L’ébauche du projet - premières réflexions
Je ne vais pas ici refaire le point sur l'asexualité comme si j'en parlais à des gens qui en entendent parler pour la première fois. C'est ce que je vais devoir faire dans l'introduction de ma thèse, pourtant, mais tout l'attrait de ce journal public est de faire partager l'avancement de mes recherches à la communauté asexuelle, d'où un certain changement de ton et de posture par rapport au reste de mon travail.
Vous savez ce qu'est l'asexualité, donc. Vous savez aussi qu'elle a très probablement concerné un petit pourcentage de la population en toutes époques, dans tout les lieux. Et que les recherches sur les sujets débutent tout juste en ce qui concerne l'asexualité dans le monde moderne, alors ne parlons même pas de ces autres époques, durant lesquelles elle a pourtant nécessairement influencé toutes les formes d'art - on est en droit de se dire qu’un petit pourcentage des artistes et autres personnes illustres qui apparaissent dans nos livres d'histoire étaient eux-mêmes asexuels, ou alors, pour une plus grande partie d'entre eux, qu'ils ont connu, de près ou de loin, des figures asexuelles qui ont influencé leur travail.
Je commence tout juste mon travail, mais je peux dors et déjà vous dire qu'il y a du boulot. L'asexualité n'est tout bonnement pas abordée dans les études historiques et artistiques lorsque l'on s'éloigne du XXIe siècle. Elle reste, comme encore trop souvent même de nos jours, l'orientations invisible, là où l'homosexualité ou la transidentité, par exemple, commencent à jouir d'un corpus assez riche sur leurs représentants au cours de l'histoire et leur traitement au fil des siècles.
Elle est invisible, et pourtant on peut la deviner, au travers de certains thèmes tels que l'amour chaste ou platonique, le célibat volontaire, l'ascétisme sexuel, ou certaines considérations religieuses. Elle est aussi présente dans les histoires, les romans, le théâtre, à travers des personnages qui semblent l'éprouver, et qui se rassemblent en certains types de personnages. La vieille fille, l'homme d'église dont l'esprit d'abstinence semble inné, le célibataire d'âge mûr, le vieillard ou la vieille femme, les figures de jeunes gens se rattachant à une esthétique angélique ou divine, sont autant de catégories de personnages montrant régulièrement des signes d'asexualité.
Pourquoi eux, plutôt que d'autres? Comment sont-ils présentés? Que montre la variation des postures des auteurs à leur égard? Pourquoi les personnages asexuels sont-ils tour à tour diabolisés, pathologisés, ou à l'inverse divinisés et portés aux nues? Qu'est-ce qu'ils remettent en question, par leur manque d'attirance sexuelle? Est-ce que ce rejet vis-à -vis d'eux ne serait pas lié à une peur de la remise en question des normes sexuelles et de genre, voire du modèle familial traditionnel encensé par diverses politiques natalistes? A l'inverse, qu'est-ce qui peut être valorisé dans les existences asexuelles? En quoi ces visions sont-elles liées à la sexualité des auteurs en eux-mêmes? Qu’est-ce que l’asexualité dit du rapport de notre société au sexe? Qu’est-ce qu’elle permet de déconstruire?
Ceci est le journal d'écriture d'une des premières thèses françaises sur l'asexualité.
Il me semble important, dans ce cadre, de rester en lien avec la communauté, de ne pas rester dans un cadre purement universitaire, de partager régulièrement mes découvertes.
Pour montrer que l'asexualité a toujours été là , qu'elle fait partie de la culture.
Pour donner de la visibilité à des ressources et à des œuvres dans lesquelles mes camarades aces vont pouvoir se reconnaître.
Pour décortiquer les discriminations allant à l'encontre des aces, comprendre d'où elles viennent, nous donner du pouvoir en comprenant ce que notre existence remet en question dans la société.
Pour faire un pas de plus vers l'acceptation générale de l'asexualité et lui donner du poids.
Parce que la connaissance, c’est le pouvoir, parce que nommer les choses, c’est leur donner une identité valide.
Enjoy.














