La chambre, la demoiselle et les questions (p.4).
La demoiselle se dit alors qu’elle devrait sans doute se remettre à la danse, son unique et plaisant hobby. C’était le seul moyen qu’elle avait trouvé de s’exprimer, à l’abri des regards bien sur. Quant à son travail, c’était le flou complet. Elle n’était pas intelligente mais éduquée, elle avait fait des études universitaires sans avoir de réel projet professionnel. Elle avait suivi des cours dans plusieurs domaines intéressants mais qui ne fournissaient pas de diplômes valorisés. Elle se retrouva donc à l’âge de 30 ans contrainte de travailler au sein d’un fast-food. Elle détestait son travail, non pas parce qu’il n’était pas socialement valorisé, mais parce qu’elle avait déjà travaillé dans ce domaine plus jeune et elle avait détesté. Dans les foules, elle ne se sentait pas à l’aise.
Elle s’était toujours sentie étrange, autre. Et ce, depuis toujours. Elle avait toujours eu l’impression qu’elle devait se vendre auprès des autres, qu’elle ne pouvait pas simplement être la fille avec (trop) de questions sinon on ne l’apprécierait sans doute pas ou pas assez, ou pas comme elle le voulait du moins. Et c’était vrai ! Bon nombre de ses amis d’enfance avaient décampé au cours des années. Ils la trouvaient lassante, éreintante. Ils ne comprenaient pas tous ses questionnements et pour dire vrai ils s’en moquaient complètement. Ils la trouvaient paranoïaque et self-centered, ce qui encore une fois était vrai. Cependant, sa paranoïa était justifiée puisqu’ils avaient fini par la quitter.
Elle ne savait plus quoi faire. Devait-elle en attendre quelque chose ? Elle ne savait pas. En faisant un petit état des lieux de sa vie à 30 ans, elle se rendit compte que rien de ce qu’elle avait prévu pour elle n’avait eu lieu. Elle n’exerçait pas la profession de ses rêves et elle était désormais seule, même si c’était sa volonté, elle était dévastée.
Pendant longtemps elle s’était menti à elle-même, pensant que la solitude était inhérente à la condition humaine. Comme tout un chacun, elle se représentait les Hommes comme des êtres sociaux ayant besoin de contact humain pour vivre et être heureux. Mais dans le même temps, elle considérait qu’ on était en réalité toujours seul. Que l’on soit romantiquement engagé, marié, avec des enfants, entouré d’une famille aimante et étouffante, très sociable avec des milliers d’amis ou même un seul ami fidèle, pour elle, au final, on est toujours seul. Parfois elle s’imaginait même qu’elle irait vivre sur une île puisque d’après elle : « ça ne changerait absolument rien ». En effet, elle estimait que même en étant entouré, on est toujours isolé (mentalement) puisqu’on ne peut jamais se confier entièrement, par peur d’être par la suite rejeté, moqué ou incompris. Et c’était vrai (dans son cas), elle en avait fait l’expérience plus jeune. Elle avait grandi sans jamais comprendre que parfois ce qui a eu lieu dans le passé, ne peut pas toujours être vrai dans le futur et s’y transposer parfaitement.











