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L’oiseau, la fenêtre et moi - The bird, the window and me
Les véritables habitants des maisons de poupées sont les enfants qui y jouent. Mais les enfants grandissent, c’est inévitable
The true inhabitants of dollhouses are the children that play there. But children grow up, that’s unavoidable.
Après l’orage
Je me souviens du temps où nous vivions ensemble.
Les draps étaient toujours défaits comme une invitation à s’y jeter d’un instant à l’autre.
Pourquoi s’obstiner à refaire ce qu’on défait toujours ?
Il y avait aussi l’odeur de ton café, toujours ce même café amer qui brûle les lèvres et réchauffe le cœur. Puis tu partais de longues heures. Silence et ennui. Je faisais de mon mieux pour m’occuper. Je commençais un jeu, puis deux, puis mille… sans jamais finir. Tu revenais rêveur, prenais invariablement ta place devant la fenêtre et j’admirais ta posture, les courbes et les angles de ton corps, tandis que tes yeux se perdaient bien au-delà des toits de la ville.
J’aimais tout de toi. Je t’ai pris et gardé inconditionnellement. Les soirées improvisées que tu m’organisais dans de petits paradis tranquilles comme les vêtements sales que tu laissais traîner dans un coin, les plats que tu faisais cramer comme les petits mots que tu déposais sur mon oreiller les jours où tu quittais la maison avant que mon réveil n’ait sonné.
Longtemps, nous avons marché au soleil main dans la main. Nous étions fiers et imprudents. Et j’ai aimé chaque seconde passée à me chauffer dans ta lumière. À me complaire dans cette douce moiteur qui s’emparait de nous. Mais un soir, alors qu’il gelait dehors, j’ai eu trop chaud pour la première fois.
J’ai gardé toutes tes lettres, tu sais, et quand je les relis, je souris en même temps que ma gorge se noue.
Parfois je me laisse engloutir, c’est vrai. Je m’abandonne à nos plus belles fièvres. Et il me semble encore sentir ta main sur ma hanche. Le poids d’un désir ardent.
Je me rappelle aussi des choses stupides, des bêtises, des délires. Comme cette serviette violette qui est restée longtemps inutilisée, car chacun croyait que c’était celle de l’autre. Ou encore ce jour de pluie où nous sommes sortis en maillots de bain pour se baigner dans l’averse.
Mais parfois je cherche un souvenir, une image, un instant de nous, et il ne remonte pas à la surface.
Cette lumière étrange qui filtrait à travers la vitre après l’orage, je suis devenue comme elle. Pas grand-chose. Juste un léger décalage, un pas de côté.
Un petit rien après quelque chose de grandiose.
Extraits d’un carnet - Extracts of a sketchbook
Mon Arbre et moi - My Tree and me
Cabane du matin, cabane du midi et cabane du soir
Morning hut, midday hut and nightfall hut
Dans ma réserve virtuelle de poésie potentielle j’entrepose au hasard des cubes contenant des phrases générées aléatoirement.
In my virtual space of potential poetry I stock random cubes containing randomly generated sentences (in french).
télécharger ici / download here : https://st-k.itch.io/rserve-de-posie-potentielle
La Promesse
Face à elle, la mer à perte de vue.
Comme hier, avant-hier et tous les jours qui précèdent, elle est allée s’asseoir sur les rochers au bord de la falaise. Elle fixe l'horizon. Cela peut durer des heures. Son œil ne capte ni la lumière du soleil à l'agonie, ni son reflet qui danse sur les eaux. Elle a l'allure d'une enfant, mais son visage porte les marques d'une souffrance sans âge. Elle attend quelqu'un qui reviendra.
L'air salé lui pique les yeux.
A contempler les flots si calmes on ne se doute pas qu'il y a la guerre là-bas.
Quand il commence à faire trop sombre ou trop froid, elle se lève péniblement et s'en retourne d'où elle vient.
Néanmoins elle ne peut s'empêcher de revenir le lendemain, le surlendemain, et tous les jours qui suivent. Elle vient d'abord à heure fixe, en début de soirée, mais, alors que l’absence se prolonge, l'attente s'étire avec démesure. Rester trois heures, puis quatre, puis six. Rester une nuit entière à somnoler au son lointain du roulis des vagues. Rejoindre la mer quelle que soit l'heure, plusieurs fois par jour. On tente de la raisonner, et on se décourage.
Cette nuit-là, alors qu'elle se trouve dans sa maison au fond des bois, dans un lit bien trop grand pour elle seule, le sommeil la fuit obstinément. Les premières lueurs du jour commencent à peine à chasser les étoiles qu'elle est déjà prête.
Les arbres s'approchent avec leurs branches menaçantes. Elle ne les remarque pas. Vexés, ils griffent ses bras et ses joues. Sans même leur accorder une grimace ou un cri, elle poursuit son chemin. Elle se traîne, trébuche, tombe, mais elle se relève toujours en silence. Avec le temps, elle s'est enveloppée d'un épais voile d'indifférence.
Il faut ensuite affronter les vents qui voudraient bien qu'elle les rejoigne dans leur course au-dessus du vide. Elle pourrait accepter. Mais elle sait qu'elle n'a pas le droit. Alors elle lutte tant qu'elle peut. Cette fois encore, les vents cèdent.
Elle arrive enfin : son rocher l'attend. Elle prend place avec soulagement. Ici, face à la mer, les secondes deviennent des jours, les minutes des mois, les heures des années.
Son cœur pèse tant dans sa poitrine qu'il la cloue au sol. Elle ne sait plus vivre, mais ne peut pas mourir. Elle doit l'attendre. Il faut rester, immobile.
Les pierres prennent en pitié cette femme abandonnée. Ses membres se raidissent. Sa peau se craquelle. Ses traits se figent. Elle fait corps avec la roche. Ses formes sont à présent de nouvelles aspérités de la falaise.
La mer et le ciel se mélangent au loin et il n'y a pas un bateau pour tenter de les séparer.
Elle attendra toujours quelqu'un qui ne reviendra jamais.
Ils se l'étaient promis.
L’herbe était haute mais moins haute que nos rêves.
The grass was high but less high than our dreams.
“De tes yeux à tes cheveux / Longue plume / Le temps d’un rêve / Courbe brune / Qui s’éveille au matin dans le chant des rivières / L’éclat d’un cœur / Sous une bruine froide / Seul malgré toutes les lumières / à vivre dans le noir”
“From your eyes to your hair / Extended feather / Dream time / Brown Curve / That wakes in the morning with singing rivers / Bright heart / Under a cold drizzle / Alone despite all the lights / to live in the dark”
Au hasard des mots, parfois se dessine une image.
Random words sometimes create an image
Générateur de phrases aléatoire en téléchargement ici / Free download : https://st-k.itch.io/gnrateur-de-phrases-absurdes
Trois sœurs - Three sisters
Une âme de reine brûlante
Horriblement rassasiée
Ne se donne plus la peine
De dévorer la célèbre chair.
Trahison dorée,
Croisement adultère,
La porte du palier s’ouvre sur de nombreux habitats.
Dans l’intimité d'un arbre de Perse,
Les hommes-léopards d’une société sanguinaire
Se mélangent à la peur
Et s'enfoncent dans les bestiaires.
Elle se laisse saisir
Se débattant faiblement
Par appétit du danger.
Comment cacher la violence de son désir ?
Des gémissements luisent entre les murs.
La cuisse faiblit.
Déjà tout en larmes
Le fauve quitte la cage
En jetant un baiser
D’un revers de la griffe.
Incapable de rendre à la vie leurs ébats,
La nature se dévoile complètement
Jusqu’au sang.
Trop tard pour les remords.
Achevez l'animal assassiné par fierté
Vous comprendrez comment finissent toutes les grandes proies.
Un regard se brouille
Solitaire.
Ascension
Grimper les marches d’un escalier qui semble ne jamais en finir, sans savoir où il mène, sans regarder en arrière, sans se soucier de la fatigue, et, enfin, quand on arrive au bout, se retourner et embrasser un nouvel horizon.
Rise
Climbing the steps of some endless stairs, without knowing where it leads, without looking back, without noticing effort, and, finally, when you reach the top, turn around and embrace a new horizon
L’âme de la forêt
Je suis l'esprit de la forêt. Je vis dans un monde de mousse et de verdure. Je suis là, dans chaque clairière, chaque branche, chaque fleur. Je suis le souffle qui fait bruisser les feuillages, insaisissable. Je suis l'ombre verdoyante qui se glisse derrière vous, entre les fourrés.
Lorsque vous vous égarez en mon royaume, je chuchote tendrement à votre oreille le chemin du retour, à moins que je ne vous condamne à une errance sans fin au milieu des ronces et des épines. Je ne suis pas un être malveillant mais je peux me montrer cruelle.
Je connais tous les sentiers secrets serpentant entre les racines, mais je ne sais rien du monde d'où vous venez.
Je suis aussi timide et sauvage que les animaux du bois. Je ne me montre jamais, et si, par hasard, vous m'apercevez, ma silhouette longiligne aussitôt disparaît, se faufilant derrière les fougères. Mon corps élancé et fragile s'envole entre les branchages. Mes cheveux longs couleur d'écorce, aussi doux que le lichen, aussi fins que les brindilles, ondulent sur mon passage.
J'ai les yeux noisette, en forme d'amande, et un regard malicieux souvent songeur. Mes lèvres sont pareilles aux fraises des bois, aussi rouges, aussi sucrées, et dessinent sur mon visage des sourires enfantins. Ma peau lisse et blanche, possède l'éclat d'une émeraude, lorsqu'on la baigne de lumière.
Parfois, je sens la tristesse me gagner. Je laisse alors un brouillard sombre envahir les sous-bois, empreint d'une intense mélancolie, d'une infinie souffrance, d'un profond désespoir. Je pleure la nuit durant. Puis, la brume se dissipe, emportant mes peines bien au-delà de l'orée.
Au petit matin, mes larmes font la rosée qui perle sur les brins d'herbe folle, étincelante comme des milliers de minuscules diamants .
Je sais où se trouvent des lieux merveilleux que nul voyageur n'a pu admirer. Je garde pour moi seule les plus beaux trésors de la nature.
J'aime écouter, le soir, les récits silencieux des chênes centenaires, le son de la pluie tombant goutte à goutte sur les feuilles d'érable, ou bien encore à l'aurore le chant mélodieux des oiseaux qui honorent les premières lueurs du ciel.
Je vis tel un papillon éphémère, profitant de chaque instant. Mon existence se résume à l'éclosion d'un bourgeon, ou l'éclat d'un rayon de soleil transperçant les frondaisons.
Je m'endors quand vient la neige, et m'éveille au printemps.
Je suis une Dryade : la forêt est vivante, et moi je suis son âme.