THEODORE #8
Mon ennui est incommensurable. Les gens m’entourant ne m'apportent qu’un répit temporaire. Malgré tous leurs efforts, le brouillard revient toujours. Il suffit d'un moment d'hébétude. Un matin de solitude, une journée d'attente, une gueule de bois, un sursaut nocturne qui me replonge dans le drame de l’histoire. Une nouvelle baignade dans les profondeurs, en apnée. Face à la perte, face au deuil. Depuis quelques temps, mes journées commencent par des réveils sournois. Toujours la même heure, à l’aube, toujours le même schéma. Un cycle qui enlise. Un rêve parfait, une innocence retrouvée, elle à mes côtés. Un tout fantasmé qui se travestit brutalement en un cauchemars vrombissant. Mes entrailles sont alors retournées, remuées, mon esprit perverti et désarçonné. L'effort nécessaire au rebondissement est absurde. Comme le jeune enfant se livrant intégralement pour s'élever à la vie et dompter l'équilibre de la gravité, je tâtonne méchamment pour apprivoiser le déséquilibre créé par son absence.
De quoi ai-je besoin ?
Ceux que j'aimais jusqu'à maintenant ne peuvent plus que raviner une lassitude meurtrière. Mes proches n'ont plus aucun pouvoir, le temps de la décharge affective et cathartique est révolu. Même si vous écrire allège ma petite peine égoïste, j'ai maintenant besoin d'expérience, de nouveauté, de fraîcheur et de drame.
Où trouver cela ?
Ma cruelle envie de voyager et d'envoyer tout valdinguer ne pouvant être accomplie pour le moment, je crois que ce sont les gens. Ma solution c'est vous. Les bons vivants, les dépressifs, les promeneurs, les amoureux, les suicidaires, les égocentriques, les inconnus. Un jour, le vieil écrivain cancéreux qu’était mon mentor m'avait expliqué que la réponse à nos peines se trouvait bien souvent là où celles des autres prenaient faussement corps pour eux. Je n’ai pas encore réellement compris. Je l'ai cependant appliquée. La monotonie de ma voix étant si perceptible, je décide d'utiliser mon atout inné. Les mots, les phrases, les tournures luxuriantes et leurs sensuelles grammaires. La séduction est si aisée dans ce cas. Je me dirige donc vers ces nouveaux moyens de rencontre, accrochés à vos poches et surveillant vos déplacements. Business de l'amour et fraude spirituelle. Fait de messagerie grotesque et glauque. La première étape étant de plaire par mes sourires passés et mon assurance provocante, photographiés lors de contextes qui ne sont plus d'actualité. Le concept est de taille. J'y cherche le divertissement, je vais creuser dans les limbes et la merde de la tristesse et du manque. Je plonge dans le vide intersidéral pour y trouver un éclair hagard ou la tristesse infinie. Malgré les nuages terrifiant qui me poursuivent, je vais pouvoir jouer le rôle de l'être lumineux que j'étais. Ce jeu est dangereux mais mon approche honnête. Je ne suis pas prêt à combler mon propre vide. Je veux le décorer, l'aménager, faire vibrer ses immenses murs pour faire sonner toute cette surface morte et endolorie. Il va falloir faire attention à ne pas devenir un monstre à double rôle : architecte et démolisseur.











