To fall, fall, fallen
Pour un Balance qui a frĂŽlĂ© le Scorpion de quelques secondes, je peux vous dire que lâinjustice et lâĂ©chec ne font pas bon mĂ©nage. Mais lorsque la premiĂšre entraine le second, câest pire encore.
 Il y a 7 ans, jâĂ©tais le Roi. Je quittais un trĂšs bon lycĂ©e dâenseignement privĂ© avec les meilleurs rĂ©sultats de lâĂ©tablissement, mes entrĂ©es pour toutes les Ă©coles et facultĂ©s que jâavais convoitĂ©es, des amis aussi brillants que loyaux, et mĂȘme un dossier de prĂ©admission pour Harvard.
Dâune nature craintive Ă lâĂ©poque, jâai dĂ©clinĂ© pas moins de trente propositions. Je suis finalement restĂ© en Bretagne, dans une facultĂ© de Droit spĂ©cialisĂ©e en Droit Administratif. Je lâignorais la premiĂšre annĂ©e, mais le Droit Administratif nâallait dĂ©cidĂ©ment pas me plaire. FidĂšle Ă mes caprices, jâai tout envoyĂ© valsĂ© et suis grimpĂ© dans la dĂ©capotable dâune amie au jour des partiels du 3Ăšme semestre pour fuir mon erreur, ou plutĂŽt mes responsabilitĂ©s, au soleil. Jâavais 18 ans, des parents solvables, et encore un trĂšs bel avenir devant moi.
De retour Ă la dure rĂ©alitĂ© bretonne, je me suis confrontĂ© Ă de nouvelles perspectives : reprendre oĂč je mâĂ©tais arrĂȘtĂ©, ou dĂ©couvrir de nouvelles contrĂ©es ? AprĂšs un voyage aux cĂŽtĂ©s de mon prĂ©tendant du moment, je suis rentrĂ© convaincu de vouloir intĂ©grer cette belle Ă©cole privĂ©e apparemment rĂ©putĂ©e, aux allures de campus amĂ©ricains, et Ă la brochure si sĂ©duisante. Cela va sans dire, jâai Ă©tĂ© acceptĂ© sans mĂȘme prĂ©senter de lettre de motivation, puisque jâavais eu la chance de la tĂ©moigner au Responsable de promotion en me rendant aux journĂ©es des portes ouvertes. Chance que jâavais provoquĂ©e, si vous me suivez bien jusque-lĂ .
AprĂšs 3 dĂ©licieuses annĂ©es de rĂšgne Ă lâInstitut des Sciences de la Communication, dont je retiens davantage mes dĂ©rapages en tous genres et mon passage au Commissariat, jâai entrepris de partir mener la grande vie Ă Paris, que je frĂ©quentais dĂ©jĂ depuis quelques Ă©tĂ©s. Mes parents, quant Ă eux, en ont retenu quâils avaient rempli leur contrat en finançant 5 annĂ©es dâĂ©tudes supĂ©rieures, et quâil me faudrait me dĂ©brouiller si je comptais poursuivre.
Jâai intĂ©grĂ© une Ă©cole de Marketing spĂ©cialisĂ©e dans le Luxe, nâĂ©coutant que ma fascination pour les sacs Ă main Ă plus de 10000âŹ, plutĂŽt que ma conscience qui me criait que je ne rĂ©unirais jamais une telle somme pour mâoffrir le semestre. La brochure expliquait cependant que forte dâun rĂ©seau fourni en partenaires acteurs du secteur du Luxe, les Ă©tudiants pourraient suivre les cours en alternance aprĂšs avoir Ă©tĂ© placĂ©s en entreprise. Vous savez ce que signifie Luxe nâest-ce pas ? RĂȘve. Et non pas seulement lumiĂšre comme le prĂ©tendent les latinistes boutonneux aux cheveux gras. Et bien quand la lumiĂšre sâest rallumĂ©e, jâĂ©tais dĂ©jĂ en plein cauchemar. Aucune entreprise Ă portĂ©e de main, des chĂšques Ă annuler, un crĂ©dit sur le dos, un loyer parisien Ă rĂ©gler, et une paire de Louboutin Ă acheter malgrĂ© tout, pour me consoler.
Mon colocataire mâa placĂ© dans son ancienne entreprise, oĂč je me suis Ă©panoui, Ă ma grande surprise dâailleurs, pendant prĂšs dâun an, avant de lĂącher la proie pour lâombre, et me vautrer dans une nouvelle aventure au parfum de pĂ©tard mouillĂ©. Je tairais le nom de cette enseigne pathĂ©tique, qui mâa signĂ© un gros chĂšque en compensation.
Cela Ă©tant, les Ă©tudes, mon domaine de prĂ©dilection, Ă©taient dĂ©jĂ loin derriĂšre moi. Je suis rentrĂ© en Bretagne, sans but aucun, sinon celui dâen dĂ©guerpir au plus vite. Pourtant voilĂ 3 mois que jây sĂ©journe, en y multipliant les insomnies, les doutes, et en y soustrayant les baises et les soirĂ©es de ma vie parisienne.
Jâai longtemps rejetĂ© la faute sur mes parents dâabord, puis sur mes amis ensuite. Mais il faut regarder la rĂ©alitĂ© en face. Quâai-je fait pour Ă©chouer ? Ou du moins, que nâai-je pas fait pour continuer Ă faire succĂšs comme je lâavais toujours fait auparavant ?
Rien. Jâai comptĂ© sur tout le monde, exceptĂ© moi. Je me suis oubliĂ© dans lâhistoire. Je nâai dĂ©ployĂ© aucun effort pour entrer dans dâexcellents Ă©tablissements, encore moins pour ĂȘtre le meilleur dans mon travail. Mais je nâen ai pas non plus dĂ©ployĂ© pour y rester. Et je suis sorti par la grande porte, bourreau et victime.
Aujourdâhui encore, lâironie fait que lâĂ©ducation est rĂ©servĂ©e aux plus riches et aux plus dĂ©munis. Il faut ĂȘtre nĂ© dans une famille dâintellectuels Ă fort patrimoine ou dans une famille de dĂ©biles profonds dĂ©pendants dâallocations. Quid des gĂ©nies en herbe tombĂ©s dans des familles oĂč lâargent est une donnĂ©e alĂ©atoire compte tenu des mĂ©tiers exercĂ©s par les parents ? Rien du tout. Un poste humiliant et mal payĂ©, dans lequel ils excelleront forcĂ©ment, compte tenu de leurs capacitĂ©s. Maigre consolation pour ceux-lĂ qui devraient dĂ©jĂ rire de tout le monde au sommet dâune Tour.
 Je fais partie de ces baisĂ©s pour compte. Et câest trĂšs difficile Ă assimiler, surtout maintenant que le temps mâest comptĂ© et rationnalisĂ©.
Mais je finirai bien par trouver un moyen. AprÚs tout, je suis moi. Je réussirai, et je me rendrai digne de porter la haute-couture que je planque dans ma garde-robe depuis des mois comme de vulgaires déguisements.










