux.
Invisible Man touche aussi au véritable enjeu de la création hollywoodienne contemporaine, toute obsédée qu'elle est à ses remakes et autres reboots. Après l'échec de l'ambitieux mais mort-né Dark Universe (qui a vu Tom Cruise en momie et devait nous offrir Johnny Depp en homme invisible, ce qui s'est avéré dans les deux cas étrangement prémonitoire...), Universal a choisi de sous-traiter l'exploitation de ses sacro-saintes PROPRIÉTÉS INTELLECTUELLES (arf...) à des petites boites qui n'en-veuillent, capables de vous faire du buzz et des dollars pour pas cher. Dieu merci, Jason Blum, ancien stagiaire de Weinstein et spécialiste dans l'art de transformer le home-movie réalisé dans le cagibi de votre grand-mère en blockbuster mondial capable de disrupter l'économie du 7ème Art, excelle dans l'exercice.
Il a confié le machin à un scénariste de James Wan (Leigh Whannell. Insidious, c'était lui) et ça se voit, car le script s'avère particulièrement bon, flirtant juste ce qu'il faut avec l'invraisemblance pour ménager des rebondissements d'une rare efficacité, tout en réenclenchant subtilement une certaine idée du thriller hollywoodien. On pense d'ailleurs moins aux machines à jump-scares usuelles de la firme qu'au Hitchcock de Rebecca ou du Faux-Coupable, ou surtout au séminal Gaslight (Hantise) de Robert Wise.













